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Dans l’article intitulé «Réponse à Martin Hirsch et Didier Tabuteau», posté il y a quelques jours sur mon blog, je défends l’idée d’une complémentarité, d’une articulation entre la couverture santé d’ordre public - qui doit constituer le socle essentiel - et le mutualisme pour répondre au défi que constitue le vieillissement de la population, le progrès médical, les évolutions technologiques, la révolution numérique et le développement des services, pour faire de notre système de santé, un système accessible à tous.

Je veux prolonger la réflexion car je ne crois pas qu’un simple raisonnement rationnel et économique suffise à relever les défis qui nous sont posés. Notre système de santé souffre autant de problèmes liés aux doublons, à l’inorganisation qui engendrent des coûts énormes, qu’à des problèmes liés aux dysfonctionnements de son pilotage et à un manque flagrant de démocratie sociale et sanitaire. Il est clair que si nous voulons un système qui se pérennise, qui réponde aux besoins nouveaux de la population, nous devons nous attaquer à ces 2 types de problèmes.

De ce point de vue je ne crois pas que c’est en rayant l’acteur mutualiste de la carte, que nous règlerons les questions.

Il me semble que c’est considérer un peu vite que les coûts de notre système de santé ne seraient dus qu’aux dysfonctionnements provoqués par l’implication des mutuelles.
C’est aller un peu vite sur l’analyse global du système. Aujourd’hui, les institutions qui organisent et gèrent le secteur de la santé, que celles-ci ressortent de l’Etat ou de la Sécurité Sociale sont aussi contestées.

Ces critiques vis-à-vis de ces dernières sont générées par les évolutions de nos sociétés, et cela sous l’effet de conjonctions aussi nombreuses que contradictoires : perte de confiance dans leur capacité de régulation, dans leur capacité à endiguer la progression des inégalités, émergence de l'Internet, émancipation individuelle versus individualisation, mais aussi internationalisation et financiarisation des économies qui touchent le secteur de la santé

Mais critiques générées aégalement, par l’incapacité des institutions à se réformer en interne : Difficile évolution d’institutions très centralisées, alors que les enjeux nécessitent de la proximité. Difficile évolution des institutions de la Sécurité Sociale dans leur fonctionnement, leur gouvernance et leur façon de faire vivre la démocratie sanitaire et sociale.

Bien évidemment le mutualisme n’échappe pas aux critiques multiples qui touchent ces institutions qui ont permis de faire progresser les droits des individus, des citoyens, en les protégeant contre les effets excessifs et pervers du marché.

C’est par une action cohérente et concertée entre la Puissance Publique et le mutualisme que le système de santé qui a généré de nombreux progrès, qui est considéré comme un des meilleurs du monde, se réformera pour réponde aux besoins des populations et aux exigences de solidarité.

On peut critiquer le modèle mutualiste. On peut considérer que parfois il est lourd et est un frein à la réactivité nécessaire. Mais qu’on le veuille ou non le mutualisme ce sont des milliers de militants et de militantes dans les territoires, dans les entreprises. Militants et militantes qui sont individuellement des « palpeurs », permettant à la mutuelle de sentir la réalité, et collectivement, un réseau qui maille le territoire et qui participe à l’approfondissement de la démocratie.

Qui pourrait par les temps qui courent, considérer que la démocratie mutualiste, même imparfaite, ne serait que du luxe, un supplément d’âme bien faible au regard des questions financières ? Et bien en ce qui me concerne j’affirme que non.

Non la démocratie mutualiste n’est pas un supplément d’âme.

Non la démocratie mutualiste n’est pas un gadget pour temps calme et de saines finances.

Non le mutualisme ne peut s’analyser que par ses coûts de gestion.
 

Par ailleurs, le développement et la démocratisation du numérique avec ce que cela génère comme potentialité va profondément modifier le secteur de la santé. Potentialités dans le domaine de la recherche, de la connaissance, du soin, de la prévention, de l'accompagnement, du suivi des patients, de la collecte et du traitement des données, de la relation soignants/soignés, usagers/offre de soins, dans les relations financières entre le patient et l'offre de soins…

Toutes ces évolutions ne vont pas dans le sens d’une recentralisation des institutions, mais plutôt dans le sens d’une décentralisation, et d’une implication beaucoup plus importante, beaucoup plus forte, de la société civile et ses représentants (associations, syndicats, usagers, citoyens) dans l’organisation du système de santé.

De ce point de vue, les mutuelles, organisations de citoyens, constituent pour le système de santé, pour son organisation, sa régulation, un acteur majeur pour répondre au défi d’aujourd’hui

Bien sûr, ce n'est pas en brandissant le statut mutualiste, sans autre forme de procès, que les mutuelles convaincront de leur utilité dans l'évolution du système de santé et de son financement.

La différence des mutuelles avec les autres acteurs ne résident pas dans un statut «hors sol», mais dans l'originalité de leur gouvernance qui implique des personnes à l’écoute, engagées, représentatives...

Bien sûr, cette gouvernance est mise à rude épreuve dans les grands mouvements de regroupement qu'elles connaissent depuis plus d'une dizaine d'années. Ce n'est simple ni pour des délégués mutualistes de terrain qui ont perd un certain nombre de leurs prérogatives au profit d’échelon supérieurs, ni pour les élus mutualistes dans les instances de décisions de mutuelles nationales identifiées et reconnues comme telles qui pèsent parfois plus de 10 fois le poids des mutuelles territoriales qu’ils dirigeaient auparavant.

Cette gouvernance est également questionnée aujourd’hui, par une part importante prise par les contrats collectifs d’entreprises, de groupes ou de branches. Ce développement doit se traduire par une plus grande implication de ceux qui ressortent de ces contrats dans les différents lieux de gouvernance, que ceux-ci soient des lieux de décisions, de représentations, d’approfondissements et de propositions tant au niveau local, régional que national. C'est une opportunité et une chance pour les mutuelles que de permettre que s'organisent des solidarités à partir d'appartenances professionnelles qui font sens pour les individus.

Peut-être est-ce utile de rappeler qu’une mutuelle comme Harmonie dans laquelle j’ai travaillé, c’est près de 2000 délégués et élus à différents échelons. Beaucoup de travail reste à faire pour rendre plus en adéquation la gouvernance avec la réalité de la mutuelle, mais je peux dire qu’il y a un formidable terreau militant dans cette mutuelle (Je parle de celle-ci car je la connais). Ces mutualistes, ces centaines de délégués ont été des acteurs indispensables pour faire en sorte que cette mutuelle devienne une mutuelle de taille nationale avec plus de 4,5 de personnes couvertes, et une offre de service, pour les patients, conséquente.

Si rayer d’un trait les mutuelles au nom d’une rationalisation centralisée sans implication de la société civile, serait dommageable pour le système de santé, il serait également dangereux pour le mouvement mutualiste

  • de ne pas s’interroger sur sa valeur ajoutée dans la lutte contre les inégalités
  • de ne pas travailler à une adaptation de son modèle pour que son originalité de société de personnes ne soit pas simplement une appellation juridique, mais une réalité qui transpire dans son fonctionnement, sa gouvernance à tous les échelons et dans sa façon de s'adresser aux populations et de répondre à leurs besoins.

De ce point de vue, la révolution digitale est essentielle pour les mutuelles. Elle peut être un atout et un accélérateur formidable pour faire évoluer leur modèle démocratique.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Protection sociale, #Complémentaire santé, #santé