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Dans quelques jours, si ce sont de vrais Hommes d'Etat, Arnaud Montebourg et Benoit Hamon se rendront compte de leur énorme bévue commise le dernier weekend lors de la Fête de la rose, organisée dans le fief du "encore" Ministre de l'industrie à Frangy-en-Bresse en Saône-et-Loire.

Lorsque l'on vit des responsabilités très fortes, comme Ministres, avec de nombreux dossiers à traiter, qui plus est dans une ambiance de tensions fortes où les coups à prendre peuvent venir de tous les côtés, il y a un moment malgré toutes les précautions prises, on peut se retrouver enfermé dans une sphère qui conduit à résumer le monde à son environnement, à ses dossiers, à son projet d'avenir, à ses ambitions dans son parti.

Certaines des interventions et décisions de ces responsables deviennent alors incompréhensibles et inaudibles pour le grand public qui ne vit pas dans la même sphère, le même environnement, qui ne connait pas les débats et les relations entre les hommes et les femmes qui se côtoient tous les jours dans l'exercice des responsabilités, qui ne connait pas les subtilités des partis auxquels ces responsables appartiennent. Ce n'est pas un jugement c'est un fait. Et qui a eu des responsabilités importantes que ce soit en politique, dans la vie sociale ou en entreprises, ne peut nier ce phénomène.

Et il ne s'agit pas simplement d'un décalage qui frapperait les responsables d'aujourd'hui parce qu'ils seraient désintéressées de la chose publique et se soucieraient d'avantage de leur intérêts, comme aiment le dire les adversaires les plus acharnés de la démocratie et de la république qui le font répéter à d'autres qui se rendent même pas compte qu'ils se font manipuler.

Non ce décalage n'est pas entre la vraie vie et la vie d'un responsable politique qui serait hors sol. Ce décalage est un décalage entre la sphère de la vie quotidienne et la sphère d'une vie de responsables. Décalage entre 2 sphères qui a, de mon point de vue, toujours existé. Heureusement d'ailleurs, car personne n'attend que celui ou celle qui a des responsabilité qu'il ait une vie rythmée, comme chacun de nous. On attend tous et avec raison souvent qu'un ministre soit ministre 24 heures sur 24 et 7 jours sur 7. Il en est de même pour certaines responsabilités sociales ou syndicales. Il serait absurde de demander à tous de vivre aux rythme des ministres ou d'autres responsables. Ça n'aurait aucun sens.

Cette exigence de l'opinion publique relayée et parfois même orchestrée par les médias envers les responsables politiques et sociaux-économiques, conjuguée avec le développement de l'information instantanée, obligent ceux qui sont investis de responsabilités, à se donner les moyens d'être en possession de leurs dossiers 24 heures sur 24. Alors, ils s'entourent de conseillers spéciaux sur chaque dossier. Ils sont pris en charge dans tous les domaines qui font la vie quotidienne des gens (Organisation des RDV, des repas, des transports, prise en charge des enfants ....). On peut critiquer. Mais Accepterions-nous qu'un Ministre puisse répondre "Je ne sais pas, je vais me renseigner et instruire le dossier" à un question qui lui serait posée? Nous ne sommes plus collectivement en capacité d'accepter cela.

Alors pour être à chaque instant au top, tous les temps passés à autre chose que la fonction est considéré comme du temps perdu . Pas question donc de passer du temps à préparer tes repas, faire tes courses, organiser tes déplacements, se détendre....

Souvenons-nous d'un Ministre, qui était comme beaucoup de français le sont en été, en polo sur une pelouse un dimanche après midi. Ce ministre, Jean François Mattéï, ministre de la santé, s'est exprimé sur la canicule en Août 2003. Il n'avait pas tous les éléments en sa possession. A partir de ce jour là, ses jours comme ministre étaient comptés et 6 mois après il était débarqué, sous le feu des critiques de sa gestion de la canicule.

Cette totale implication dans la responsabilité crée de fait un décalage. Cette distance a été accentuée par l'éclatement, une dispersion de la société, difficile à représenter collectivement et par la pression médiatique qui pèse à toute heure de la journée et de la nuit sur les épaules du responsable, qui oblige les titulaires de postes aussi exposés qu'un ministère, à se créer un cercle de conseillers qui l'enferme dans un monde à part.

Mais ceux qui parlent de décalage entre la vraie vie et les responsables politiques et sociaux, peuvent-ils nous dire ce qu'est la "vraie vie"? La vie du chômeur de longue durée est elle la même que la vie de celui qui travaillent? La vie de celui qui habite en maison individuelle dans une petite ville, est-elle la même que celui qui vit en HLM en banlieue? La vie de celui qui travaille dans dans un métier qui lui plait, est-elle la même que la vie qui ne fait que des petits boulots? On pourrait continuer la liste et elle serait très longue. Jamais il n'y a eu autant de d'individualisation des situations. Alors ceux qui parlent de la vraie vie dans les médias sont le plus souvent dans des postures faciles et populistes de commentateurs se réclamant d'une neutralité qui en fait ne devraient tromper personne, car cette posture est l'expression d'une paresse intellectuelle.

Dans l'ambiance du moment ou les commentateurs ne manquent jamais une occasion pour critiquer et mettre en avant le décalage des responsables politiques et plus largement les responsables sociaux-politiques, je ne veux pas crier avec les loups. Prendre des responsabilités socio-politiques n'est pas une partie de plaisir. ce n'est pas choisir la planque comme souvent on l'entend dire.

Bien sûr il y a dans ces milieux d'hommes et de femmes des gens qui vont tirer partie de leur situation pour se servir d'abord. Ces dérives existent de partout y compris et peut-être plus qu'ailleurs dans la sphère économique et financière (et dans ce monde là ils sont nombreux pourtant à critiquer en permanence la fonction politique ou sociale). Mais de tout façon de partout dans nos pays, ces responsables qui dérivent sont minoritaires.

Focaliser sur les dérives c'est faire le jeu des anti-tout et surtout ça donne beaucoup d'arguments faciles et de prétextes pour ne jamais s'engager, ne jamais prendre le risque des responsabilités. Oui prendre des responsabilités dans le domaine social comme dans le domaine politique et économique, c'est prendre de risques.

Pour en revenir à mon sujet de départ, à savoir la bévue de Montebourg et d'Hamon; ces 2 ex ministres ne sont pas plus que les autres dans un décalage entre la vraie vie et la vie d'un responsable politique.

Par contre, contrairement à Aurélie Filippetti qui était de toute façon menacée dans son poste et a donc créé les conditions d'une sortie avant une éviction, Montebourg et Hamon n'étaient ni menacés dans leur poste, ni demandeurs de partir. Alors pourquoi une telle embardée à la fête de la rose de Saône et Loire?

Arnaud Montebourg, s'est probablement laissé enivrer par son assurance, son aisance et la certitude qu'il était devenu intouchable. Après ses démêlés avec le Premier ministre Ayrault, lors du conflit de Florange et l'arbitrage en sa faveur par le président, il pensait que rien ne pouvait lui arriver. Il en était d'autant plus sûr qu'il avait favorisé l'arrivé de Manuel Valls au poste de premier ministre.

Ce faisant cet enivrement a probablement aggraver la distance logique et inévitable (je l'ai dit plus haut) qui place le responsable politique et en l’occurrence, le Ministre dans une situation à part. Son environnement est devenu son monde, et par construction un monde restreint. Il n'a probablement pas senti que ce monde rétrécissait son champ de vision. Il s'est laissé envahir par ses certitudes. Il a géré ses désaccord ou ses ses différences d'appréciation des choses avec le Premier Ministre et avec le Premier Ministre, comme on gère des désaccords au sein d'un parti. Il pensait peut-être que Manuel Valls était dans cette même approche. Mais en face de lui, Montebourg n'a pas trouvé un chef de parti, il a trouvé le Premier Ministre de la France. Pas habitués à cela, persuadés qu'ils sont d'être intouchables depuis leur soutien à Valls pour que ce dernier devienne Premier Ministre, Ils jouent comme on peut le faire quand il s'agit de lutte internes à un parti. Ce qu'un chef de parti peut donner en contre partie d'un soutien, probablement que pour Valls, un chef de gouvernement ne peut et ne doit pas le faire.

Benoit Hamon, lui s'est probablement fait avoir "à l'insu de son plein gré". Pris dans les mêmes mécanismes, il avait trouvé une façon assez habile de gérer. Mais marcher sur le fil du rasoir nécessite une maîtrise de tous les instants. En se rendant à Frangy-en-Bresse, il fait une écart qui lui sera fatal. Si il a fait le choix de se rendre à l'invitation de Montebourg, c'est que son champ de vision a été rétréci. Les effets produit par les phénomène d'entourage que je décrivais plus haut ont fini par lui rendre invisible une partie du monde. Dès lors il s'est trouvé embarqué dans une mécanique infernale qui ne pouvait que le conduire à la démission.

Je fais une différence entre les 2 départs et même les 3 si on y ajoute Aurélie Filippéti. Si on transposait ces départs dans le champ des relations professionnelles, on pourrait identifier le départ de Montebourg à un licenciement pour faute lourde, celui de Benoit Hamon à une démission par solidarité, contre son gré.et 'Aurélie Filippéti à une insuffisance professionnelle.

Ni Montebourg, ni Hamon ne s'attendaient à une telle conséquence de leurs actes du weekend. Mais sur leur route, ils rencontrent un Premier Ministre, qui de mon point de vue, a su jusqu'à maintenant, ne pas laisser se rétrécir son champ de vision par tout ce qui contribue à la logique d'éloignement quand on exerce des responsabilité de ce niveau. Ils croyaient qu'ils avaient à faire à un responsable du Parti socialiste, ils se sont heurtés à un Premier Ministre de plein exercice dont on avait plus l'habitude d'en voir.

Alors oui, si ces 2 ex Ministre sont de vrais Hommes d'Etat, ils doivent dès aujourd'hui en colère contre eux même pour cette bévue impensable.

Benoit Hamon allait vivre sa première rentrée scolaire comme Ministre d'Education nationale, après avoir obtenu des arbitrages favorables du premier Ministre et du président sur le budget de ce grand ministère, Arnaud Montebourg se préparait à un bras de fer avec les professions réglementées et les annonces du Président de la banque centrale européenne de desserrer l’étau sonnait comme une petite victoire dont il serait indécent de considérer que le positionnement français depuis 2 ans, n'y est pour rien et pour lequel Arnaud Montebourg pouvait faire valoir sa patte. Et Voilà qu'un jeu d'Ego tourne à la catastrophe... pour eux du moins.

Mais ils peuvent se rattraper, leur départ a précipité l'éclairage nécessaire sur la ligne, au sein du gouvernement, du PS et de la majorité. Par leur positionnement ambigu, ni frondeur, ni totalement dans la ligne, Montebourg et Hamon entretenaient une climat qui évitait pour conséquence de donner des prétextes à de nombreux députés pour ne pas se mouiller. Ce n'est pas un reproche que je ferais à ces 2 ex ministres. Eux, ils se sont mouillés et ont fait le travail et ont rarement craché dans la soupe en catimini, comme vient de la faire Duflot.

Aujourd'hui, ils doivent être des soutiens au gouvernement Valls pour qu'il réussisse. Ils peuvent le faire. Ils doivent le faire. Ils n'étaient pas partants. Ils ont ont fait une bévue qui en ont fait des sortants. Alors Oui, si ce sont des Hommes d'Etat, ils doivent soutenir sans faille le gouvernement et travailler à faire revenir à la raison les frondeurs.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Montebourg, #Hamon Valls