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Monsieur Geoffroy Roux de Bézieux, dans une interview récente à BFM, rappelait qu’il y a un patron de PME qui se suicide tous les deux jours. Un suicide est toujours un drame quel que soit la situation professionnelle de ceux ou de celles qui passent à l'acte.

Après ce constat Geoffroy Roux de Bézieux, en donne les causes « les trésoreries sont à sec, les défaillances d’entreprises sont au plus haut et le gouvernement rajoute pratiquement chaque jour une petite taxe par-là, une mesure de complexité par-là, donc il y a un vrai ras-le-bol »[1]. En clair si de patrons de PME se suicident c’est l’Etat qui en est responsable.

Geoffroy Roux de Bézieux croit au "capitalisme d'entrepreneurs ou entreprenant" comme solution de sortie de crise. Il l’écrit dans un livre en Janvier 2011.

Dans ce livre, il se fait le chantre de ce "capitalisme d'entrepreneurs". S'inspirant de Schumpeter et du concept de "destruction créatrice »[2] que ce dernier a théorisé, il défend l'idée que le rôle central de l'Etat est "de garantir à tous l'accès au même capital social de départ, mais il doit conjointement privilégier la liberté et l'initiative sur l'égalité ».

Notre devise républicaine « Liberté, Egalité, Fraternité » ne peux souffrir que l’une des 3 composantes soit privilégiée à une autre. Si non, c’est l’équilibre de notre république et de notre démocratie qui est menacé. C’est tout l’enjeu de l’art de la politique. Contrairement à ce que disent souvent penseurs libéraux, une cité, une société ne se « gère » pas comme une entreprise.

Certes, dans son livre Geoffroy Roux de Bézieux reconnait que la dynamique schumpétérienne provoque des dégâts collatéraux et de citer « les canuts lyonnais au XIX° siècle et ceux de l’usine Continental de Clairoix en passant par les mineurs et les ouvriers de la métallurgie des années 80 ».Mais pour lui « c’est la face obscure d’une dynamique vertueuse »[3]. Et comme « l’entrepreneur schumpétérien est aussi citoyen », il doit se préoccuper « de réintégrer dans le jeu économique ceux que les innovations technologiques ont exclus »[4]. Cette affirmation apparait plus comme une déclaration que comme une nécessité absolue qui exige autre chose que des déclarations de principe.

Si Geoffroy Roux de Bézieux ne s’attarde pas sur les moyens de cette réintégration des exclus des innovations, dans le jeu économique, c’est que cette question, celle de « faire société » est périphérique. Plus exactement, dans la vision que défend Roux de Bézieux, c’est l’économie qui est centrale. L’Etat est à son service. La démocratie, semble ne pas exister en dehors de l’économie. Le champ du politique, de la démocratie ne semble pas avoir d’autonomie par rapport à l’économie. C’est ainsi qu’e Roux de Bézieux enferme l’Etat dans une fonction règlementaire. L’Etat, comme l’expression démocratique d’une société n’est jamais abordé.

Mais une addition d’entrepreneurs ne créé pas pour autant une société. Pour faire société le rôle de l’Etat se résume pas non plus à une fonction de « garant de l’équité et de la concurrence, s’assurant que les plus entreprenants de ses citoyens puissent faire émerger leurs idées, en être récompensés et entrainer le reste de la société avec eux »[5].

Cette vision restrictive de la démocratie, du politique et pour partie du rôle de l’Etat est assez bien résumée par l’auteur qui, tout en disant qu’il ne partage pas toute la théorie de Milton Friedman, considère que le livre de ce dernier écris en 1962, « capitalisme et liberté » demeure d’une étonnante actualité. Il en retire d’ailleurs un message clef qu’il cite en conclusion de son livre : « La liberté économique est une composante de la liberté au sens large et est indispensable comme moyen d’obtenir la liberté de politique ». Et de poursuivre par une reformulation de ce message : « En d’autres termes, la libéralisation du marché préfigure toujours la libéralisation de la société. Au fond, une société entreprenante est ou deviendra toujours une société démocratique »[6].

Peut-être aveuglé par une vision très idéologique du capitalisme et du marché, Geoffroy Roux de Bézieux, oublie dans l’analyse qu’il fait de la situation des patrons de PME, que ces derniers, avant d’être harcelés par un Etat qui ne serait qu’un producteur de règlementations et de taxes, le sont par la pression de la concurrence, par la pression d’une demande de productivité toujours plus forte, par la pression des marchés financiers…. Les principales raisons de la pression que subissent un certain nombre de Patrons de PME sont inhérentes au fonctionnement d’un marché toujours plus libéralisé et de moins en moins régulé.

La chronique de Michaël Foessel[7], professeur de philosophie à polytechnique est une contribution intéressante et apporte un éclairage important sur la vision du Patronat au regard de la situation des Patrons de PME

Gaby Bonnand

[1] Interview Roux de Bézieux BFM

[2] Livre Geoffroy Roux de Bézieux P 48

[3]Id P 49

[4] Id P 50

[5] Id P 171

[6] Id P 172

[7] http://www.liberation.fr/chroniques/2014/11/14/la-preuve-par-la-mort_1143078

Tag(s) : #Patrons de PME, #Capitalisme et démocratie