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Jean TIROLE, et 14 autres économistes viennent de publier un article dans les échos de ce jour, pour réclamer un Jobs-Act, du nom de la réforme de MATTEO RENZI, premier Ministre Italien, sur le marché du travail.

Que nous proposent ces brillants économistes :

  • « Une formation professionnelle qui assure le financement de formations dont la qualité est certifiée pour les personnes qui recherchent un emploi ».
  • « Améliorer l’efficacité de l’assurance chômage en instituant une modulation des cotisations des entreprises à l’assurance chômage selon la logique du bonus-malus et en encourageant les demandeurs d’emploi qui le peuvent de sortir au plus vite du chômage ».
  • « La baisse du coût du travail au niveau des bas salaires, en recentrant les aides autour du SMIC ».
  • « Simplifier le code du travail, en modifiant la définition du licenciement économique et l’obligation de reclassement ne doit pas incomber aux entreprises, mais au service public de l’emploi».

Ces 15 personnalités sont certainement de très grands économistes. L’un d’entre eux, Jean TIROLE, a reçu en 2014, le prix Nobel de l’économie. Il ne me viendrait pas à l’idée, une seconde, de contester les compétences économiques de ces personnes.

Je ne suis pas économiste. Mais je suis surpris qu’à ce niveau de compétences, il n’y ait pas dans les propos de ces grandes personnalités, une once d’humilité.

Voilà 15 personnes compétentes en économie qui semble considérer que seule, leur discipline et les résultats qui sortent de leurs équations et autres modèles, sont des mesures à mettre en œuvre pour sortir le pays de la crise dans laquelle il est.

Je me demande si nous n’avons pas là, l’illustration de ce qu’écrit Pierre Yves GOMEZ, dans son livre Le travail invisible, l’histoire d’une disparition : « Dans les organisations publiques ou privées, la bureaucratie utilise des instruments financiers, si abstraits, des normes et des modes de gestion si éloignés des expériences communes, une représentation du monde fluide et global si différente de la réalité quotidienne épaisse et enracinée des citoyens, qu’elle s’est isolée du réel. Plus largement ceux qui ont autorité pour orienter l’activité économique (et souvent politique) vivent comme dans un espace-temps différent du reste des mortels… Le travail réel leur est invisible, ils réfléchissent sur des normes et des statistiques, loin du fonctionnement pratique des organisations et donc de la création de valeur économique effective ».

A lire l’article de nos 15 économistes, on a vraiment l’impression de ne pas être dans le même monde. Rien sur les individus. Ceux-ci ne sont que chômeurs, individus qui recherchent un emploi ou individus devant retrouver au plus vite un emploi encouragés par une assurance chômage plus agressive. Le travail n’existe que dans le terme de contrat dont il faut sécuriser la rupture. Ne parlons pas de ceux qui travaillent. Ils ne doivent pas exister. Bref, un monde sans vie, un monde de chiffres, de ratio, de règlements qu’il faut changer pour faciliter la vie des entreprises… Oui un monde abstrait, irréel.

Pierre Yves GOMEZ a raison : « L’économie financiarisée a voulu ignorer ce principe de base : Le travail humain est la source de la création de la valeur économique. Les élites évoquent facilement la productivité, le coût ou la compétitivité du travail, « la globalisation-dans-un-monde-ouvert », la croissance à venir et les déficits à combler, mais qui ose encore parler du travail réel et du travailleur ? »

Je ne sais pas qui ose parler du travail et des travailleurs, mais visiblement, pas les économistes

Je ne veux pas reprendre les 4 mesures une par une. Elles sont peut-être justes sur le plan statistique. Je ne suis pas compétent pour le dire. Par contre je suis convaincu que les solutions ne passent pas par le seul regard et diagnostic des économistes, aussi compétents soient-ils.

Ces brillants économistes qui ne sont pas à leur première leçon (et c’est ça qui est agaçant) à tout le corps social et politique du pays, devraient faire preuve d’un peu d’humilité. Si cette attitude leur était connue, ils auraient pu faire ces propositions avec un peu moins d’arrogance et ils auraient proposé à d’autres chercheurs sociologues, anthropologues, philosophes… de critiquer leurs propositions au regard de leurs disciplines.

Mais, décidemment cela n’est pas possible en France. On a atteint un tel degré de suffisance chez les économistes qu’ils ont presque réussi à faire croire que leur discipline était une science exacte.

Peut-être que si ce débat avait lieu :

  • On pourrait débattre de la place du travail, du sens et de la valeur de celui-ci au-delà de son aspect quantitatif, résumé dans le vocable « emploi ».
  • On pourrait débattre de ce que veut dire aujourd’hui, vivre en citoyen et pas simplement comme un numéro interchangeable au gré des besoins des entreprise et de leur gouvernance que sont principalement les actionnaires.
  • On pourrait débattre de la monté de la pauvreté et des inégalités que l’on connait à l’intérieur des pays dit « développés ».
  • On pourrait débattre de la place de l’économie dans l’approfondissement de la démocratie, qui me semble être un sujet majeur aujourd’hui, tant au regard de ce que nous connaissons sur le plan intérieur, comme sur le plan international.

Mais ce débat, ces économistes, ou du moins la plupart d’entre eux ne le veulent pas ou ne le souhaitent pas.

Cette place importante qu’ils se sont données, se donnent et que l’on plébiscite dans l’espace public est révélatrice de la place qu’a prise l’économie. Une place centrale. Il est temps que l’économie trouve la place qu’elle n’aurait jamais dû quitter, être au service de la vie en société. Ils sont l’expression du changement de la place de l’économie dans notre pays et plus largement dans le monde, comme nous le rappelle souvent Edgar MORIN, Axel KAHN, Patrick VIVERET et bien d’autres encore.

Dans l’immédiat, si rien n’empêche, et heureusement, les économistes de faire des propositions, rien n’empêche non plus les décideurs politiques, syndicaux et sociaux, de prendre beaucoup de recul sur ces mêmes propositions.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Travail, #économistes

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