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En cette soirée du 2 Juillet 2016, l'histoire a fait irruption brutalement dans notre immédiateté, par 2 fois à quelques heures d'intervalle. L'annonce du décès de Michel Rocard puis celui d'Elie Wiesel.

Deux hommes, profondément ancrés dans la réalité d'aujourd'hui, portant sur elle, un regard aiguisé, sont aussi des hommes qui ont marqué l'histoire de ces 80 dernières années, par leur action, leur pensée, leur engagement pour la paix, la liberté, la vérité et la démocratie.

Michel Rocard part au moment où la gauche est dans une période de turbulences, où nombreux sont ceux et celles qui n'ont plus ou pas en mémoire la longue histoire française, de la gauche réformiste, sociale-démocrate dont Rocard est un penseur et un praticien. Une conception de la transformation sociale qui ne se confond pas avec compromission, modération ou mollesse. Une conception et une pratique

- qui privilégient l’initiative et la décentralisation sur le centralisme jacobin,

- qui privilégient la confiance aux hommes et aux femmes sur la décision autoritaire.

- qui privilégient le respect de l’autre, sans laquelle aucune négociation n’est possible. et la recherche du compromis, vain. Compromis, maitre-mot de la social-démocratie rocardienne, si bien mise en pratique par de longues négociations en Nouvelle-Calédonie se concluant par les accords de Matignon en 1988

- qui ne nient pas le conflit. Au contraire, celui-ci doit être rendu visible pour mieux identifier les lieux et les espaces où peuvent se négocier des compromis porteurs de progrès et producteur de sens collectif.

Aujourd'hui, Rocard tire sa révérence dans une période où réapparaissent les vieux démons d'une gauche radicalisée à laquelle il a sans cesse opposé une gauche radicale dans sa capacité de penser les transformations en tenant compte du réel, et radicale dans sa façon d'agir qui ne peut se satisfaire d'un pragmatisme sans pensée.

Quand à Elie Wiesel, enfant rescapé des camps nazis dans lesquels ses parents ont trouvé la mort, il disparaît au terme d’une vie de philosophe et d’écrivain, consacré à la mémoire de la Shoah, et plus encore à lutter contre l’intolérance, l’indifférence et l’injustice, d’où qu’elles viennent. Le vœu fait après la guerre « Que toujours, partout où un être humain serait persécuté, je ne demeurerai pas silencieux », était devenu sa ligne de conduite et constituait le sens de son action

Elie Wiesel "quitte la scène" au moment où les droits de l’homme sont mis à mal, dans de nombreuses régions du monde. Des hommes et des femmes fuient les guerres, la pauvreté, la sécheresse, la violence, la mort annoncée et trouvent les portes des pays les plus riches de plus en plus difficile à ouvrir et parfois totalement fermées.

Sa disparition et par là-même son action pour les droits humains, fait irruption dans un monde où se construisent et de développent toute sortes de murs pour empêcher l’autre de rentrer, pour le tenir à l’écart, pour se protéger contre la différence, pour maintenir son entre soi, bref pour ne pas « prendre la part dans l’accueil de la misère du monde »

La disparition de ces 2 grands hommes, le même après-midi, en mettant en lumière la richesse de leur action, de leur combat, de leurs idéaux s'invitent dans une actualité bien sombre. Elles raisonnent comme un appel à se réveiller à sortir des sarcophages, pour faire écho à ce fameux «Sortez de vos sarcophages, camarades», lancé, par Edmond Maire au congrès de la CFDT à Bordeaux en 1985, en direction des Trotskistes qui cherchaient à déstabiliser l’organisation. Edmond Maire, alors Secrétaire Général de la CFDT, nourrit une proximité intellectuelle avec Michel Rocard, lequel, dans son testament a souhaité l’intervention de ce dernier, à l’hommage qui lui sera rendu. Ceci, comme pour mieux rendre visible cette proximité dans une période de démagogie outrancière et de violence à l’égard d’une CFDT d'aujourd’hui, fidèle à son histoire.

Leurs passions pour l’Humain, pour les hommes et les femmes de leurs temps, les a conduit à combattre tous les systèmes politiques, toutes les politiques qui propagent ou contribuent à cet avilissement, au risque même de leur vie. Ils ne supportaient pas les compromissions.

Leurs morts ; comme une dernière colère contre la démagogie et la facilité.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Michel ROCARD, #Elie WIESEL