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Les résultats du sondage IPSOS - CGI pour le monde dont celui-ci se fait l'écho dans son édition datée du 15 Octobre, constituent pour moi, une bonne nouvelle, une confirmation du rapport complexe que nous avons à l’impôt et une inquiétude.

Une bonne nouvelle

Commençons par ce qui est rassurant. Après le matraquage que l'on subit depuis des semaines, voire des mois, découvrir que 57% des personnes interrogées considèrent que payer l'impôt est un acte citoyen, et 76% que l'impôt sur le revenu est justifié, est pour moi le signe que les français ont une capacité de résistance à ce que l’on peut appeler une intoxication médiatique. Au-delà de cette capacité de résistance, ces 2 résultats signifient probablement quelque chose ayant à voir avec l'attachement à une redistribution des richesses pour lutter contre les inégalités.

L’impôt sur le revenu est relativement récent, puisque les premiers prémices de cet impôt date du début du XX° siècle pour devenir au cours de ce dernier une véritable institution structurant notre « vivre ensemble ». Réjouissons-nous qu'il soit toujours considéré par une majorité de français comme justifié. C’est une très bonne nouvelle.

Un rapport complexe à l’impôt

Ce résultat fait bien sûr aussi, ressortir des contradictions qui montrent que la question de la fiscalité renvoie à la complexité des individus que nous sommes. A titre d'exemple 74 % des personnes interrogées ont le sentiment d'une contribution supérieure (tous impôts confondus) à la redistribution dont ils bénéficient. Dans le même temps ils sont 54 % à estimer que la fiscalité, au lieu de réduire les inégalités sociales, contribue à les aggraver.

C’est tout de même difficile à la fois de demander à l’impôt d’être un levier de lutte contre les inégalités et de demander une plus grande réciprocité de celui-ci.

Dans ce sondage, je lis également une illustration de ce que j’ai cru comprendre du livre de Thomas Piketty « Le capital au XXI° siècle », à savoir l’existence d’une classe moyenne relativement importante qui ne s’oppose pas à une concentration de la richesse toujours très important en haut de l’échelle des revenus. Si 80% des personnes interrogées réprouvent l’impôt sur les droits de succession, cela montre probablement qu’une grande majorité des répondants ont un héritage à transmettre, et ne veulent pas que celui-ci soit source de revenus pour l’Etat.

Par ailleurs, ils sont 83% à considérer que l’impôt sur la fortune est justifié. S’il y a une majorité aussi forte pour plébisciter cet impôt, c’est probablement qu’une grande partie des répondants y échappent, car pas concernés.

Tous ces résultats montrent que notre rapport à l’impôt est complexe et peut être au-delà de cette complexité c’est le rapport aux autres, le « Faire société », le « vivre ensemble » qui est plus complexe à vivre dans une période mêlant profondes transformations, crises et perte de repères. Probablement plus complexe à vivre qu’à énoncer.

Une inquiétude

51 % des personnes interrogées considèrent que trop de gens profitent du système. C’est une grande inquiétude dans la mesure où le développement des inégalités, des situations de précarité et de pauvreté à un niveau élevé nourrissent un sentiment de repli sur soi et de recherche de bouc-émissaires. Ceux qui vivent le chômage, la précarité, ceux qui bénéficient de revenus issus de prestations sociales, alors qu’ils sont les premières victimes, deviennent les responsables du poids de nos impôts.

Les discours sur le raz-le bol fiscal et celui sur l’assistanat qui doit être éradiquer, se nourrissent l’un l’autre et constituent un cocktail malsain et dangereux pour notre démocratie.

Mon inquiétude est amplifiée par la politique fiscale du gouvernement, que Laurent Berger, Secrétaire Général de la CFDT, a appelé « politique de gribouille ».

Dans des moments incertains, de fragilité démocratique, les messages pour une fiscalité répondant aux objectifs de plus grande solidarité ne sont pas clairs. Cette obscurité donne des opportunités à tous les corporatistes fiscaux de donner de la voix pour défendre leur pré-carré ou plus exactement leur « niche ».

Le sondage montre un certain attachement à l’impôt et à son rôle pour lutter contre les inégalités. Cette bonne nouvelle constitue un terreau pour reconstruire une politique fiscale cohérente et claire, y compris en prenant du temps.
Mais pour cela, il faut oser commencer !!!!!

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Fiscalité, #impôt, #IPSOS

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