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La CGT et Force ouvrière ont décidé de boycotter la deuxième journée de la conférence sociale. Selon les 2 secrétaires généraux de ces organisations, le gouvernement n'a d'oreille que pour les patrons. La goutte qui aurait fait déborder le vase est, selon ces 2 organisations, l'annonce, par le premier ministre d'un report partiel de la mise œuvre du compte pénibilité.

Curieux comme positionnement. Non pas que ce report sans consultation, ne soit pas une décision grave. Mais il est surprenant que des organisations qui ont appelé à manifester contre la réforme des retraites de 2013, dans laquelle aucune mesure ne trouvait grâce à leurs yeux, utilisent comme prétexte de leur boycottage, l'annonce d'une remise en cause partielle d'une des mesures de cette réforme.

Par leur attitude, ou leur posture, ils montrent leur incohérence et affaiblissent le rapport de force.

Ils montrent leur incohérence
Soit ils considèrent que l'annonce du premier ministre, de remettre partiellement en cause la mise en œuvre du compte pénibilité, est une décision grave, et on peut se demander pourquoi la remise en cause partielle d'une mesure qui n'a pas reçu leur adhésion devient le motif d'une décision grave, elle aussi, de boycotter la conférence sociale.

Soit, le choix de boycotter était pris avant la conférence, pour des raisons qui ressortent de problèmes internes à chacune des 2 organisations, ou pour ne pas se laisser déborder par Solidaires ou pour des raisons qui sont un mélange des deux. Dans ce cas-là, l'annonce de la remise en cause partielle d'une mesure vilipendée hier (le compte pénibilité) n'est qu'un prétexte pour sortir de la conférence. C'est considérer une avancée importante du droit, comme un pion au service d'une stratégie "politicienne"

Dans les deux cas, l'incohérence est patente et dessert les intérêts des salariés.

Ils affaiblissent le rapport de force

En sortant de la conférence, La CGT et FO quittent le terrain de la confrontation, en se réfugiant dans une posture de contestation et de dénonciation inefficace.

Au terme de ces 2 jours de conférence que peuvent afficher ces 2 organisations, comme résultats concrets pour les salariés, les chômeurs, les gens en situation de précarité?

Par le boycottage de la conférence, La CGT et FO envoient un message contraire à la pratique de tous ceux, y compris dans leur propre troupe, qui participent par la concertation et la négociation, à la création de droits. La CGT signe près de 85% des accords dans les entreprises où elle est présente, alors que la parole de cette confédération et notamment de son secrétaire général, ne semble donner à entendre que la voix des plus radicaux de l’organisation.

Le rapport de force pour des accords gagnant –gagnant ne peut-être qu’affaibli.

Des résultats sensibles minimisés par des postures privilégiant le commentaire à l’action.

Oui, pour qui sait ce qu'est le travail quotidien de syndicaliste, sortir d'une conférence sociale, à laquelle participait un patronat plus en position de lobbyiste que de partenaire social, avec des engagements du gouvernement, est une avancée. Ces engagements portent sur:

- la mise en œuvre d'une garantie jeune (allocation et accompagnement vers l’emploi), pour 100 000 jeunes d'ici 2017

- la relance de l'apprentissage comme outil d'insertion et de professionnalisation avec le déblocage de 200 millions € supplémentaire

- la non inscription dans la loi, les allègements décidés dans le pacte de responsabilité.

- la mise en place d'un observatoire des aides publiques

- le renforcement du dialogue social dans toutes les entreprises.

Bien sûr, il ne s’agit pas de dire que la conférence sociale restera un moment historique dans l’avancée des droits pour les salariés. Mais au fond, les avancées que nos sociétés ont connues ne se résument-elles qu’à des moments historiques? Le penser serait avoir une vision tronquée de l’histoire et faire peu de cas de l’action de tous les jours, de milliers d’hommes et de femmes, qui rend la vie de leur collègues de travail moins difficile

Il ne s’agit pas non plus de nier la crise profonde que traverse notre démocratie, tant politique que sociale. Nous ne pouvons ignorer la place qu’occupe aujourd’hui, le Front National.

Sortir des postures

Devant les difficultés importantes que vivent des millions de nos concitoyens, les engagements pris à la conférence peuvent apparaitre faibles et laisser penser que ceux qui ont boycotté ont eu raison.

C'est bien là que se trouvent un des principaux problèmes de notre pays. La posture d'observateur global est beaucoup plus répandue que la posture d'acteurs engagés dans la recherche de solutions. Cette dernière ne peut pas se satisfaire d'un regard global. Elle exige de de la part des acteurs qui s'engagent, de prendre en compte la complexité des réalités dans lesquelles nous vivons. L'analyse binaire lui est interdit au risque d'être inefficace dans l'action.

Or cette posture d'observateur est la posture préférée d'une partie importante de "l'élite" française. C’est la posture de tous les partis qui ne sont pas en charge des affaires. C'est la posture choisie par un certain nombre d'organisations syndicales, associatives, en mal de représentativité réelle par une absence d'ancrage dans les réalités concrètes. C’est la posture d'un grand nombre de grandes chaînes d'info en continu ou pas, dont les animateurs ou journalistes se mettent en scène avec la complicité d'un certain nombre de chroniqueurs qui ont trouvé dans le commentaire, un marché juteux, pour eux et leurs égos.

Devant un tel rouleau compresseur, il est difficile de rendre crédible des petites avancées qui se dégagent de la conférence sociale grâce à la participation active des organisations syndicales dites réformistes.

Mais ce n’est pas en faisant de la surenchère, ce n’est pas non plus en reportant sur d’autres ses propres faiblesses lié à son ancrage insuffisant chez les salariés dans leur diversité, que le syndicalisme retrouvera une force capable de peser plus fortement sur les choses.

Sortir des postures est la plus grande urgence du moment. Cela vaut pour ceux qui se sont mis hors-jeu de la conférence sociale. Mais cela vaut aussi pour le patronat qui se complait dans des positions de lobbyiste tout en dénonçant l’irresponsabilité des dirigeants politiques. Cela vaut enfin pour tous ceux qui ont une responsabilité d’information et, qui en lieu et place de celle-ci, cherchent à briller ou à faire briller leur chaine ou radio, par le commentaire peu approfondi, souvent binaire, susceptible de faire le buzz.

Attention Danger, il y a Urgence

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Conférence sociale, #démocratie sociale

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