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Monsieur Gattaz « en a assez de recevoir tous les jours des cours de morale d'hommes politiques et des syndicalistes qui n'ont jamais créé un seul emploi dans leur vie »

On savait que Monsieur GATTAZ avait du mal à accepter la confrontation. Etre en désaccord avec lui c’est être donneur de leçon de morale. Il revendique une responsabilité accrue des entreprises mais refuse de rendre des comptes sur les engagements qu’il a pris. Il préfère parler sans rien démonter d’un écart de compétitivité avec l’Allemagne, de 130 Milliards d’euros, que d’expliquer le moindre investissement des entreprises françaises dans le domaine de l’apprentissage vis à vis de leurs homologues allemandes. 1 500 000 apprentis en Allemagne contre 400 000 en France et dont le nombre ne cesse de baisser.

On connaissait sa filiation idéologique avec son père, patron du CNPF dans les années 80. Une vision ultra-libérale de l’économie et un goût pour les envolées idéologiques faute de pouvoir convaincre par des explications fouillées, argumentées, sur la base d’un travail relevant à la fois d’expérimentions et de réflexions issues de celles-ci. Son père ne nous avait-il pas promis la création de milliers d’emplois si les charges des entreprises étaient réduites. Une trentaine d’années se sont écoulées depuis. Les entreprises se sont vues exonérées de milliards d’Euros de charges. Même si ce sujet est toujours controversé, il apparaît tout de même que la pratique des exonérations massives de charges des entreprises, ne constitue pas une réponse satisfaisante. L’aveuglement idéologique conduit sans cesse Monsieur GATTAZ, à bricoler des analyses qui visent à reporter sur les autres, la responsabilité de son incohérence.

On connaissait également sa filiation idéologique avec son père, sur les questions du dialogue social. On se souvient de la charge d’Yvon GATTAZ contre les syndicats, en 2010 dans une tribune parue dans la revue « commentaire ». Il appelle à un combat idéologique prétextant, sans bien sûr apporter la moindre démonstration, que « les performances des entreprises sont inversement proportionnelles à leur taux de syndicalisation » et que « l’élimination s’impose donc économiquement ».

Yvon GATTAZ dans sa charge contre les syndicats parlait de « deux fils d’araignée incroyablement résistants qui soutiennent encore les syndicats, politiques et médias ».

En s’exprimant ainsi, Yvon GATTAZ envoyait un message que son fils a bien compris. Dans" le combat historique" contre le syndicalisme, auquel il appelait dans son article en 2010, Yvon GATTAZ appelait à se servir des « politiques et des médias ».

En même temps que son discours s’en prenait vivement aux syndicats, il visait à définir une stratégie s’appuyant sur les politiques et les médias dans le combat idéologique néolibéral.

Les propos de Pierre GATTAZ de ce samedi dans le figaro contre « les syndicalistes qui n’ont jamais créé un emploi de leur vie », s’inscrivent totalement dans cette stratégie. Il ne fait de doutes à personne que la droite la plus ultralibérale, celle de SARKOZY, de WAUQUIEZ et depuis peu, celle de François FILLION, veut s’en prendre aux corps intermédiaires et plus particulièrement aux syndicats. La sortie de GATTAZ à quelques semaines d’un scrutin politique, dans le figaro est tout sauf un hasard.

Encore une fois Pierre GATTAZ et le MEDEF, à quelques jours d’une conférence sociale, préfère sortir d’un rôle d’organisation syndicale faisant des propositions, réaffirmant une option pour la négociation, pour entrer dans un rôle de lobbyiste, intervenant sur le champ politique dans l’unique but de défendre des intérêts particuliers.

Il a de bien piètres arguments. Prétendre que "les syndicalistes qui n'ont jamais créé un emploi de leur vie", ont un seul droit, celui de se taire est, disons le franchement, très minable. On pourrait se délecter en faisant une réponse aussi minable du style « ceux qui pratiquent des licenciements n’ont que le droit de se taire ». Mais ce serait un débat bien pauvre que les extrêmes affectionnent beaucoup en ce temps-là. Les mécanismes économiques et sociaux qui participent à la création d’emplois, dans une société où le travail est central dans et pour l’organisation des relations entre les hommes et les femmes, sont complexes. Monsieur GATTAZ, soit fait preuve d’une incompétence totale, soit rêve d’un monde que le syndicalisme a contribué à éradiquer, celui d’une société où les propriétaires industriels régnaient en maitre sur les prolétaires.

Les propos de Pierre GATTAZ font tout à fait échos à ceux de son père, qui considérait, toujours dans son article à charge, que « les syndicats ont été nécessaires au XIXe siècle, utiles puis abusifs au XXe. Inutiles et nuisibles au XXIe, et ils doivent donc disparaître. ».

Dans ce combat, accuser les syndicalistes de « donner des cours de morale alors qu’ils n’ont jamais créé un emploi », ne relève ni du débat démocratique, ni du débat visant à faire progresser le dialogue social.

Pierre GATTAZ n’est plus un leader syndical, mais un chef de clan. Il serait peut-être temps que les chefs d’entreprises, qui sont en désaccord avec ce discours, et ils sont nombreux, se fassent entendre, sortent de leur réserve, arrêtent de minimiser l’impact social et sociétal de tels propos.

Et pendant ce temps, les extrêmes se renforcent.

Gaby Bonnand

Tag(s) : #2conomie, #MEDEF, #GATTAZ

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