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Tout d’abord je dois dire que je ne suis pas au Parti Socialiste. Certain penseront que ce n’est pas très responsable. On peut en débattre. C’est donc loin des débats internes au parti que je vous livre mes réflexions et ressentis dans cette période préélectorale, à 8 mois de la présidentielle, pour éventuellement engager un débat avec ceux et celles qui le souhaitent.

Il y a quelques mois, j’ai été signataire de l’appel à une primaire à gauche.

Dans mon Blog, en Janvier, j’en expliquais mes motivations : « Il ne s’agit pas pour moi, en signant cet appel, de m’associer à une campagne anti-Hollande. Il ne s’agit pas non plus d’une adhésion à un projet politique « alternatif » livré clef en main.

C’est un appel qui engage à participer à un renouveau du débat sur toutes les questions qui concernent notre manière de faire société, ici en France, en Europe et à l’échelle du monde. Notre vie politique est malade depuis des années. Elle est coincée entre un pragmatisme sans pensée qui saisit tout responsable politique en position de responsabilité, et une « théorisation hors sol » des politiques à mettre en œuvre qui est l’apanage de tous ceux et celles qui refusent de « se salir les mains » par la prise en compte du réel… Le débat lancé par l’appel à une primaire à gauche dépasse largement le fait de savoir si cette proposition gêne ou avantage tel ou tel. Avoir signé cet appel, ce n’est pas pour moi un engagement « contre », c’est une démarche « pour », pour un renouveau du débat citoyen. »

Cet appel n’a pas été entendu et notamment par ceux et celles qui se voient et se vivent comme Homme ou Femme providentiels pour cette échéance de 2017. Et ils sont nombreux à ressentir cet « appel du peuple».

Pour des raisons tacticiennes, auxquelles vient s’ajouter un débordement égocentrique suscitée par cette échéance électorale de 2017 (Mélenchon, Montebourg, Hamon, Duflot, Filoche, Lienemann…) un mouvement de renouveau démocratique, digne de ce nom, dans la perspective des élections présidentielles est impossible, dans l’espace-temps qui nous sépare de cette échéance.

Dès l’heure, la gauche est confrontée à un dilemme :

  • Persévérer dans une attitude consistant à ne pas réaliser sérieusement un bilan dans le cadre d’un débat contradictoire, tout en manifestant une volonté ( de façade au moins) de connecter un nécessaire travail de renouvellement de la pensée et de l’action de la gauche et le choix d’un candidat à l’élection de 2017.
  • Travailler sur le bilan en mesurant les écarts, non pas entre le réalisé et ce qui aurait pu encore être mieux mais les écarts entre la situation d’avant les mesures prises et la situation après les mesures prises.

Sur le plan intellectuel, la volonté de cohérence entre un projet et un candidat est de toute évidence attirante, attrayante, apparemment plus rationnelle, peut-être même plus compréhensive, plus explicable également. Mais tout à fait illusoire si cette recherche de cohérence ne s’appuie pas sur un bilan. Et ce bilan, il doit être fait sans complaisance mais sans préjugés. Il nécessite de la rigueur intellectuelle, loin, très loin des effets de manche de tribunes, des calculs politiciens ou des ambitions personnelles.

Nous ne sommes pas dans un monde ou la pensée pourrait être efficace en dehors de la réalité. Le calendrier de la vie, n’est pas calé sur celui du Parti Socialiste ou plus largement sur celui de la gauche. Les élections présidentielles ne vont pas être décalées pour laisser le temps à la gauche de faire son aggiornamento.

Dès lors, l’urgence, est de donner à voir ce qui a été fait. Je sais que ce n’est pas facile. Les choses ne sont pas si simples à décrypter, surtout si nous regardons le bilan au regard de ce qui était souhaité, espéré, ou de promesses faites ou imaginées. De ce point de vue, les critiques peuvent pleuvoir, et les déceptions nombreuses : La réforme fiscale tombée dans les oubliettes, le vote des étrangers aux élections locales ont connu le même sort, l’enfermement dans la déchéance de la nationalité, la guerre des chefs ou des "ego" (Macron Valls) qui conduit à une première version de la loi travail, écrite par les ultra-libéraux du MEDEF. Tout cela est vrai et constitue un repas lourd à digérer.

Mais le bilan ne se résume pas à cela, car dans le pays, il y a eu de la mobilisation notamment de la part de forces sociales dynamiques, ouvertes sur l’avenir. De cette confrontation, sont nées un certain nombre d’avancées sociales. L’enjeu aujourd’hui n’est pas de rester avec le poids sur l’estomac des choses indigestes, mais de monter ce qui a été acquis, sans pour autant nier les erreurs et égarements.

Le danger d'une droite Conservatrice et réactionnaire

Entrer dans cette démarche de valorisation est de mon point de vue la tâche la plus urgente des socialistes, devant le déferlement des propositions les plus extrémistes de la droite,

  • Dans le domaine économique où le marché est considéré par cette droite, comme le seul régulateur de l’offre et la demande dans tous les domaines, y compris en matière de santé et d’éducation,
  • Dans le domaine social par la remise en cause des dispositifs de solidarités considérés comme étant des machines à produire des assistés, par la proposition de supprimer les 35 heures, comme durée légale du travail.
  • Dans le domaine des libertés par la remise en cause de l’Etat de droit qui est censé ne pas suffisamment protéger les Français,
  • Dans le domaine de l’égalité par la remise en cause de ce principe en conditionnant au comportement un certain nombre de prestations sociales, ou en réduisant les moyens des services publics,

Des Erreurs et des égarements, mais un bilan ou tout n'est pas à jeter aux orties

Et de ce bilan qui reste à faire de manière exhaustive, sans concession, ni préjugés, on peut déjà en donner un aperçu. Je me contenterais ici de souligner les avancées sociales, lesplus significatives.

  • Rétablissement des départs pour carrières longues, mesures supprimées par Sarkozy en 2010
  • Agrément par l’Etat de la possibilité pour les chômeurs d’ouvrir des droits lorsqu’ils reprennent un travail (revendication défendue par la CFDT, la CFTC et la CGC lors des négociations assurance chômage)
  • Rattachement du compte formation à la personne avec possibilité de transfert en cas de changement d’entreprise
  • Etablissement d’un compte pénibilité personnel permettant aux salariés exposés de bénéficier de formation, de temps partiel ou d’un départ anticipé à la retraite.
  • Reprise par la loi, de la généralisation de la complémentaire santé et la prévoyance, avec participation de l’employeur, actée par l’accord interprofessionnel de Janvier 2013
  • Création de La prime d’activité, pour les salariés gagnant moins de 1 300 € par mois.
  • Sécurisation de la durée minimale de 24H/semaine pour les contrats de travail (loi travail)
  • Obligation de rémunération des jours fériés chômés, pour les saisonniers qui en étaient exclus (loi travail)
  • Attribution de 2 jours supplémentaires de congés par enfant à charge pour les salariés hommes de moins de 21 ans (loi travail)
  • Obligation de négocier pour toute modification de l’organisation du travail dans les entreprises. (loi travail)
  • Augmentation du nombre d’heures de délégation, pour les délégués syndicaux dans les entreprises. (loi travail)
  • Sécurisation de la durée légale de travail, à 35 Heures (loi travail).
  • Création d’une instance de négociations territoriales pour les salariés des petites entreprises, avec élections de leur représentant (loi Rebsamen)
  • Mise en œuvre du tiers payant(loi Santé)
  • Tous les individus majeurs deviennent bénéficiaires de plein droit à la Sécurité sociale. (Cette mesure permet aux conjoints ne travaillant pas de ne plus être ayant droit de celui qui travaille mais d’être de plein droit assuré à la Sécurité Sociale. Cette mesure est un progrès notamment pour les femmes qui sont les plus concernées. (Loi santé)
  • Amélioration des possibilités d'intervention des représentants des salariés dans la vie et la stratégie des entreprises (loi sécurisation de l’emploi reprenant l’ANI de Janvier 2013)
  • Garantie jeunes permettant aux jeunes de 18 à 26 ans en précarité de bénéficier d'un accompagnement et d'une allocation mensuelle de 460€ environ. (Loi Rebsamen et loi travail)

Je vais arrêter là l'inventaire. J’aurais pu évoquer quelques temps forts du mandat qui a vu la gauche au pouvoir rappeler son attachement aux valeurs de tolérance, au respect des individus, qui ont singulièrement tranché avec des discours de la droite Sarkozienne quand elle était au pouvoir.

Je veux montrer par-là, que la politique ne se résume pas à des effets de manche, comme on en a entendu ce WE à la Rochelle ou la fête de l'Huma, de la part de tous ceux qui viennent prêter leur concours aux forces conservatrices du pays, en empêchant la gauche de se soumettre à un vrai bilan, et se donner des moyens de mener une vraie bataille.

En guise de bilan, Christian Paul, chef de file des frondeurs considère, sans nul autre procès, «qu'aujourd'hui, dans les conditions qu'il a lui-même créées, la candidature de François Hollande est devenue impossible ».

Certes, les erreurs ne manquent pas. Je l'ai dit plus haut, notamment la proposition de déchéance de nationalité et la présentation de la première version de la loi travail.

Mais un accord n'ayant pas pu être trouvé entre les 2 chambres, sur la déchéance de la nationalité, Hollande en a tiré les conséquences et a sifflé la fin de la partie (Un peu tard, à mon grand désarroi). Si je n’oublierais rien de cette égarement, je ne choisirais pas pour autant la voie qui consiste à punir la gauche pour cet acte lamentable, comme certain ont l’on fait en direction de Jospin en 2002, avec les conséquences que je n’ai pas besoin de rappeler ici.

La loi travail a été profondément modifiée du fait de la mobilisation sociale et parlementaire. Elle crée de nouveaux droits et de nouveaux espaces de démocratie sociale. Comme je l'ai montré plus haut, il y a matière à débat contradictoire sur ce bilan, mais faut-il encore le vouloir. Certain parlementaires socialistes ont choisi de ne pas tenir compte des profondes modifications de la loi pour s’en tenir, dans le débat public, à la première version et mieux dénoncer une dérive libérale. Ainsi il pouvait alimenter leur stratégie de faire barrage à Hollande.

Derrière un discours aux allures cohérentes, des objectifs moins reluisants

C'est une véritable honte que des responsables politiques, qui plus est, élus de la nation puissent emprunter le registre du règlement de compte personnel plutôt que le chemin de l'analyse rigoureuse, pour entreprendre le bilan du quinquennat. Mais cette méthode est représentative de l'objectif recherché: empêcher Hollande d'être candidat. S’il ne s’agissait que de la personne de Hollande, ce ne serait pas trop grave. Mais cette attaque contre Hollande est l’expression d’une démission totale de la part d’élus élus dont la responsabilité première serait en fin de mandature, de faire le bilan et d’en débattre avec les français. N’étant pas certain que le bilan viendrait confirmer leur thèse, ils préfèrent être sur le registre fumeux de la nécessaire cohérence entre un projet et un candidat. Thèse qu’ils choisissent de débattre entre amis. Circuler, y’a rien à voir. En fait comme le dit Joffrin dans libération de ce jour « On doit craindre qu’au fond d’eux-mêmes, ces protagonistes de l’élection songent surtout à l’après élection, quand une déroute générale permettra de rebattre les cartes, de renverser la table au sein de la gauche, d’éliminer une fois pour toute, le courant qu’ils vouent aux gémonies. Ainsi sous une apparence candide –défendre un projet alternatif – on sent affleurer un plan moins reluisant : mettre la défaite à profit pour jouer sa carte personnelle ou celle de son courant »[1]

Si effectivement, les conditions dans lesquelles la gauche aborde la prochaine présidentielle ne sont pas optimum, il faut être particulièrement malhonnête pour ne voir dans cette situation uniquement l'œuvre du Président de la République.

La gauche dans son ensemble et particulièrement les responsables socialistes « frondeurs » portent une responsabilité très lourde dans cette situation.

Qui peut faire croire à des socialistes sincères, à des citoyens croyant encore aux idées d’émancipation, de démocratie, de progrès, de solidarité, que des responsables dont certains ont été ministres, s'employant depuis des mois à rendre la candidature de Hollande impossible, sont honnêtes, sérieux, rigoureux quand ils parlent du président de la république comme ils en parlent, quand ils parlent de son action, renvoyant presque dos à dos Hollande et Sarkozy ?

Pour moi qui ne suis pas encarté au Parti Socialiste, comme je l'ai déjà dit, je suis choqué.

Sarkozy n'a eu de cesse durant 5 ans de diviser les français, de vouloir faire de l'Élysée un poste avancé de commandement pour décider de tout, et mettre au pas toute la société, en mettant parfois à mal nos institutions.

Renvoyer les 2 hommes dos à dos, en s'appuyant sur les sondages qui disent que les français ne veulent ni de l'un ni de l'autre, ressort plus d'un débat à hauteur de caniveaux que d'un débat politique sérieux.

Je suis d'autant plus choqué que cette diatribe anti Hollande vient renforcer l'image que ne cesse de donner la droite et l'extrême droite, de ce dernier, depuis que celui-ci s'est déclaré candidat à la primaire socialiste pour l'élection présidentielle de 2012, en Mars 2011.

Mon état de choc vire à la tristesse, quand je vois comment les conceptions du débat véhiculées par l'extrême droite et la droite extrême, ont pénétré le parti socialiste et plus généralement la gauche. Les propos tenus par Montebourg, Filoche pour le Parti Socialiste, Mélenchon, pour le front de gauche sont malheureusement des discours plus empreints de haine que d'une pensée politique murie, réfléchie, approfondie...

Mais pour nourrir un discours, une pensée politique, comme l'ont nourrit des Mendes-France, Mitterrand, Rocard, Delors, Joxe, Jospin… (Même si je me retrouve plus chez certain que chez d'autres), il ne faut pas passer son temps sur les estrades entre amis, à la recherche d'effets de manche et de formules bien envoyées. Pour cela, il faut travailler en s’immergeant dans ce qui fait la vie des gens, autrement que par des visites, entouré d’une cours et de caméras qui passeront quelques images au 20H.

Ce qui importe c'est notre capacité à refuser la stigmatisation

Chers amis, vous allez penser que je suis un fan, un groupie de Hollande. Ce n’est pas mon sujet.

Si je suis fan, je le suis de mon pays, des hommes et des femmes qui y vivent et de ceux qui doivent y être accueillis dignement.

Je suis fan de la liberté, mais pas celle réservée à quelques-uns, à ceux qui me ressemblent, mais fan de liberté pour tous.

Je suis fan d’égalité et de fraternité.

Je ne veux donc pas que mon pays bascule dans les mains de ceux qui érigent la stigmatisation des différences, comme colonne vertébrale de la vie en société.

Je ne veux pas que mon pays bascule dans les mains de ceux qui nous promettent une remise en cause de l’état de droit pour mieux nous protéger

Alors non, ce n’est pas Hollande mon sujet mais notre capacité à faire barrage aux forces conservatrices ayant pour moteur, la Haine de l’autre, de l’étranger, du pauvre, du précaire, de l’assisté, de celui qui ne me ressemble pas,

Ce n’est pas le bal des égos à la Rochelle, à la fête de l’Huma ou sur les plateaux de télévision qui peut répondre aux enjeux de la période, même si les participants à ce casting mortifère cachent leurs ambitions par un discours plaidant pour une cohérence entre un projet et un candidat.

Je suis un pragmatique, mais pas opportuniste pour autant. Pour attaquer la période qui démarre, rien de tel que de faire un bilan du quinquennat autrement que par des poncifs qui déclenchent des applaudissements faciles. J’ai donné quelques bribes de ce bilan. Il ne demande qu’à être complété et débattu, et prendre un peu de hauteur dans une période où comme nous le dit, dans un essai récent sur la démocratie et ses différentes facettes ambivalentes et contradictoires, Achille Mbembe[2] :

« L’époque, décidément, est à la séparation , aux mouvements de haine, à l’hostilité et surtout à la lutte contre l’ennemi, en conséquence de quoi les démocraties libérales, déjà fort lessivées par les forces du capital, de la technologie, sont aspirées dans un vaste processus d’inversion »

Alors ne participons pas à l’amplification de ces forces mortifères, en prêtant le flanc à la simplification outrancière des choses.

Chers amis, je termine là ma missive et je me tiens tout à fait disposer à débattre et participer à ce que les valeurs de solidarité, de démocratie, de liberté, d’émancipation soient présentes au second tour de l’élection pour remporter ensuite la victoire en 2017.

Gaby Bonnand

[1] Libération 13 septembre « A gauche, le cœur des défaitistes » par Laurent Joffrin

[2] Achille Mbembe Professeur d’histoire et de science politique à l’Université du Witwatersrand à Johannesburg « Politiques de l’inimitié » La découverte Mai 2016

Tag(s) : #le bal des égos, #La présidentielle française, #A mes amis socialistes, #ouvertures, #Elections