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De quoi s’agit-il ? D’une étude sur le marché du travail, que 3 économistes, Sylvain CATHERINE, Augustin LANDIER et David THESMAR, ont réalisé pour le très libéral Think-Tank Institut Montaigne.

Que nous disent ces auteurs sur la situation de ce marché ?

La France entre progressivement dans la société Post-industrielle. Elle y rentre moins vite que les Etats-Unis ou le Royaume-Uni. La raison, c’est sa préférence pour la lutte contre les inégalités au détriment du développement de l’emploi.

ET oui, nous expliquent les auteurs, entrer dans la société post-industrielle, c’est entrer dans une polarisation du monde du travail.

D’un côté les emplois non-qualifiés dont « le réservoir est immense dans l’hôtellerie-restauration, le commerce, la santé, la garde d’enfants, l’informatique» (On ne rigole pas… C’est un article très sérieux fait par des gens sérieux)

A l’autre bout, les « talents ultra qualifiés » dont la figure emblématique, selon nos auteurs est « le chargé d’études économiques ».

Le lien entre les deux n’est pas une droite, mais un « U » qui représentent « les professions en déclins » dont la figure emblématique située dans le creux du « U », est cette fois « la secrétaire ».

Quelle analyse font-ils de cette situation ?

Personne n’échappe à cette réalité de cette fin de la société industrielle qui ne se discute pas. C’est en quelque sorte une donnée qui s’impose à tous. Mais la France, dans ce contexte, se distingue par ces politiques. La France ne « s’adapte pas assez vite aux forces du marché ». En France « l’Etat a cherché à endiguer la hausse des inégalités, en élevant le salaire minimum afin d’empêcher les bas salaires de stagner et en augmentant les charges sur les hauts salaires, afin d’en contenir la hausse ».

ERREUR, nous disent les auteurs. La montée des inégalités est un remède redoutable et efficace contre le chômage. Essayer de les réduire est une catastrophe pour l’emploi. Ca produit « d’importants effets pervers », alors qu’aux « Etats-Unis, au Royaume-Uni ou en Allemagne (en référence probablement au plan HARTZ (NDLR), l’entrée dans la société Post-industrielle s’est directement traduite par une hausse des inégalités de revenus, et une incidence relativement faible sur le chômage ». Les auteurs ne sont pas à une contradiction près. Dans une autre partie de leur rapport consacrée à la désindustrialisation et au passage à la société post-industrielle dans les « économies avancées », ils précisent : que « La spécialisation industrielle de l’Allemagne fait figure d’exception dans le concert des nation ». Alors l’Allemagne elle est entrée dans le Post-industriel ? Finalement on ne le sait pas.

Ce qu’on sait par contre, c’est que la lutte contre les inégalités est une erreur qui se paie cash en augmentation du chômage. Et oui, en augmentant le SMIC, on renchérit le coût du travail des non qualifiés. Ce coût devient un frein à l’embauche. Pour diminuer ce coût, on instaure des exonérations sur les salaires de ceux-ci. Exonérations qui sont autant de rentrée en moins pour la redistribution. Pour compenser, selon les auteurs, l’Etat a « augmenté fortement les charges sur les hauts salaires », ce qui a produit des effets négatif. Il parait que ce phénomène a un nom. C’est « l’incidence fiscale ».C’est un phénomène super important parce que d’après les auteurs qui savent ce qu’ils disent, « ce mécanisme fonctionne dans la pratique comme dans la théorie ». On ne sait pas pourquoi ils se sentent obligés de dire ça pour ce phénomène. Est-ce que dans la pratique il y aurait beaucoup de choses qui ne se passeraient pas comme dans la théorie… ?? On est en droit de se poser la question.

Ce phénomène il est super important car derrière ce terme en 2 mots se cachent une affreuse nouvelle : « Notre pays est peu attractif pour les éléments les plus mobiles de « hauts potentiels » de l’économie mondiale ». Ça en jette…

Le vocabulaire français est extraordinaire. Il permet d’exprimer de manière presque poétique des réalités très difficiles, très inégalitaires, très dures parfois dégradantes. Comme les commentateurs de guerre nous parlent de frappes chirurgicales qui toucheraient de manière très précise que les cibles miliaires et pas les civils, nos auteurs nous parlent de « réservoir énorme d’emploi non qualifiés » et « de hauts potentiels des éléments mobiles de l’économie mondiale », pour nous dire en fait que la lutte contre les inégalités ne fait que retarder l’avènement d’une vie rêvée des « chargés d’études économiques » pouvant travailler en contrepartie d’un très haut revenu leur permettant de se payer des petites mains le moins cher possible pour faire leurs courses, l’entretien de leurs maisons et de leurs jardins, garder leurs enfants, veiller sur leurs parents, veiller sur tous les terminaux qui les relient à leurs différentes applications de leur téléphones, pour suivre leur état de santé à distance…

Que proposent-ils ?

Je ne veux pas m’attarder sur les propositions qui ne sont pas très précises dans l’étude. Il faut « libérer les réserves d’emplois de l’économie. Contemporaine ». On aura compris que les auteurs considèrent que la lutte contre les inégalités ne fait qu’empêcher cette « libération ». La preuve est simple : « comparer la France et les Etats-Unis où le nombre d’emplois est plus important que chez nous ». On aurait, avec les Etats-Unis, un déficit d’emploi dans l’hôtellerie et la restauration. Pour nos auteurs qui n’ont peur de rien, c’est une bonne nouvelle. « Ces 2 secteurs offrent un réservoir d’emplois de 6% de la population en âge de travailler ». Et ils ajoutent (Ils n’ont peur de rien même pas du ridicule) « De plus ces secteurs sont de gros employeurs de travail non qualifiés … La santé elle-même est sous développée en France par rapport aux Etats-Unis…» Et de conclure « Il y a donc dans les services un important gisement d’emplois non qualifiés »

En termes de propositions ça donne les choses suivantes :

  • « Baisser le coût du travail au niveau du SMIC ».

Même si pour être honnête, je suis obligé de dire qu’ils se défendent de vouloir toucher au SMIC, une réduction du coût du travail au niveau du SMIC, est insignifiante si on en reste aux charges. Celles-ci sont pratiquement inexistantes à ce niveau.

  • « Réduire les charges sur les salaires élevés pour attirer les talents »

Une proposition idéologique qu’ils reconnaissent eux-mêmes puisqu’ils sont obligés de dire dans un même paragraphe « Les diplômés français s’expatrient de plus en plus » puis « Bono et Wasmer observent une tendance modeste à la hausse de l’expatriation des travailleurs qualifiés en France depuis 1980 ». Tout et son contraire donc.

Une dernière en guise de conclusion. Si vous avez compris, à la lecture de ce papier que les auteurs ne veulent pas réformer le système français mais le détruire et le remplacer par ce qui peut se faire de mieux dans les pays anglo-saxons, soit vous n’avez rien compris, soit j’ai fait une critique à charge.
En tous les cas, les auteurs disent tout de même à la page 30 d’un rapport qui en compte 43 : « Il ne s’agit pas là, de critiquer la redistribution inhérente au modèle social français ».

Surtout rester ZEN, en toutes circonstances, même quand on a l’impression d’être pris pour un C…

Gaby Bonnand

http://www.institutmontaigne.org/fr/publications/marche-du-travail-la-grande-fracture

Tag(s) : #Marché du ttravail, #économie, #travail, #emploi

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