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Pour que la croissance reparte, Il faut que la confiance revienne, nous disent de nombreux économistes et chefs d’entreprises. Et, loin de se contenter d'exprimer cette idée, ils distillent leur recettes: la confiance doit revenir si le dialogue social est moins contraignant, si les patrons peuvent prendre des décisions tout seuls, si les règles de licenciements sont plus souples, si la fiscalité est moins confiscatoire…

Tout se passe comme si le seul marqueur de la confiance, c’est la confiance des investisseurs ou des futurs investisseurs, de ceux qui ont de belles fortunes et qui ne demandent qu’à investir.

Le scandale du « Panama Papers », est moins la cerise sur le gâteau qu’un révélateur de la logique ultralibérale à l’œuvre depuis plusieurs décennies et du cynisme de ceux qui y trouvent leur propre intérêt tout en demandant qu'on leur fasse confiance.

Révélateur d’un monde « cul par-dessus tête », dénoncé par Joseph STIGLITZ dans son livre "le triomphe de la cupidité » ou celui de Daniel COHEN, « La prospérité du vice » ou encore celui de Michel AGLIETTA « les dérives du capitalisme financiers ». Je pourrais citer Philippe ASKENAZY « Les décennies aveugles », Paul JORION « La crise des subprimes au séisme financier planétaire », et bien d’autres encore.

Une diffusion lente mais réelle et efficace de l'idéologie néo-libérale dans la société

Avec la chute du mur de Berlin, un certain nombre de forces sociales et politiques ont cru que c’était le règne de la démocratie qui s’ouvrait pour tout le monde. Ce n’était pas forcément faux, mais les années qui ont suivi cet événement extraordinaire qu’a constitué cette chute du mur, ont très peu été mises à profit pour régénérer la pensée politique progressiste.

La gauche a laissé prospérer l’idéologie néolibérale avec le slogan extraordinaire « c’est la fin des idéologies ».Incapable de lire le monde et son évolution, elle s'est empêtrée dans des combats souvent d’arrière-garde entre

- ceux qui rêvaient d’un projet alternatif au communisme, purement théorique,

- ceux qui pensaient qu’on allait retrouver la situation d’avant la crise avec une croissance qui ne pouvait que revenir avec l’élargissement du monde,

- et ceux enfin qui se sont lancé dans le pragmatisme sans pensée et ont fini par se perdre dans l’opportunisme libéral le plus total,

Heureusement sur le terrain, bien que malmenées, des forces syndicales ont continué à agir. Très souvent ce fut des bagarres défensives et le mouvement syndical arrivait à se retrouver sur ce type d’action dans les entreprises comme sur le plan professionnel ou interprofessionnel.

Ce fut plus compliqué dans le cadre d’action de transformation plus profonde. Toutes les organisations sociales et syndicales n’avaient pas la même analyse. Nous l’avons vu au moment de la réforme de la sécurité sociale proposée par JUPPE, ou lors de la réforme des retraites en 2003. C’est toujours aussi difficile encore aujourd’hui. On le voit avec le projet de loi travail.

Et pendant ce temps-là les forces néolibérales ont pris un pouvoir énorme. Dans le capitalisme même, où ces forces ont mis à mal le capitalisme industriel, au profit d’un capitalisme financier. Ernest-Antoine SEILLERE est le symbole de cette évolution. Il a transformé un empire industriel sidérurgique en société d’investissement dans les années 90 et 2000.

Mais ce n’est pas le seul secteur où ces forces sont devenues influentes. Dans les médias bien sûr, mais je considère que ce que François DUBET appelle « La préférence pour les inégalités », est d’une certaine façon le produit de cette idéologie qui a défendu une conception de la liberté qui s’exonère assez facilement de la notion d’égalité et de solidarité ou fraternité pour reprendre le troisième terme de notre devise républicaine.

Il faut que cette idéologie néolibérale ait pénétré profondément les « cerveaux » et les manières de penser, pour que les positions scandaleuses des gouvernements européens concernant les migrants ne suscitent pratiquement pas de mouvement massifs dans notre pays, alors qu’elle vient s’ajouter à la désastreuse affaire de la déchéance de nationalité. Pourtant ce qui se jouent au travers de ces 2 événements c’est bien notre avenir commun, notre communauté de destin, notre façon d’être avec les autres, notre façon de faire société ensemble.

Une période très paradoxale

Elle donne à voir par le scandale du « Panama Papers », à la fois toute l’irresponsabilité du capitalisme financier et d’un certain nombre de ses grands prêtres anciens ou actuels (Pébereau, Bouton, Seillière, Drahi de Numéricâble, Oudéa de la société générale…) et l’impasse dans laquelle l’idéologie néolibérale nous conduit.

Mais dans le même temps cette période donne à voir comment chacun s’est replié sur son pré-carré. L’arrivée massive de migrants est considérée comme une menace, et personne ne descend dans les rues pour défendre ces populations qui fuient la guerre et se retrouvent rejeté à nos frontières par un accord scandaleux entre l’UE et la Turquie.

La déchéance de nationalité portée par un gouvernement de gauche est présentée comme un symbole de sécurité. Pas de grands mouvements de rue pour la combattre. Un mouvement de contestation sur les réseaux sociaux, des compromis foireux à l’Assemblée Nationale et un coup de pied de l’âne de la part du sénat, vont avoir raison de cette proposition. Mais soyons clair ce n’est pas un mouvement citoyen qui a fait tomber cette mesure. Donc pas de triomphalisme.

Par contre, à l’occasion de la loi travail, une partie de la jeunesse, une petite partie, se mobilise, appuyée par une partie du mouvement syndical. Les revendications sont finalement très marquées par un besoin de sécurité individuelle dans la perspective d’entrer sur le marché du travail. Ce besoin est légitime. La crainte de de ne plus être en sécurité dans son travail suscite de la peur, de la révolte parfois. Si les moyens d’expressions sont collectifs (occupation de facs de Lycées, manif…), derrière les revendications, il est assez difficile de discerner des projets plus collectifs. Le refus est le principal mot d’ordre. Pour quelle alternative ? Mais lesquelles ? Pour le statu quo avec le risque d’aggraver la situation de ceux et de celles qui ne sont plus protégés aujourd’hui ? Il ne s’agit pas de porter un jugement sur la légitimité de cette crainte et de cette peur. Elle existe chez de nombreux jeunes et elle a des fondements réels

Constatons cependant, que ceux qui sont le plus menacés sur le marché du travail ne sont pas dans le mouvement. Mais surtout pourquoi un projet qui contient des mesures qui permettent d’être d’avantage acteurs de son avenir, ne prend pas chez la jeunesse qui manifeste, mais ne semble pas prendre non plus chez les autres jeunes. Du moins ce n’est pas exprimé. Pourtant, comment ne pas voir dans ce projet de loi réécrit, que celui-ci redonne les moyens par la négociation collective dans l’entreprise, au détriment de décisions unilatérales des employeurs, une occasion aux travailleurs de se saisir collectivement de leur avenir professionnel ? Un mouvement qui prolonge ce que des forces syndicales progressistes, notamment la CFDT, n’ont cessé de mettre au cœur de leur action depuis des décennies, à savoir l’émancipation des travailleurs. Ce sont ces forces qui ont obtenu le droit au syndicat d’être présent dans l’entreprise (1968), le droit pour le syndicat de négocier (1982), le droit au mandatement (1995 et 1998), le droit pour tous les salariés de pouvoir choisir ses représentants légitimes de négocier (2008). Et ce que je lis sous la plume de Christian THUDEROZ[1], aujourd’hui me conforte dans cette analyse.

Cette période est en effet bien difficile à lire. Les grilles d’hier ne nous aident pas à comprendre vraiment ce qui se passe.

Depuis quelques jours, ou plutôt quelques nuits, un mouvement plus large que celui qui se manifeste au sujet de la loi travail, semble se dessiner, avec « Nuit Debout ». Peut-être est-ce l’expression de nouvelles formes d’expressions citoyennes. En tous les cas, il semble ne pas se focaliser sur la loi travail. C’est déjà un point positif.

Pour le reste l’avenir nous le dira. Une chose est certaine, c’est qu’avec le scandale du « Panama papers », le rétablissement de la confiance ne repose ni sur la restriction des droits de salariés, ni sur la restriction du dialogue social, mais d’abord sur une lutte sans merci les contre paradis fiscaux.

Gaby BONNAND

[1] https://theconversation.com/plaidoyer-pour-la-loi-el-khomri-ne-ratons-pas-cette-occasion-57193

Christian THUDEROZSociologue de l'entreprise et de la négociation, Insa Lyon — Université de Lyon

Tag(s) : #Néolibéralisme, #Economie, #Panama Parers