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Pierre Gattaz vient de franchir un nouveau palier dans sa stratégie de transformer radicalement le MEDEF en une organisation lobbyiste, depuis qu'il est à la tête du MEDEF.

Promoteur d'un libéralisme sans entraves, sans contraintes, il a toujours considéré que le dialogue social constituait un frein au développement économique et aux intérêts des entreprises. Intérêts des entreprises qui se confondent, pour lui, avec les intérêts des dirigeants et des actionnaires.

Cette conception du dialogue social le conduit tout naturellement à identifier les syndicats comme des gêneurs, des démolisseurs…
Il faut dire qu'il a été à bonne école. En 2010, son père ancien Président de l'ancêtre du Medef, le CNPF, s’exprimait[1] ainsi "les syndicats, menaçants, tragiques, démolisseurs, démoralisateurs, gréviculteurs, sont plus médiatiques que le bon patron caché dans sa province sans syndicat, à la recherche du bonheur social…"De façon sociétale, les syndicats ont été nécessaires au XIXe siècle, utiles puis abusifs au XXe siècle, inutiles et nuisibles au XXIe siècle. Ils doivent disparaître."

Monsieur Gattaz piétine la loi.

En fait, monsieur Gattaz ne s'est jamais vécu comme responsable d'une organisation sociale. Il a toujours considéré le MEDEF comme une organisation lobbyiste. C'est à dire une organisation de défense d'intérêts privés. De ce point de vue, il considère comme anachronique, la fonction de négociation d’une organisation comme le MEDEF.

Aujourd'hui il met en scène son désaccord avec la réécriture de la loi El Khomri, pour faire porter sur d’autres sa décision de ne pas négocier. Ainsi, il trompe l’opinion, à grand renfort médiatique. La vérité c’est qu’il n’assume pas l’attitude irresponsable d’une organisation à laquelle la loi confère une responsabilité sociale, notamment en donnant délégation aux Partenaires sociaux pour négocier la convention d’Assurance Chômage

Au-delà de l'inqualifiable démarche que représente ce chantage, monsieur Gattaz joue un jeu très dangereux. Dangereux pour les entreprises, dangereux pour l'économie, dangereux pour la démocratie.

Les dissensions au sein du MEDEF, un débat qui dépasse les frontières de cette organisation

Mais ce jeu il ne le joue pas seul. Au sein du MEDEF, la bataille est rude. On parle souvent des dissensions au sein des organisations syndicales, mais rarement au sein des organisations patronales.

Pourtant elle est bien réelle. La perte d'influence de l'IUMM pour des raisons multiples, au sein de l'organisation patronale (baisse du secteur industriel dans l'économie, dérives financières de certains de ses dirigeants...) a laissé des espaces aux tenants de la logique financière du capitalisme. A tel point que le candidat naturel de l'IUMM à la présidence du MEDEF en 2013, son président, Fréderic Saint-Geours a été obligé de s'effacer devant un candidat, venant, lui aussi, de la métallurgie, mais soutenu par la tendance ultralibérale du MEDEF.

Ces dissensions au sein du MEDEF sont aujourd'hui publiques. Alors que sur BFM, Frédéric Saint-Geours, Vice-Président du Conseil National de l'Industrie (CNI) défend un certain nombre de mesures du projet de loi El Khomri, Pierre Gattaz, lui, ajoute de la surenchère à la surenchère en menaçant de ne plus venir à la table de négociation si le gouvernement ne se plie pas à ses exigences, sur ce même projet de loi..

On pourrait considérer que le conflit qui traverse la plus grosse organisation patronale est un conflit qui ne regarde que le patronat.

Ça serait une erreur. Ce conflit dépasse largement l'organisation patronale. Il est constitutif d'un débat de société. Axel kahn dans son livre "l'Homme le libéralisme et le bien commun" nous redit que :" la pensée libérale repose sur une vision sans concession de la nature humaine, naturelle ou construite, si bien qu'elle a d'emblée été amène à faire face à la difficile question de la compatibilité entre les égoïsmes individuels, les vices privés, et l'intérêt général dont la défense avait toujours été depuis la plus lointaine antiquité l'un des éléments du gouvernement des sociétés... La déconnexion presque totale entre une économie dépendante des mécanismes de marché et la poursuite du bien commun ... est incompatible avec tout système satisfaisant, pour les citoyens et de ce fait durable".

Or Aujourd'hui les égoïsmes individuels et les intérêts privés l'ont emporté sur l'intérêt général, dans l’organisation des choses. La tendance au pouvoir au MEDEF actuellement est un des fers de lance de cette logique.

Comme Axel Kahn, je crois que "rien n'est encore définitivement perdu"

Je ne veux pas, bien sûr, résumer ce débat sociétal capital, à la controverse entre Gattaz et Saint-Geours. Ça serait risible. Cependant je la considère suffisamment importante pour la relever comme constitutive d'un débat beaucoup plus large sur le bon "gouvernement" de nos sociétés, car ce débat n'est pas binaire. Il est, au contraire pluriel.

Cette prise en compte de la complexité dans le débat est une condition de la réussite de ce combat pour remettre l'intérêt général au cœur de l'action économique et politique.

De ce point de vue le débat au sein du MEDEF me concerne, nous concerne.

Gaby BONNAND

[1] Article publié dans la revue Commentaires, été 2010

Tag(s) : #MEDEF, #Economie, #EL KHOMRI, #Démocratie sociale

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