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Si Emmanuel Macron veut vraiment rompre avec une certaine idée de la politique, il faut qu’il rompe avec les habitudes des responsables politiques qui consistent souvent à parler d’un sujet sans l’avoir travaillé.

A lire dans l’interview qu’il fait aux échos, ses propositions sur l’assurance chômage, je suis surpris.

Pas surpris par sa volonté d’aller vers une assurance-chômage universelle. Au contraire.

C’est une orientation qui fixe un cap. Et il appartient à celui et plus généralement à ceux qui briguent la fonction de président de la République de nous dire le cap. Que tous ceux qui aujourd’hui sont en situation de chômage et dépendent de plusieurs système en fonction de leur statut, ressortent d’une assurance chômage universelle me semble tout à fait novateur comme idée. Novatrice et indispensable si nous voulons que l’assurance chômage prenne en compte la transformation profonde du marché du travail qui se manifeste par une porosité, dans les parcours professionnels de nombreux travailleurs, entre le travail salarié et le travail non salarié. Les travailleurs ont besoin d’être protégé dans leur parcours professionnels quel que soit leur statut.

Pour cela, il faudra bien sûr une assiette plus large que les simples cotisations, qui touchent l’ensemble des revenus. C’est la proposition d’Emmanuel Macron dans son livre. De ce point du vue, La CSG est la contribution la plus juste et la plus pertinente. En effet l’assiette de la CSG, est largement assise sur les revenus du travail. Mais au contraire des cotisations, les revenus du capital, (qui est pour partie un revenu de la richesse créée par le travail), ainsi que les revenus des autres catégories socio-professionnels (fonctionnaires, travailleurs indépendants….) sont mis à contribution.

 

Surpris par de grandes imprécisions et de grandes précisions

Emmanuel Macron compare son projet d’assurance chômage universelle à « l’assurance maladie qui est devenu universelle ». La comparaison mérite d’être approfondie car pour l’assurance maladie, nous parlons de 3 choses quand nous parlons d’universalisation :

  • De son financement qui est devenu universel par le transfert des cotisations salariales sur la CSG en 1999 sous Lionel Jospin.
  • De la Création de la CMU, en 1999, toujours sous Jospin, qui constitue un dispositif particulier permettant aux personnes dont les ressources sont insuffisantes, de bénéficier d’un panier de soins opposables sur l’ensemble du territoire
  • De la PUMa (Protection Universelle Maladie) créé par la loi de financement de la protection sociale pour 2016 qui garantit à toute personne qui travaille ou réside en France un droit à la prise en charge des frais de santé, sans démarche particulière à accomplir.

Quand une annonce est aussi floue, elle ne peut constituer ni un cap, ni une proposition précise et concrète. Dans ce cas-là, il vaut mieux ne rien dire et peut-être prendre le temps de travailler avec ceux et celles qui connaissent les systèmes par leur implications.

 

Emmanuel Macron Parle d’une gouvernance publique de l’assurance chômage. Je m’étrangle !! Aujourd’hui, la gouvernance de l’UNEDIC ne serait pas publique ? La gestion paritaire de l’UNEDIC n’est certes pas étatique, mais elle est publique.

Alors que veut dire Emmanuel Macron, Etatiser la gouvernance de l’UNEDIC ? Pour Emmanuel Macron, la gouvernance publique se limiterait-elle à une gouvernance étatique ? Pas très moderne comme idée. Drôle de conception des corps intermédiaires ! Est-ce à dire que pour Emmanuel Macron, les organisations syndicales et patronales ne doivent plus contribuer à la définition des normes sociales ? Pourtant il parle de négociation décentralisée. Ne s’agit-il pour lui que de négociations de mise en œuvre de ce que l’Etat seul définirait la norme ?

Ne pourrait-on pas être inventif dans une gouvernance qui intègre et responsabilise les différents acteurs, que ce soit l’Etat, les organisations syndicales, les organisations patronales, les Régions mais aussi les représentants des associations qui œuvre dans le champ du chômage.

Je n’ai pas de solutions miracles et connaissant bien les rouages des institutions, je trouverais relativement prétentieux celui qui à lui tout seul aurait la solution.

Alors il faut approfondir car réformer profondément la gouvernance est une nécessité. Mais les évolutions ne se feront pas contre ceux qui aujourd’hui sont impliqués dans celle-ci et parmi eux ceux qui œuvrent depuis des années pour ces évolutions.

Emmanuel Macron nous dit qu’il veut indemniser ceux et celles qui démissionnent. Pour lui la rupture conventionnelle est, sans autre forme de procès, une hypocrisie. Merci pour ce jugement sans appel. Emmanuel Macron, n’a probablement pas fait un bilan de la rupture conventionnelle et de son origine.

Produit d’une négociation entre partenaires sociaux dans un contexte très difficile, en Janvier 2008, la rupture conventionnelle qui n’est certes pas parfaite et qui peut même être remplacée, constitue, avant d’être une soit disant « hypocrisie », une des briques de la sécurisation des parcours professionnels.

  • Je ne sais pas si la rupture conventionnelle est hypocrite, mais elle a permis à des milliers de salariés de bénéficier d’une couverture chômage quand ceux-ci ont décidé de quitter leur entreprise pour se lancer dans autre chose. La rupture conventionnelle a favorisé la mobilité de milliers de travailleurs car elle protégeait ces derniers
  • Je ne sais pas si la rupture conventionnelle est hypocrite, mais annoncer sans aucun bilan, sans aucun chiffrage, que la démission sera indemnisée, c’est pour moi de la démagogie ou une arnaque (Si cette mesure cache autre chose qui n’est pas dit).

Je n’étais pas choqué d’entendre Macron défendre l’idée de présenter des grands axes de sa politique et de ne pas se lancer dans un programme avec des mesures qui risquent de se heurter à une mise en œuvre impossible. J’étais d’autant moins choqué que je déduisais de cette orientation, une volonté d’impliquer très fortement la société civile, les différents corps intermédiaires et notamment les organisations syndicales, dans la construction des réponses permettant d'aller dans les directions tracèes.

Les différentes sorties d’Emmanuel Macron sur l’assurance chômage et notamment cet interview dans les échos, ne me rassurent pas.

 

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Assurance Chômage, #élection présidentielle, #Emmanuel Macron

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