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Quitter le terrain du possible pour venir sur celui de la revendication de l’impossible.

C’est l’idée qui me vient en lisant la tribune d’Arnaud Montebourg dans le JDD de dimanche dernier[1]. Je n’arrive pas à comprendre comment quelqu’un qui a été dans une responsabilité exécutive au gouvernement peut en arriver à dire que « la gauche de gouvernement élue pour faire baisser massivement le chômage, a rallié en deux mois de pouvoir les exigences destructrices de l'austérité, lesquelles ont fait… augmenter massivement le chômage ».

Sauf à penser que toutes celles et tous ceux qui ont participé aux gouvernements depuis l’élection de François Hollande, se sont « couchés » délibérément devant la finance et les néo-libéraux, sans travailler à bâtir un autre rapport de force, ce propos est hallucinant.

Il est d’autant plus hallucinant que si Arnaud Montebourg croit réellement ce qu’il dit et si les mots ont un sens, autre que celui de faire un effet de manche, il est absolument incompréhensible qu’il soit resté tout ce temps au gouvernement.

Je suis probablement un grand naïf, car je n’arrive pas à croire que nous sommes en présence de gouvernements qui auraient, depuis Juin 2012, trahi sur toute la ligne au bout de 2 mois. Je suis naïf mais j’ai eu aussi des responsabilités syndicales qui m’ont amené à être en situation de décision. S’il n’y a pas de bagarre gagnée sans avoir été menée, il n’y a pas non plus de résultats concrets sans compromis. On peut être en désaccord avec les compromis passés et continuer à se confronter au réel pour faire progresser ses propres conceptions.

Tout responsable politique, économique ou social sait que le compromis n’est jamais le résultat d’une pensée imposée, quand bien même celui qui l’imposerait aurait l’approche la plus juste. Faut-il encore qu’elle soit portée par un nombre suffisant susceptible d’inverser le rapport de force au cours de la négociation.

Mais il y a ceux qui n’acceptent pas cette règle, pourtant primordiale et inhérente à la démocratie. Refusant cette règle Ils préfèrent considérer les protagonistes du compromis comme des traitres.

C’est une pratique souvent utilisée par les adversaires d’un compromis. Ceux auxquels j’ai pris part avec d’autres notamment la réforme des retraites de 2003 et la réforme de l’assurance chômage de 2008, ont donné lieu à beaucoup de débats. Ceux-là ne sont pas choquants quand la controverse ne clôt pas le débat en déclarant « traitres » et » vendus » les signataires des compromis.

Il y a bien sûr des exceptions à cette règle. Quand nous ne sommes plus dans une démocratie ou que nous sommes en train de la quitter. Je pense notamment au refus de l’armistice signée par le maréchal PETAIN en 40.

Mais, je ne pense pas, que nous soyons entrés en dictature, ni en régime politique autoritaire. Nous ne sommes pas dans la situation de 1940, où De Gaulle appelait à la résistance.

Mais si monsieur Montebourg pense que nous sommes dans cette situation-là, comme pourrait le laisser penser ses propos « Hébétés, nous marchons droit vers le désastre », alors il est beaucoup trop timoré.

Ce n’est pas chez « Habitat » qu’il aurait dû aller travailler. C’est dans un endroit où il pouvait organiser une résistance constructive. Avouons qu’on fait mieux comme lieu de résistance que le « Board » d’une grosse entreprise.

Il ne s’agit pas pour moi de dire que le gouvernement a tout juste dans les compromis qu’il a fait, qu’il s’est battu comme il le fallait sur tous les dossiers et notamment sur la question grecque, comme sur la question des politiques économiques européennes, ou sur d’autres dossiers intérieurs comme la politique fiscale.

Sur tous ces points, en fonction des éléments dont j’ai connaissance comme citoyen, je considère que le gouvernement aurait pu aller plus loin dans l’offensive et la concrétisation d’actions plus fortes pour une fiscalité plus en phase avec la lutte contre les inégalités, une politique économique plus à même de booster la croissance et une action européenne plus marquée par une volonté d’en faire un espace plus social et démocratique.

Je constate en même temps que je n’ai guère vu de mouvement « prendre » au sein de la société, allant dans ce sens. Ce n’est pas une critique de qui que ce soit, mais c’est un fait.

Les 2 grandes mobilisations réussies ces dernières années ne sont-elles pas celle du 11 janvier et celle de l’abstention aux élections.
Rien à voir bien sûr entre ces 2 mobilisations. Mais à y regarder de près je me demande s’il n’y a pas des traits communs.

Dans les 2 cas ce sont plus des mobilisations spontanées que des mobilisations répondant à des mots d’ordre. Dans le cas du 11 janvier ce ne sont pas les mots d’ordre de qui que ce soit qui ont mobilisé ceux qui ont marché ce jour-là et les jours d’avant, dans les rues des différentes villes de France. Il n’y a pas eu non plus d’appel à l’abstention pour les dernières élections.

Dans les 2 cas également, l’étendu des messages exprimés par les participants est immense. Il n’y a pas qu’une conception du droit d’expression, du refus de la violence, de la démocratie dans la mobilisation du 11 Janvier, pas plus qu’il n’y a qu’une cause qui a engendré un phénomène massif d’abstention. Dans les 2 cas ce sont plus des expressions et des comportements individuels qui ont créé le phénomène collectif.

Peut-être peut-on voir dans ces 2 points communs, conjugués à une difficulté de mobilisation plus traditionnelle, une difficulté à prendre en compte par responsables politiques économiques et sociaux, cette individualisation de la société qui ne signifie pas pour autant le développement d’un individualisme forcené fermé aux questions sociétales.

Devant la difficulté de mobiliser de façon novatrice la société, devant les non moins difficiles négociations à mener sur le plan national comme sur le plan européen et mondial, pour construire un avenir commun, devant l’énorme travail pour créer des rapports de forces efficaces pour élaborer des compromis acceptables, il est tentant de quitter le terrain de l’action pour venir sur celui du commentaire et des revendications de l’impossibles.

De talentueux tribuns font souvent des tabacs devant des parterres acquis à leur cause. Ils préfèrent cela à l’ingrate action de construction de rapports de forces et de compromis. C’est dommage, car ils affaiblissent les capacités d’action, favorisent les forces contraires à leur conception, et accélèrent la progression du monde qu’ils dénoncent.

Gaby Bonnand

[1] http://www.lejdd.fr/Politique/La-tribune-de-Montebourg-et-Pigasse-Hebetes-nous-marchons-vers-le-desastre-736460

Tag(s) : #économie, #politique

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