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Pour un certain nombre de de gens de gauche, et pour lesquels l’objectif est de faire battre Fillon et Le Pen, beaucoup de questions depuis le résultat de la primaire de gauche.

Je suis de cette gauche que Michel Winock appelle la « Social-Démocratie[1] ». C’est à dire, la gauche qui ne se résigne pas à se réfugier dans le confort des idées, mais qui, dans l’action, préfère les compromis impurs qui changent la vie des hommes et des femmes. Mais qui le fait avec un cap celui de faire barrage du mieux possible, aux formes multiples d’avilissement, d’asservissement, d’humiliation, de non-respect des hommes et des femmes quel qu’ils soient.

Si ces questions, ne sont pas nouvelles, elles sont de nouveau d’actualité. La première question concerne la logique sou tendu par l’élection présidentielle. Celle-ci est porteuse d’une logique individuelle qui d’un côté, laisse penser aux citoyens que le Président (e) est un homme ou une femme providentiel, et de l’autre, génère des candidats qui, plus ils font campagne, plus ils se considèrent comme providentiel.

Si je crois à un certain nombre de compétences et capacités, notamment celle d’incarner une certaine autorité (pas autoritarisme), et celle de fédérer autour de lui ou d’elle, pour exercer la fonction, je ne crois absolument pas au providentialisme d’un homme ou d’une femme. Cette logique conduit les candidats à une certaine fermeture, à affirmer des certitudes, même si certain excellent plus que d’autres en la matière.

J’ai le sentiment aujourd’hui d’être sommé de choisir un candidat providentiel. Ce à quoi j’aurais du mal à me résoudre.

Dans l’éventail du choix se trouve maintenant Benoit Hamon, désigné par la primaire. Même si j'ai voté à la primaire, je ne me sens pas engagé par le résultat. Le seul engagement auquel je me tiendrais est celui que j’ai pris avec moi-même à savoir contribuer à faire battre Fillon et Le Pen.

Pas grand-chose dans la candidature de Benoit Hamon, plaide pour motiver un soutien. Membre du PS, il a été ministre (plutôt bon ministre) sous la présidence de Hollande. Après avoir pris une part importante à la déstabilisation de Jean Marc Ayrault, avec son ami Montebourg, en poussant Valls à prendre la main, il « fusille » ce dernier moins de 4 mois après son arrivée à Matignon. Avec de tels amis, il n’est pas utile d’avoir des ennemis. D’ailleurs la gauche et Hollande en particulier n’a pas perdu sous les coups de la droite mais sous les coups de la gauche elle-même. Pour être juste, soulignons que Valls y a quelques responsabilités. (déchéance de nationalité entre autre).

La victoire de Hamon est au fond la victoire des frondeurs qui ont pourri le quinquennat et sont d’avantage préoccupés par l’avenir du parti socialiste et la recomposition de la gauche que de l’avenir du pays et des hommes et des femmes qui y résident et y travaillent. Comme le dit Gilbert Marsac dans un de ses post, la victoire de Hamon c’est la victoire de la gauche qui veut passer son tour en 2017.

Je sais que tous les électeurs de Hamon, ne sont pas dans cet état d’esprit, il y a eu parmi eux de vrais sociaux-démocrates. J’en connais. Mais, personne ne peut s’y tromper, cette candidature a drainé majoritairement des hommes et des femmes qui ne veulent pas se salir les mains dans les compromis. Cette gauche-là a d’avantage mobilisé que la gauche sociale-démocrate, représenté par un Manuel Valls qui a payé tout d’abord son courage dans la défense du bilan, mais aussi sans doute son jusqu’au-boutisme sur la déchéance de la nationalité, son approche trop clivante de le laïcité et son image d’homme autoritaire.

Après cette primaire, nous sommes entrés dans une nouvelle phase, celle qui voit une multitude de candidats, qui au-delà de leur personnalité, de leur caractère, de leur programme sont sommés de se présenter, dans cette campagne du 1° tour, comme l’homme ou la femme plus providentiel que les autres. Cette course ne peut que générer une pluie d’affirmations, de certitudes de la part des candidats quel qu’ils soient, sans pour autant nourrir un débat citoyen, et préparer ceux-ci aux compromis auxquels toute gouvernance démocratique ne peut échapper.

Il nous faut dépasser cette logique à laquelle nous appellent à peu près tous les candidats. Pour ces derniers et notamment pour ceux qui concourent pour gouverner, le défis est de construire une majorité gouvernementale avec des hommes et des femmes capables de remporter les élections législatives dans leur circonscription tout en faisant partis d’un ensemble, permettant d’assurer le soutien à un gouvernement durant un mandat.

Cette dynamique était jusqu’à maintenant, assurée par les Partis. Aujourd’hui, à gauche, ce n’est plus le cas. Alors pour les sociaux-démocrates, qui n’ont pas du tout envie que la gauche se résigne à passer son tour en 2017 en se fondant dans un mouvement qui irait de Hamon à Mélenchon, (comme le laisse présager les premières déclaration du tout nouveau candidat sorti des primaires de la gauche), il y a nécessité à ce que la campagne présidentielle soit également l’occasion de travailler à une majorité gouvernementale, non pas autour d’un parti mais autour du candidat Emmanuel Macron.

Emmanuel Macron n’est pas l’homme providentiel. Il est celui qui a suscité une dynamique; laquelle a entraîné des gens qui ont envie de gagner en 2017 et qui font de Macron un candidat capable de battre Fillon et Le Pen. Il a suscité cette dynamique parce qu’il a osé défier l’ordre politique établi, parce qu’il esquisse des propositions visant à affronter les innombrables chocs de notre époque.

Ce n’est pas gagné et quand bien même il y parviendrait, la victoire ne serait que la victoire d’un homme sans majorité pour gouverner, donc impuissant. Pas de nature à encourager un soutien.

Je ne crois pas à l’homme providentiel, même quand il s’appelle Macron. Je ne crois pas non plus pas à la génération spontanée d’hommes et de femmes totalement inconnus dans les territoires, d’où jailliraient en 3 mois, des députés qui collectivement pourraient constituer une majorité gouvernementale à Emmanuel Macron.

Créer les conditions de l’émergence d’une majorité gouvernementale au parlement, passe par la prise en compte des compétences et de l’expérience de nombreux députés ou autres responsables politiques issus des rangs du parti socialiste, des verts et, pour partie probablement, du centre. La grande majorité des députés sortants et parmi eux les parlementaires socialistes, ont réalisé leur travail correctement. Si Macron a raison d’être vigilent quant aux raisons qui vont pousser des élus à se rallier à lui, il aurait tort de se monter condescendant, voir hautin envers la majorité des élus socialistes qui font un travail remarquable sur le terrain et qui ont montré durant 5 ans leur loyauté. Il aura besoin d’une majorité gouvernementale suffisamment forte et solide pour conduire et appuyer les réformes.

Le corporatisme des partis politiques existe et il ne faut pas le contester. Mais les partis politiques, comme d’autres organisations collectives, permettent de former des hommes et des femmes grâce à l’exercice de responsabilités électives dans les communes les départements, les circonscriptions, les régions. Ceux et celles qui, durant le dernier mandat, ont œuvré avec loyauté et rigueur dans leur territoire pour faire progresser le « Vivre ensemble », doivent être associés à la construction de cette nouvelle majorité. Encore faut-il qu’ils s’en montrent volontaires

Parmi ces derniers, qui sont partagés entre le respect du résultat de la primaire et l’engagement pour battre Fillon et Le Pen, plus vite ils rejoindront Macron pour construire derrière lui, une majorité gouvernementale, plus les choses seront claires pour les citoyens qui ne verront pas dans ce choix, des choix opportunistes pour satisfaire des ambitions personnelles, mais des choix d’individus faisant passer l’intérêt des hommes et des femmes du pays avant les leurs ou ceux du parti.

Cette majorité doit probablement se faire, comme Macron le propose, dans le cadre d’un engagement concrétisé par une charte de gouvernement. Pour cela, il y a nécessité très rapidement que ceux et elles qui ont l’ambition de battre Fillon et Le Pen, disent très vite qu’ils veulent construire une majorité gouvernementale autour de la candidature d’Emmanuel Macron.

Faire ce choix, ce n’est pas choisir Macron comme Homme Providentiel, c’est choisir d’être dans les mois et les 5ans qui viennent acteurs pour que les hommes et les femmes vivant et travaillant en France, ne subissent pas les conséquences des politiques de Fillon ou Le Pen.

Faire ce choix ce n’est pas forcément faire le choix d’abandonner le Parti Socialiste à ceux qui ont la tentation de se lancer dans l’aventure qui consiste à passer son tour en 2017 et prioriser une refondation du Parti Socialiste. Je ne nie pas l’importance de rénover le parti socialiste, même si j’ai des doutes de la faisabilité de l’intérieur. Le parti d’Epinay est mort. Il a été construit pour conquérir le pouvoir. Aujourd’hui, Il est urgent de construire solidement un Parti, qui doit rassembler, bien au-delà des élus, des hommes et des femmes engagés dans le domaine social, économique, sociétal, culturel, un Parti qui soit capable de favoriser l’exercice du pouvoir sans partir en vrille dès la première difficulté rencontrée.

Agir pour faire barrage du mieux que l’on peut, aux formes multiples d’avilissement, d’asservissement, d’humiliation, de non-respect des hommes et des femmes quel qu’ils soient, reste pour moi le fondement de mes actes. C’est ce qui guidera mon choix lors des prochaines élections.

Gaby BONNAND

 

[1] Voir article précédent sur le blog « l’idée que je me fais de la gauche »

Tag(s) : #élection présidentielle, #Politique

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