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Les critiques que subit Emmanuel Macron actuellement sur 2 points -son positionnement sur la guerre d’Algérie et sur le mariage pour tous- sont révélateurs d’une conception du débat politique qui confond positionnement politique et attitude.

Dans l’inconscient collectif des citoyens, il me semble qu’il est attendu, de la part des électeurs, des responsables politiques et notamment de candidats à la présidence de la République, un langage de fermeté sur un certain nombre de points. Rien d’anormal dans cette attente, au contraire.

Là où, il y a problème c’est que dans une période de tensions très fortes, telle que nous la vivons actuellement, sur le plan national, comme sur le plan international, la fermeté exprimée par de nombreux candidats et attendus par un certain nombre de citoyens doit passer par l’humiliation de ceux et à celles qui ne sont pas d’accord. Il semblerait même qui si le ou la responsable politique, le ou la candidate ne va pas assez loin dans l’humiliation de l’autres, des autres, il ou elle sera considéré comme peu fiable.

Marine Le Pen a bien compris cela depuis des années, elle qui ajoute la haine à la l’humiliation. Mais je constate qu’elle n’est pas la seule. Ce n’est une surprise pour personne, et surtout pas pour moi, les conditions fixées par Mélenchon à Hamon, si elles ne ressortent pas de l’humiliation, il faudra nous expliquer de quoi elles ressortent. En tout cas probablement pas d’un projet politique car Mélenchon fait de l’humiliation des socialistes, un aspect important de différenciation pour montrer que lui est inflexible, donc fiable. Tout, sauf un projet politique.

La droite n’est pas en reste. Depuis l’arrivée de Nicolas Sarkozy sur la scène politique Française, la droite a largement opté pour cette attitude pour faire la preuve de sa radicalité. La primaire de la droite a d’ailleurs donné la victoire à celui qui a le plus usé de la caricature, de l’humiliation : Humiliation des « assistés », humiliation des fonctionnaires, humiliation des syndicalistes, humiliation des réfugiés…

Oui pour apparaitre radical et fiable auprès de ses sympathisants, des éventuels futurs électeurs, la radicalité tient autant au contenu des propositions qu’au mépris, voir la haine envers les adversaires, mais aussi envers ceux qui soutiennent tel ou tel candidat. C’est très visible dans la campagne qui se déroule.

Alors dans ce contexte quand un candidat fait la différence entre le positionnement politique et le comportement en direction des citoyens en désaccord avec le positionnement, il brouille le paysage, le microcosme politique et ses habitudes et il fait l’objet d’attaque de toute part, pour raison de non fiabilité.

De quoi s’agit-il exactement ?

Tout d’abord, il y a la déclaration d’Emmanuel Macron sur l’Algérie, puis sur le Mariage pour tous. Dans les 2 cas Macron affirme des positions très claires sur le plan politique.

En Algérie il affirme que « La colonisation fait partie de l'histoire française. C'est un crime, un crime contre l'humanité ».

Concernant le mariage pour tous il affirme très clairement « Je suis favorable à la loi mariage pour tous. Je protégerai et défendrai cette loi ».

Par contre dans les 2 cas, Macron prend en compte les individus qui sont en désaccords avec sa position.

Concernant la période coloniale, il exprime aux populations qui se sont sentis bléssées sur sa position sur l’Algérie, qu’il regrettait de les avoir blessés et présentait ses excuses car il ne voulait pas cela, qu’il ne visait pas des personnes mais un Etat, la France, tout en affirmant qu’il assumait ses propos.

Pas de remise en cause, donc, de la position politique mais prise en compte affirmation de ceux qui sont en désaccords et se sentent blessés qui ne doivent pas être humiliés

Concernant le mariage pour tous, même démarche par laquelle il affirme son soutien à la loi mais veut prendre en compte ceux qui peuvent ou ont pu de bonne foi se sentir humiliés. Là encore pas de remise en cause du positionnement politique.

Je comprends que cette attitude gêne le microcosme politique, car la règle du combat politique aujourd’hui est de montrer qu’on ne cède en rien, par l’humiliation des adversaires et surtout de ceux qui les soutiennent. Cette attitude semble aussi importante que le contenu pour juger de la volonté du rupture des candidats.

De ce point de vue, Le Pen, Fillon, Mélenchon, si le contenu de leur programme est évidemment différent, jouent sur ce registre de l’humiliation des autres, et parfois de la haine.

Alors comment s’étonner dans ces conditions de la confusion qui ressort des critiques des positions de Macron sur les 2 sujets cités plus haut. Critiques qui mélangent le positionnement politique et le comportement qui passe pour Macron par la prise en compte de ceux qui sont en désaccord. Cette analyse erronée conduit à prétexter une contradiction dans les positions, voir des renoncements.

Ne pas humilier celui qui est en désaccord, serait devenu un signe de faiblesse, de renoncement à ses positions, de modération dans ses convictions.

Non Macron ne s’est pas renié sur ces 2 points. Il a simplement voulu affirmer des positions claires tout en affirmant que tous les citoyens font partie d’une même communauté, la communauté nationale qui doit organiser son « vivre ensemble », autrement que dans la division et la haine. Voilà le signe d’une vision intéressante pour quelqu’un qui aspire à la fonction de Président de la République.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Démocratie, #Politique, #élection présidentielle

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