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Ce matin, dans une tribune au journal "Libération", un certain nombre de personnalités appelle à une "Opération mains propres sur la santé".

Voilà un article intéressant qui met à jour un certain nombre de pratiques qui ont cours dans notre système de santé, et notamment dans la politique du médicament. Il donne également à voir les conflits d’intérêts qui existent entre l’industrie pharmaceutique et des responsables politiques.

Des chiffres sont en effet assez éloquents et nécessitent des explications de la part de la puissance publique. En Italie, nous disent les signataires de la tribune « on constate que le coût des médicaments en ville et à l’hôpital s’élève pour 2013, à 18 milliards d’euros, contre 34 milliards pour la France, soit 70% de plus, à population égale pour les mêmes résultats sanitaires (avec une espérance de vie de 7 mois supérieure en Italie) ». Et ils ajoutent que « les prix hors taxes des génériques sont supérieurs en France de 30%, en moyenne à ceux pratiqués en Italie ».

J’invite ceux qui liront cet article à lire la tribune, car je ne vais pas reproduire ici toute la substance de celle-ci. Je veux par contre me réjouir qu’enfin des voix s’élèvent pour parler des risques de privatisation du système de santé, qui existent au cœur même du système de santé lui-même.

Souvent lorsque l’on s’inquiète de la privatisation de notre système de santé on incrimine le financement par les mutuelles. Je ne veux pas minimiser le risque de privatisation de ce côté-là, notamment avec la part croissante que prennent les assurances privées dans le monde de la complémentaire. En effet leur stratégie vise à se substituer à l’assurance sociale, au motif que la dépense publique est trop forte. Cette stratégie de privatisation des assureurs privés à but lucratif est dangereuse pour la solidarité, l’accès de tous au système de santé et à des soins de qualité, pour le « Vivre ensemble » et en définitive pour la démocratie. Mais les risques de privatisation ne se limitent pas à cela. Loin de là.

Il est très important, comme le font les signataires de la tribune de ce matin dans Libération de s’intéresser au système de santé lui-même.

Les auteurs, je l’ai dit, dénoncent la politique du médicament et les conflits d’intérêts qui sont responsables, selon eux, d’un certain nombre de dérives dans les politiques publiques.

Nous pourrions parler également d'autres segments de l’offre de soins. A l’heure où la plupart des syndicats de médecins libéraux manifestent par des moyens contestables, le refus du tiers payant généralisé, il parait assez évident que l’intérêt général est loin des préoccupations des organisateurs. Des intérêts corporatistes sont défendus en prenant en otage les patients, en s’attaquant à un service public qu’est la Sécurité Sociale.

Il y a de vrais problèmes. De nombreux médecins généralistes exerçant en libéral, vivent des situations difficiles. Ils sont les premiers à subir les conséquences d’un système inorganisé. Que des syndicats utilisent ce malaise pour s’en prendre au service public et en définitive aux patients, est de mon point de vue, irresponsable.

Oui le système de soins et plus largement le système de santé souffre d’une désorganisation aigue et profonde. Les patients en souffrent et notamment celles et ceux qui sont atteints de plusieurs maladies chroniques. Le manque de coordination entre professionnels, les redondances dans les examens, les contre-indications médicamenteuses sont les conséquences les plus manifestes de cette inorganisation qui est également très mal vécue par les familles des patients.

Mais les patients et les familles, ne sont pas les seuls à en souffrir. De nombreux professionnels supportent de plus en plus mal ce manque d’organisation. Les personnels des urgences souffrent d’une quasi absence de permanence des soins en ville. Les personnels de l’hôpital sont en butte avec une organisation qui manque de coordination avec la médecine de ville, de souplesse dans l’organisation et de moyens. La liste est longue de toutes les souffrances vécues aujourd’hui à cause de l’inorganisation de notre système.

Se servir de vrais problèmes, de vraies difficultés, de vraies souffrances, pour faire progresser ses propres intérêts est un véritable poison pour la démocratie bien sûr mais comme le montre les auteurs de la tribune c’est un poison pour les finances publiques.

Ce que dénoncent les auteurs de la tribune de « Libé » ce matin concerne les conflits d’intérêts qui entourent la politique du médicament. Mais ces conflits d’intérêts sont présents sur tous les segments du sanitaire. Conflits d’intérêt possibles pour des praticiens hospitaliers qui exercent également à titre privé à l’hôpital. Conflits d’intérêts chez les médecins pratiquant en ville et exerçant en cliniques pour les actes chirurgicaux. Dans mon environnement familial j’ai connu des variations de dépassements d’honoraires, allant de 40 à 160 € pour une même opération de la cataracte, dans 2 cliniques différentes. Pour ces 2 opérations, 2 ophtalmos différents, deux cliniques différentes, 2 dépassements d’honoraires différents. Quel autre choix pour le patient que de subir le choix du praticien qui oriente son patient vers une (sa) clinique. L’inorganisation, créé l’illisibilité. C’est dans cette illisibilité totale que s’engouffrent les conflits d’intérêts.

Il serait mal sain de voir la corruption de partout et réducteur de circonscrire les causes des dysfonctionnements du système de soins et de santé à des questions de conflits d’intérêts. D’autres causes existent. Le système français s’est construit en tuyaux d’orgues, donnant naissance à une organisation politique, administrative et technique parcellisée et éclatée, engendrant des incohérences et une incapacité chronique à gouverner l’ensemble.

C’est dans cette inorganisation aux multiples causes que prennent racines les risques de privatisation.

Les corporatismes, les conflits d’intérêts minent l’organisation des soins de premiers recours pour lesquels les médecins libéraux sont en première ligne. Ils conduisent aux mêmes effets que ceux dénoncés aujourd’hui dans le domaine du médicament, par les auteurs de la tribune de libération : une privatisation rampante. En d’autre termes une partie du financement public est optimisé dans l’intérêt privé de personnes ou groupes, acteurs du système de santé. La non-transparence et l’inorganisation du système constituent les vecteurs de cette optimisation.

De ce point de vue le gouvernement doit tenir bon face aux médecins. Mais il doit aller beaucoup plus loin dans la réforme du système si nous voulons, comme les auteurs de la tribune le disent ce matin, renouer avec la disposition figurant au préambule de la constitution : « La nation garantie à tous…la protection de la santé »

Gaby BONNAND

http://www.liberation.fr/societe/2015/01/04/appel-pour-une-operation-mains-propres-sur-la-sante_1173762

Tag(s) : #Système de santé, #médecins libéraux, #libé

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