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Quel lien peut-il bien avoir entre la tuerie à Charlie hebdo, à la porte de Vincennes et la grande mobilisation républicaine qui a suivi d'une part, et la victoire de Syrisa en Grèce et les grandes manifestations en Espagne en soutien à Podemos, d'autre part.

Bien sûr il ne faut pas faire de rapprochements trop faciles au risque de surfer sur une vague racoleuse.

Pour ne pas tomber dans de faciles comparaisons, regardons de près les choses.
Après les journées tragiques de Janvier, le Premier Ministre français n'hésite pas à employer le terme "apartheid" pour parler du résultat des politiques de la ville menée depuis 30 ans. Selon lui, «depuis trente ans, le diagnostic est connu et la question est bien: comment lutter contre la ghettoïsation, l'apartheid, la séparation? Tous ces mots disent la même chose. Le sens de la politique de la ville est bien de dénoncer les processus qui aboutissent à une ségrégation de plus en plus prononcée».

Parler ainsi après les événements que nous avons vécu, c'est donner à voir qu'il existe dans notre pays des conditions sociales et économiques désastreuses dans lesquelles vivent un certain nombre de nos concitoyens, que ces conditions sont pour partie, le résultat de politiques publiques et qu'elles génèrent de fortes inégalités qui remettent en cause les fondements de notre "Vivre ensemble" ciment de notre démocratie.

La manifestation du 11 janvier 2015, n'a pas été simplement un mouvement conjoncturel pour la liberté d'expression. Elle a été aussi et surtout un mouvement pour se lever contre tout ce qui favorise la négation de la vie, la négation de l'humanité.

La Premier Ministre comme le Président de la République, ont laissé penser dans les jours qui ont suivi, qu'ils ont entendu ce message. Si dans leurs discours qui ont suivi, ils insistaient (et c’est capital) sur la nécessité d'un renforcement des mesures de sécurité, ils se montraient très incisifs sur les réformes en profondeurs auxquelles il fallait s'attaquer pour combattre les maux qui gangrènent notre société: Exclusion sociale et professionnelle, ghettoïsation de quartiers, stigmatisation de population...

Contre ces maux, les mots ne suffiront pas. Des actes sont nécessaires. Quelques 3 semaines après ce grand rassemblement, la feuille de route n'est pas encore très claire. Le plus grand danger, c'est que le flou s'installe.

Pourtant, Notre pays n'a pas connu une mobilisation comme le 11 Janvier depuis la libération. Plus qu'un rassemblement national, c'est un mouvement auquel se sont associés de nombreuses populations de par le monde. Derrière cette volonté de réaffirmer cet attachement à la liberté d'expression, ce mouvement était un aussi un mouvement d'homme et de femmes qui se sont levés pour dire "Nous existons". Non les hommes et les femmes ne sont pas des chairs à kalachnikovs de ceux qui veulent imposer l'obscurantisme. Ils sont des hommes et des femmes qui ont le droit de penser, de s'exprimer de vivre libre sans se voir imposer des dogmes de quelques religions ou idéologies que ce soit.

En faisant de ces grandes marches qui ont réuni plusieurs millions de personnes, un grand rendez-vous républicain national et mondial, François HOLLANDE est aujourd'hui comptable de la suite qui y sera donnée, tant sur le plan national que sur le plan international.

Il a beaucoup été dit à juste titre, que ce rassemblement dépassait la défense de Charlie Hebdo. L'homme, sa liberté, son refus de se voir nier comme individu, constituait le point central de ces rassemblements. Ce n’étaient pas des rassemblements et des marches d’agents économiques, de chiffres, de courbes, de variables d’ajustement, mais des marches d’êtres vivants.

Il est difficile de ne pas entendre dans la victoire de Syrisa en Grèce ou dans les grands rassemblements soutenant Podemos en Espagne, les cris d'hommes et de femmes qui refusent d'être niés par des politiques portées par une idéologie dont la cupidité et l’appât du gain forment la colonne vertébrale. Ce faisant cette idéologie et les politiques mis en œuvre ne cessent de nier l'individu. De nombreux ouvrages ces dernières années l’ont montré et démontré[1]

Ces cris qui montent de partout en Europe n'ont pas encore été entendu jusqu'à aujourd'hui comme le rappelait Bernadette Ségol, la secrétaire générale de la Confédération européenne des syndicats lors de la manifestation du 4 avril 2014 «Notre message est simple, mais c'est un message que les responsables européens ne veulent pas entendre. Leurs politiques en réponse à la crise financière ne suffisent pas et ont en réalité aggravé la crise sociale et économique. Notre message est que l'austérité ne fonctionne pas»

Il n'est pas inintéressant et inutile de rappeler ce que disait très justement la CES, en amont de cette manifestation qui a réuni plusieurs milliers de salariés "Alors que les dirigeants de l’UE se préparent pour leur sommet de fin d’année à Bruxelles, ils continuent à ébranler le projet européen en prolongeant la crise financière et sociale et en s’aliénant des millions de personnes à travers toute l’Union.... Une nouvelle voie pour l’Europe, exposant les grandes lignes d’un audacieux plan d’investissement pour l’UE basé sur une politique industrielle durable et des emplois de qualité." Elle appelle à "rejeter toute tentative de poursuivre des politiques qui réduisent les salaires et affectent les conditions de travail... La question que nous devons nous poser est : qui est sorti d’affaire, le système financier ou les gens ? » « La dimension sociale de l’Union est extrêmement faible. Les citoyens ne sont pas d’accord avec la voie choisie par l’UE. Ils ne verront pas une telle Europe avec bienveillance si elle ne change pas de cap. » « Les responsables politiques doivent prouver qu’ils protègeront les travailleurs; il ne s’agit pas uniquement de libéralisation du marché mais aussi de la protection sociale. C’est la raison pour laquelle nous menons cette campagne[2]

Un pas de plus a été franchi dimanche dernier dans cette bataille contre les politiques d’austérité menées en Europe.

Par l'élection de dimanche dernier, en conduisant au pouvoir Syrisa et son leader Alexis Tsipras, le peuple grec est entré en résistance active contre la politique que l'Union Européenne lui impose et les conséquences dramatiques sur les populations. ​L’Espagne est sur le même chemin.

Aujourd'hui ces mécontentements s'expriment encore par des mouvements démocratiques. Mais la période est tendue. Sans nier la responsabilité de Syrisa dans le choix de ces alliances dangereuse pour la démocratie avec l’extrême droite, l'Union Européenne, par son intransigeance, porte une grande part de responsabilité de cette alliance.

Le président de l'Euro groupe Jeroen Dijsselbloem renforce cette orientation en pratiquant un déni de démocratie quand, au sortir de son entretien avec le ministre des finances grec Yanis Faroufakis, il dit que "le plus important pour la Grèce, c'est qu'elle respecte simplement les accords qui nous lient". Le peuple grec a voté, mais circulez, y'a rien à voir.

Devant cette situation, Il est par conséquent indispensable que nos responsables politiques d'aujourd'hui, Président de la République et Premier Ministre, principalement, grands artisans de la marche républicaine et de son écho en Europe et dans le monde, prennent la tête d’une offensive au sein de l'Union Européenne pour une réorientation de la politique économique et sociale.

Il faut prendre acte que la ligne actuelle conduisant la plupart des pays à mener des politiques d'austérité, est un échec. Elle doit être remise en cause. Ce qui ne veut pas dire laisser le laxisme s'installer dans la gestion des dettes publiques. Il vaut mieux le préciser car ceux qui défendent la politique d'austérité, dans l'intérêt principal des banques, ne ratent jamais une occasion pour dire à tous ceux qui demandent un changement dans les orientations politiques, qu'ils vont encourager le laxisme des pays.

Avec un peu de mauvais esprit, je l'admets, les pays n'ont pas forcément besoin des leçons des banques comme par exemple Goldman-Sachs (dont est originaire Mario Draghi) qui a aidé la Grèce à trafiquer ses comptes, ni "de père la rigueur" issu de pays qui n'en n'ont guère fait preuve en matière fiscale, comme par exemple le Luxembourg (dans lequel Juncker a été Premier ministre de 1995 et 2013) qui a mis en place un système d'évasion fiscale durant des années et dont le scandale vient d’éclater..

On ne peut pas dire sur le plan intérieur, comme le fait le Premier Ministre que « Le sens de la politique de la ville est bien de dénoncer les processus qui aboutissent à une ségrégation de plus en plus prononcée» et ne pas appliquer la même analyse sur les politiques européennes quand il est évident qu’elles ont échoué et conduisent des hommes, des femmes, des peuples dans des situations de plus en plus précaires .

Ne pas écouter le bruit du mécontentement face à l'austérité, comme celui des grecs, des espagnols, mais aussi de nombreux hommes et femmes des différents pays d'Europe qui, à travers leurs organisations syndicales et de nombreuses associations, serait totalement irresponsable de la part des responsables européens et en premier lieu des dirigeants de la France et de l'Allemagne.

Si François Hollande a entendu le message du 11 Janvier, comme un message d'hommes et de femmes qui ont crié leur refus de voir une quelconque idéologie asservir l’Homme et sa liberté, alors il doit faire beaucoup plus qu’il ne fait.

Il a su se mettre à la hauteur de sa tache lors des évènements de Janvier. Il a su accompagner un mouvement pour la liberté d’expression et contre l’obscurantisme qui a largement dépassé nos frontières.

Aujourd’hui sa tâche n’est pas de retomber dans la politique politicienne calculatrice. Il doit s’affronter à Angela Merkel et aux institutions européennes pour que renaisse un espoir Européen.

La prochaine fois ce ne sera pas Syrisa qui gagnera mais l’extrême droite qui est déjà en train de gagner en France.

Le capital engrangé la 11 janvier doit être réinvesti dans cette bataille

[1] A titre d’exemple et non exhaustif André ORLEAN : L’empire de la Valeur Le seuil. Octobre 2011. Daniel COHEN :La prospérité du vice Albin Michel 2009. Joseph STIGLITZ : Le triomphe de la cupidité Les liens qui libèrent. Février 2010

[2]http://www.cfdt-metropolelilloise.fr/_media/bv000011.lkdoc.la-confederation-europeenne-des-syndicats.pdf

Tag(s) : #Europe, #Austérité, #Démocratie

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