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Du discours du président de la république, lors de sa conférence de presse du 14 Janvier, la presse a traité et traite encore essentiellement du contenu de la politique annoncée par François HOLLANDE, ce jour-là.

Mon propos dans cet article ne sera pas de m’arrêter sur les mesures, mais sur la démarche qu’il entend mettre en œuvre pour obtenir des résultats. Résultats attendus qui ne semblent pas être simplement économiques, mais résultats attendus également dans la conception d’envisager les transformations nécessaires de nos sociétés qui sont confrontées à un risque de divorce entre économie de marché et démocratie.

En s’assumant social-démocrate, en même temps qu’il annonce les grands axes d'une politique de l’offre, le Président donne à la négociation sociale un rôle déterminant, en s’appuyant principalement sur les partenaires sociaux et les collectivités locales.

Je ne vois pas de raisons pour suspecter le président de ne pas croire à cette démarche. Depuis son élection il a montré dans ce domaine qu’il ne s’agissait pas d’une manœuvre. Je ne suis pas dupe pour autant. Je n’ignore pas la place occupée dans la démarche, de la tactique politique, voire politicienne.

Il me semble que ce qui caractérise la « Social-démocratie », c'est la force de la démocratie représentative reposant sur des grandes organisations sociales, politiques et syndicales de masse. Ces forces représentent ensemble, la diversité de la société et leur confrontation, permet d'élaborer des compromis sur lesquels se construit et se développe la démocratie.

La social- démocratie n'est pas seulement un concept, c'est une réalité historique qui prend sa place dans l'histoire plus large du développement de la société industrielle, marquée par de grandes concentrations de lieux de production. Lieux, à la fois, de conditions ouvrières très dures et d'homogénéisation des conditions de ceux qui y travaillent. Lieux de développement de luttes, de confrontations, de rapport de force et donc d'organisations collectives puissantes reposant sur une relative homogénéité des conditions.

Ceci, je le sais, ne suffit pas à expliquer l'histoire de la social-démocratie et encore moins à dire pourquoi notre pays n'est pas entré dans la dynamique social-démocrate au cours du XX° siècle. Mon propos n'est pas de faire une analyse de la social-démocratie. Il est d'exprimer à la fois la satisfaction, le scepticisme et les questionnements devant le choix d'un Président de la république, issu de la gauche, de s'assumer social-démocrate et d'en proposer une démarche aujourd'hui.

Je me réjouis, qu’enfin un président de la république issu de la gauche s’affirme et semble assumer cette conception social-démocrate, et la démarche qui l'accompagne. On peut regretter qu’elle vienne très tard, qu’elle vienne dans une période de forte atomisation de la société, dans une phase de mutation profonde de la société et dans un contexte fort différent duquel la social-démocratie a vu le jour et s'est développée.

Aujourd'hui, nous vivons depuis au moins 2 décennies, une évolution tant dans les contenus et les types de productions que dans les modes et l’organisation de celles-ci, qui a pour effet une transformation du tissu économique et social et une évolution de la place des uns et des autres dans celui-ci.

Cette transformation profonde fait éclater, du même coup, les modes de représentation historiques.

Le fossé souvent décrié entre les institutions, (y compris politiques, syndicales, associatives…) et la vie réelle, les préoccupations des individus, ne s’expliquent pas par une quelconque incapacité, voir incompétence des élites qu’elles soient politiques, syndicales, sociales, techniques ou administratives...

Il me semble que cet écart s’explique par la difficulté de lire la complexité et la diversité des situations dans lesquelles vivent les gens. Cette difficulté de lecture engendre 2 autres difficultés:

- Rendre visible cette complexité et cette diversité

- Représenter cette complexité et cette diversité

Ces difficultés que connaissent, ce que l’on a coutume d’appeler les corps intermédiaires, a des conséquences directes sur la démocratie représentative et sur la démocratie en général. Et la social-démocratie, qui est peut-être, la forme la plus aboutie de la démocratie représentative, trouve toutes ses limites avec l’affaiblissement des corps intermédiaires.

Ceci ne rend pas pour autant caduque, ou inappropriée la démarche de François Hollande qui veut s’appuyer sur les corps intermédiaires pour conduire dans la concertation et la négociation, des réformes importantes.

Cette démarche absolument nécessaire renvoie tout de même les uns et les autres à l’approfondissement d’un certain nombre de questions.

En effet, la démarche proposée par François Hollande peut se traduire par le renforcement des "places acquises" et des corporatismes en tout genre. Au contraire, elle peut être l'occasion de travailler à la reconstruction de la cohésion sociale et du vivre ensemble, et au renforcement de la démocratie.

Mais pour cela, la principale question pour les organisations sociales impliquées dans ce pacte de responsabilité est celle de s'interroger sur le comment rendre visible ce qui est invisible, pour représenter dans cette démarche de construction de réponses, les intérêts de ceux et celles qui justement ne sont pas visibles et insuffisamment représentés.

Cela vaut pour les organisations d'employeurs comme pour les organisations syndicales.

Cette question n’est pas simple. Toutes les organisations n’ont pas la même conscience du degré d’urgence dans laquelle nous nous trouvons.

Certaines se sont depuis longtemps emparées du sujet. (Le Numéro 3 de "La revue CFDT" de Janvier Févier 2014, consacre son dossier à la Démocratie)

D’autres, faute d’avoir anticipé, ne sont même pas en mesure de mettre la question sur la table, par craintes d’éclater à leur tour.

D'autres encore considèrent que ce n’est pas leur problème. Leur objectif : défendre les intérêts de leurs mandants. Démarche qui peut parfois se confondre avec la défense même de l'existence de l'organisation

Il y a celles aussi qui considèrent plus qu’hier que la cohésion sociale, la démocratie sont des sous-produits de l’économie et du marché. Pour celles-ci l’urgence est de construire les conditions d’un marché qui serait par nature, producteur de régulations, de richesses et donc d’une possible démocratie.

A ces difficultés, s’ajoute le fait que nous n’avons pas de culture et de pratique démocratique dans le cadre de la social-démocratie qui se traduit par une méfiance vis à vis de la négociation et du compromis.

Par ailleurs l’organisation très centralisée des relations sociales, qui s’inscrit dans une organisation institutionnelle non moins centralisée de notre pays, engendre, dans le domaine de la négociation, une difficile relation entre le formalisme institutionnel qui existe au niveau central, et un certain « flou partenarial » au niveau local. Lequel a du mal à rendre visible et lisible les décisions prises dans les périmètres concernés.

Dans un tel contexte, les questions sont aussi redoutables pour les organisations autres que les «historiques». Je pense à toutes les associations ou regroupements qui ont vu le jour à partir de situations précises vécues par des populations (chômage, précaires, logement, santé…) ou sur la base de causes à défendre (contre le racisme, pour l’égalité des droits hommes femmes, pour une alternative au nucléaire, une autre croissance ou une décroissance...)

Trop souvent, leur référence, pour participer à la vie démocratique, est de chercher à copier les organisations établies, plus qu’à innover dans la recherche de nouvelles formes de participations citoyennes.

Heureusement il y a des choses qui s’inventent au niveau local, dans le domaine associatif pour rendre plus acteurs les gens concernés par des situations communes, mais qui se heurtent souvent dans certains domaine au maquis et à l’illisibilité des lieux de décisions.

Se développent également des initiatives pour rendre visible ce qui ne l’est pas, pour mettre dans l’espace publique, des vies d’individus, des histoires de vie, de travail, de relation. Initiatives essentielles pour donner à voir cette société comlexe. Société qui a besoin de se reconstruire des points de repères pour inventer une façon de vivre ensemble, dans le monde d’aujourd’hui.

De ce point de vue je voudrais souligner 2 initiatives différentes mais qui répondent à la fois à cette nécessité de rendre visible la complexité de la réalité dans laquelle vivent gens, et de réinventer des formes de démocratie citoyenne, participative et représentative.

Si nous pouvons nous réjouir que le président de la république s’inscrive dans une démarche qui veut associer les acteurs sociaux économiques au processus de transformation, il est tout aussi capital que les corps intermédiaires concernés par la démarche aillent au-delà de la défense de leur existence. Pour l’instant, les organisations syndicales et patronales plus préoccupées par l’approfondissement de la démocratie que par défense de leur territoire, semblent peu nombreuses.

C’est peut-être là, que se situe le talon d’Achille de la démarche de François Hollande.

Gaby BONNAND

Réinvention de la Démocratie et Responsabilité
Tag(s) : #François Hollande, #Démocratie, #Social-démocratie

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