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Il y a longtemps que je n’ai pas écrit sur le Blog. Le temps passe et en prendre (du temps) pour se poser, n’est pas toujours chose aisée.
C’est pour exprimer un coup de de gueule, un coup de colère que je reprends la plume (ou plutôt le clavier) aujourd’hui.
2 Patrons, et non des moindres, viennent de s’octroyer des augmentations de leurs rémunérations dans des proportions inimaginables dans une période où des efforts considérables sont demandés à la population, aux citoyens.
Au-delà de l’effort, c’est à un esprit de responsabilité et de citoyenneté, qu’il est fait appel.
Les décisions prises par ces 2 « personnalités », ne sont le signe ni d’un esprit de responsabilité ni d’un esprit de citoyenneté. Elles sont proprement scandaleuses.
Scandaleuses par le niveau des augmentations qui échappent à toute logique rationnelle et à tout entendement.
Scandaleuses par la personnalité des 2 protagonistes.

L’un est ancien numéro 2 du MEDEF, Denis KESSLER. Il est aujourd’hui, patron de la SCOR, société de réassurance, symbole s’il en est, du capitalisme financier triomphant.

L’autre Pierre GATTAZ est le président en exercice du MEDEF. Il est patron de l’entreprise RADIALL.

Monsieur KESSLER, toujours prompt à prôner des efforts et à dénoncer un Etat confiscateur, dépensier, vient de décider pour 2013 une augmentation de 10% de sa rémunération annuelle. Monsieur KESSLER va donc toucher 485 000 euros de plus en 2013 qu’en 2012. La rémunération de ce Monsieur, devrait s’élever à 5,134 millions d’euros, dont 2,562 millions de salaire brut.

Monsieur Gattaz, joue dans une cour largement plus petite que celle de son collègue. Sa rémunération totale pour 2013, est inférieure à la seule augmentation de Denis KESSLER pour la même année.

Celle-ci s’élève à 426 092 euros dont 218 230 euros de salaire fixe et 96 840 euros de part variable.

Cependant la rémunération de monsieur GATTAZ, supérieure tout de même à 28 fois le SMIC, a augmenté de 29% cette année.

Ces 2 patrons justifient ces augmentations par le fait que leurs entreprises font des bénéfices, qu’ils ont procédé à des recrutements et même augmenté les salaires de leurs employés. Denis KESSLER étale sa générosité en nous informant que tous les 2 ans, il distribue des actions gratuites à ces 2 500 salariés, et Pierre GATTAZ considère dans le JDD du 11 Mai qu’on devrait « le féliciter ».

Ils sont en train de nous dire que leur cupidité, qu’ils justifient à coup d’interviews, est bénéfique pour leurs salariés et plus généralement à la bonne santé de notre économie.. Tous 2 dénonciateurs d’un ETAT interventionniste, d’un ETAT régulateur, d’un ETAT qui pose sans cesse la question de l’intérêt général, veulent par la justification de l’indécence de leur décision, démontrer, contre toutes évidences, que la cupidité sans borne est le seul moteur d’une croissance aux bienfaits universels.

Leurs maitres à penser sont les mêmes qui ont inspiré les révolutions conservatrices Reaganienne et Thatchérienne : Friedrich HAYEC et Milton FRIEDMAN (ce dernier, comme chacun le sait, fut aussi conseiller économique du général PINOCHET). Ils ont théorisé une société sans ETAT ou presque, où le marché laissé à lui-même joue le rôle de puissant régulateur.

Alors que la réalité montre tous le contraire (les inégalités se creusent entre les plus riches et les plus pauvres, entre pays mais également à l’intérieur des pays) les disciples de ces « illustres » économistes expliquent que ce ne sont pas des théories néolibérales qui sont en cause. Au contraire les échecs sont dus à une présence encore trop forte de l’Etat coupable d’interventions intempestives, qui empêchent le marché de jouer pleinement son rôle.

L’Amérique et l’Angleterre, terre des révolutions conservatrice et du marché roi, viennent de mettre en tête des ventes de livres, celui de Thomas PIKETTY « Le Capital, au vingt et unième siècle », qui fait état notamment, d’un nouveau développement des inégalités du fait de la captation par une petite minorité de la richesse créée, et propose une fiscalité plus progressive à l’échelle mondiale.

Cet engouement pour ce livre est peut être un signe. Comme le dit Axel KAHN « La vision d’une action par elle-même bienfaisante des marchés autonomes capables de transformer les vices privés en moteurs d’une société apaisée dont tout le monde pourrait bénéficier apparait en somme bien faible sur le plan des idées et n’a jamais été vérifiée dans l’histoire; C’est une fiction absolue »

Messieurs KESSLER, GATTAZ, les autres autres et nous tous : Attention ! S’il n’y a pas de limite à la « cupidité et à la gloutonnerie humaines…, la frustration des laissés pour compte constitue un puissant levier de déstabilisation »

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Inégalités, #rémunération, #piketty, #axel Kahn