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Ce pays avait décidé de mettre une partie de leur terre en commun, d’où le nom qu’ils lui avaient donné. Le reste appartenait aux « jardinéens » en propre « Jardinéens », c’était le nom de ceux qui habitaient « JARDINERIE ». La gestion et l’organisation de cette partie commune était très importante. Cette partie commune ce n’était ni un Kolkhoz, ni un Kibboutz. Ils avaient entendu parler de ces expériences. Mais eux, ils ne voulaient pas d’obligation comme ça. Ils voulaient avoir des espaces en commun mais aussi des espaces pour eux. Il n’y avait pas d’obligation de rendement. Chacun participait selon ses moyens et pouvait bénéficier de cet espace commun selon ses besoins. C’était à la fois un lieu de rencontres, de partage d’intérêts communs. Il y avait une solidarité qui s’organisait autour de ce lieu. C’était un réseau social physique, pas virtuel.

Les « Jardinéens », , avaient élu un président et un bureau. Celui-ci proposa d’organiser un partage des tâches. Il y avait ceux qui retournaient la terre, ceux qui la travaillaient et ceux qui semaient et plantaient. Et au moment de la récolte tout le monde se retrouvait. C’était la fête. Le produit de la récolte était partagé entre tous les « jardinéens ». Cette répartition tenait compte de la situation et des besoins de chacun. Cette période dura longtemps d’autant que « JARDINERIE » accueillait de nouveaux habitants, venus d’un peu partout et que tous se mettaient au travail. La production était plus importante et ce qui était à partager aussi.

Un jour ceux qui devaient préparer la terre ont arrêté de la préparer prétextant que les mauvaises herbes étaient insuffisamment enfouies, ce qui rendait difficile la préparation du terrain.

Cette décision unilatérale de ceux qui préparaient la terre n’a pas été bien perçue par les autres groupes. Déjà les relations entre les groupes n’étaient pas simples. Il est vrai que ceux qui préparaient la terre se prenaient pour « l’élite ». Ils disaient que c’était eux qui avaient la fonction la plus délicate. Ils snobaient un peu les autres. Ils étaient très présents dans les organismes de gestion du pays.

Ceux qui semaient ont alors préparé un peu la terre avant de semer, mais ça faisait beaucoup de travail. Ils ne pouvaient pas faire aussi bien qu’ils auraient voulu. Au moment de la récolte, les mauvaises herbes se mélangeaient de plus en plus aux fleurs, fruits et légumes. Lesquels étaient moins beaux. Ca suscitait des réactions désagréables à leur encontre. Et ils en étaient meurtris.

Le jour arriva où les découragements des semeurs furent tels qu’ils arrêtèrent de semer. Seuls ceux qui retournaient la terre pour enfouir les mauvaises herbes ont continué le travail. Les semeurs auraient bien aimé continuer, mais ils ne se sentaient pas reconnus dans ce travail qui était peu gratifiant puisque la terre était mal travaillée. En plus le résultat n’était pas très brillant. Ils ont préféré jeter l’éponge.

Les dirigeants de « JARDINERIE » ne s’y prenaient certes pas très bien pour que les choses s’organisent un peu mieux. Mais il n’y avait pas beaucoup de répondant. Alors les moins découragés des « Jardinéens » se regroupaient de temps en temps pour retourner la terre pour enfouir le plus gros des mauvaises herbes, tout en essayant de ne pas détruire les fraisiers et les framboisiers qui avaient été plantés. Ca faisait moins vilain qu’un terrain en friche.

Les premières années, après l’abandon de ceux qui préparaient la terre puis de ceux qui semaient, il y avait encore un peu de récolte. Quelques petits légumes issus de repousses, un peu de fruits provenant des fraisiers et des framboisiers. Les fleurs étaient un peu plus résistantes. Les oignons de jonquilles, de tulipes ou d’iris restent en terre et donnent des fleurs sans grand entretien.

Puis un jour, débordés qu’ils étaient les « jardinéens » qui retournaient la terre, n’ont plus retourné la terre. Ils n’avaient pas jugé prioritaire de le faire au regard de tout le travail qu’ils avaient à faire ailleurs. La mauvaise herbe a poussé et a tout envahi.

Il y a eu alors tout un débat à « JARDINERIE». Les « Jardinéens » n’étaient pas d’accord entre eux. Certain pensaient que se satisfaire de couper ou enfouir les mauvaises herbes était illusoire. Les mauvaises herbes allaient prendre le dessus. Il fallait donc reprendre le travail de préparation de la terre semer et planter. Ils étaient minoritaires et leur problème c’était « y’a qu’a – faut qu’on », en faisant référence à avant. « Nous avant, on faisait », disaient-ils. Toujours avant. Ils barbaient un peu les jeunes « jardinéens ».

D’autres, mais de moins en moins nombreux pensaient qu’il fallait continuer à enfouir surtout pour ne pas que ça se voit. Leur problème c’était le traitement de surface. «Tant que ça ne se voit pas c’est pas grave ». Ca énervait les premiers ce n’était pas très convaincant.

D’autres encore, et ils étaient de plus en plus nombreux, considéraient que, tout compte-fait, il y avait des mauvaises herbes qui étaient plutôt jolies quand elles étaient en fleur. Que ça ne gênait personne un terrain en fiche avec les fleurs dedans. Cette idée gagnait du terrain, d’autant qu’elle évitait à chacun de se poser des questions sur ce qu’il pouvait faire pour rendre ce terrain plus agréable.

D’autre disaient qu’il fallait se séparer de cette partie commune. Ceux-là étaient peu écoutés dans un premier temps.

Et très nombreux aussi, étaient les « jardinéens » à penser et à dire que c’est depuis que « JARDINERIE » a accueilli des gens venant d’ailleurs que tout a commencé à se dégrader. On trouvait ces réactions dans tous les groupes de « jardinéens ». Et ils demandaient à ce que la partie commune soit donnée aux plus méritants des « jardinéens » et uniquement à eux pour en faire ce qu’ils voudront. C’était le seul moyen d’arrêter cette prolifération de mauvaises herbes. Ils n’étaient pas majoritaires, mais c’était de plus en plus difficile de prendre des décisions qui fassent consensus. Alors, dans un climat malsain, les décisions qui étaient prises avaient du mal à se mettre en œuvre. Beaucoup de « jardinéens » ne se sentaient plus motivés par la défense d’une cause qui semblait perdue. Le terrain continuait donc à se dégrader.

Le temps passa. Et puis un jour, les mauvaises herbes envahirent les jardins d’à côté. Ceux que chaque « jardinéen » cultivait pour son propre compte. Alors, ça commençait à réagir.

Ils se sont organisés et sont allés voir le Président. Mais celui-ci avait changé et les organes de gestion, aussi. Il y avait eu une Assemblée Générale. Presque personne n’était venu. Seuls les « jardinéens » qui trouvaient les fleurs (des mauvaises herbes) jolies, ceux qui voulaient se débarrasser du terrain et ceux qui avaient les « jardinéens » venus d’ailleurs, dans le collimateur, se sont déplacés.

Le président de l’association était un de ceux-là. Il a reçu les contestataires, entouré de quelques membres de son bureau.

Il leur dit que la décision était prise que cette partie commune serait entourée d’un mur. Que le terrain serait désherbé et serait redistribué aux « jardinéens » les plus méritants parmi les « jardinéen » de souche. Pour être de souche, il fallait qu’un des grands-Parents des habitants d’aujourd’hui, soit né à « JARDINERIE ». Les critères pour juger de la « méritance » portaient quant à eux, sur la capacité d’obéissance aux règles définies par les dirigeants.

Parmi les « jardinéens » qui étaient venus voir le président, beaucoup ne voyaient pas trop à redire à ces décisions. Mais ils ont demandé si quelque chose était prévue pour que leurs terrains soient débarrassés des mauvaises plantes qui avaient proliféré à un point tel qu’il devenait impossible de cultiver la terre et d’y faire pousser quelque chose.

Le président leur répondit que c’était leur problème. Ils n’avaient qu’à faire avec leur terrain ce qu’eux faisaient avec la partie commune. Construire un mur autour de leur parcelle avec de profonde fondation. Retravailler le terrain. Ainsi ils se protègeraient des autres parcelles qui risquaient de les contaminer. Mais seul les « jardinéens » de souche, ceux qui avaient au moins un grand parent née à « JARDINERIE », pouvaient avoir ce droit de construire un mur.

On vit alors des murs se construire. Plus personne ne parlait à personne. Par contre, des liens s’étaient tissés entre ceux qui refusaient de construire un mur autour de leur parcelle et Les « jardinéens » venus d’ailleurs qui n’avaient pas le droit de construire. Ils parlaient entre eux. Ils n’avaient pas de murs qui les empêchaient.

Le temps passa. Verrouillés derrière leurs murs aux profondes fondations, les terrains se dévitalisaient. Ils s’étaient asséchés. Les murs empêchaient l’eau d’arriver. Les « jardinéens » à l’intérieur n’étaient pas en meilleur santé que leur terrain.

La partie commune entouré d’un mur qui avait été donnée à des « jardinéens » de souche, avait vu se construire autant de murs que de parcelles qui avaient été redonnées. Il fallait passer 2 portes pour s’y rendre. Celle du grand mur et celle de sa parcelle. A la première, il fallait satisfaire à un contrôle de « méritance ». Les « jardinéens » concernés désertaient progressivement ce terrain pour rester enfermés dans leur propre terrain à l’extérieur du mur.

Alors le terrain commun plein de murs a été laissé à l’abandon. Malgré les profondes fondations des murs, les mauvaises herbes ont trouvé le moyen de se faufiler dessous. Les « Jardinéens », dans leurs parcelles luttaient contre leur arrivée. Mais c’était un travail de titan pour un résultat médiocre.

Les « jardinéens » finirent par s’épuiser. A chaque décès, la parcelle du défunt était laissée à l’abandon.

Il y eu bien quelques révoltes contre les dirigeants qui ne faisaient rien. La seule action que ces derniers menaient était le renforcement du mur de l’ex partie commune. Ça coûtait un prix fou et les « jardinéens » ne voulaient plus de ces dirigeants. Le problème c’est que ces nouveaux dirigeants avaient supprimé les élections, au nom de la sécurité et de l’ordre public.

Alors les « jardinéens « qui n’avaient pas eu le droit de construire de murs et ceux qui avaient refusé d’en construire un, ont réussi après des combats sévères et meurtriers à reprendre les rênes du pays.

Ils avaient changé le nom du pays. Ils l’avaient appelé « DIVERCITY ». Ils ont fait de l’ancienne partie commune, un lieu de visite historique et pédagogique. Ils veulent garder en mémoire ce lieu. Aujourd’hui, ils sont un peu inquiets sur la baisse d’intérêt que la visite du lieu suscite. Mais ils gardent espoir et se consacrent beaucoup aux nouveaux espaces communs qu’il faut toujours adapter pour qu’ils répondent aux besoins d’aujourd’hui, des « jardinéens » d’aujourd’hui, toujours de plus en plus nombreux.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Vivre ensemble, #démocratie

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