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Pour la première fois sous la 5° république, parmi les candidats prétendants à la Présidence de la République, aucun n'est porteur d'un programme élaboré par un parti politique. Après la réduction de la durée du mandat du Président de la République à 5 ans, cette situation pourrait rendre de plus en plus impraticables nos institutions.

Les 2 candidats des 2 Partis Politiques qui ont dominé la vie politique française ces dernières décennies, sont issus de primaires. Les programmes de Fillon et de Hamon ont été élaborés par des équipes propres aux candidats et non pas par les 2 Partis concernés, selon les processus habituels se terminant le plus souvent par un congrès ou une convention qui valide ou ratifie le programme.

Emmanuel Macron n'a aucun Parti derrière lui. Il a su créé un mouvement, mais l'histoire de ce dernier est trop récente pour dire si ce sera durable.

Jean Luc Mélenchon est à la tête d'un regroupement de plusieurs Partis Politiques dont le Parti de Gauche et le Parti Communiste.

Je mets à part Marine Le Pen. Le FN est plus une entreprise familiale qu'un parti politique sur laquelle règne aujourd'hui Marine Le Pen.

Un conflit de légitimité.

Un des effets des primaires, c'est un transfert de légitimité. Transfert d’une légitimité du Parti et de ses instances d’élaboration, de délibération et de décisions, à une légitimité de scrutins dont il est difficile d’en définir le périmètre réel, tant du point de vue de la représentativité quet du rapport entre ces échantillons et la ligne majoritaire des partis.

Si à droite, ce sont les affaires Fillon qui ont été le révélateur de la distance entre le Parti et le programme, à gauche, ce sont les procès en trahison qui cachent se un conflit de légitimité. Conflit entre ceux qui ne se sentent pas liés au programme de Hamon, (car pas le programme du Parti), le font savoir en soutenant un autre candidat ou en ne faisant pas campagne, et ceux qui, ayant pris des libertés avec les règles du Parti durant 5 ans, considèrent l’attitude des premiers comme des trahisons.

Ces conflits de légitimité, plutôt que d’être considérés comme une question à traiter et à travailler, sert aujourd’hui au sein des Partis à alimenter des polémiques. A gauche, au Parti Socialiste, ce conflit plutôt que d'être nier aurait pu être géré. En travaillant un bilan qui aurait pu être contradictoire et servir de base à tous les candidats à la primaire, le parti aurait pu se montrer novateur et responsable. Non Il a laissé les candidats  faire le bilan qu’ils voulaient. Ce faisant, il a discrédité une majorité d’élus socialistes qui ont respecté la légitimité du Parti durant le mandat, et a ouvert la porte au non-respect d’une légitimité venu d’ailleurs.

La Fragilité de Hamon et la faible mobilisation du Parti pour sa campagne tiennent d’abord à ce conflit de légitimité. Lors de la campagne de 2007, avec Ségolène Royal, il y avait déjà eu des signes très forts de ce conflit.

La fin d’un système de construction de majorité

Un peu de science-fiction. Supposons que ce soit Fillon ou Hamon le vainqueur de la présidentielle. Historiquement, le Parti du vainqueur et les élus qui en étaient issus, structuraient la majorité. La place centrale qu’avait eue le Parti dans l’élaboration du programme, constituait un élément majeur et structurant de l’autorité que pouvait avoir le Parti dans la conduite de cette majorité. Dans les 2 cas, le Parti risque de perdre cette autorité, du fait de son absence de rôle dans l'élaboration du programme

Il est certes difficile de savoir ce que cette absence des Partis dans l’élaboration des programmes au LR comme au PS, générera en cas de victoire de l’un ou de l’autre, mais au regard de ce qui se passe dans ces 2 Partis aujourd’hui, la majorité à construire ne sera pas de tout repos.

Continuons notre exercice de science-fiction, en supposant que Macron soit le vainqueur de la Présidentielle. Porté par un mouvement qu’il a su créer, mais aussi et surtout par une image de renouveau qu’il semble incarner (à tort ou à raison, là n’est pas le propos), il se retrouve Président de la République sans aucun Parti Politique capable de structurer sa majorité.

En dehors du fait qu’il me semble impossible de pouvoir faire surgir de « En Marche », des députés suffisamment nombreux pour faire une majorité, son insistance à apparaître comme un homme n’appartenant à aucun Parti, lui interdit même de faire du mouvement «En marche », un Parti Politique. Il ne peut pas reconstruire avec « En Marche », ce qu’il dénonce sur les Partis aujourd’hui. Il serait en pleine contradiction, sauf à penser que ce ne serait pas le système qu’il dénonce qui serait à bout de souffle, mais simplement les hommes et les femmes qui seraient à remplacer.

Anticiper

Il est capital aujourd’hui, à une quarantaine de jours à peine de la présidentielle, de lever la tête du guidon et de regarder en direction des législatives. La gauche réformatrice et progressiste n’est pas à ce jour condamnée à être dans l’opposition. Cette gauche réformatrice et progressiste se trouve aujourd’hui éclatée derrière plusieurs candidats, et principalement 2, Hamon et Macron. Dans le cadre d’une victoire de Macron, cette gauche-là peut, doit peser et se trouver le cas échéant dans une majorité présidentielle.

Compte-tenu de la situation connue aujourd’hui, le PS, ne peut pas faire campagne pour Hamon, sans anticiper un autre cas de figure pour peser dans une majorité présidentielle demain.

Benoit Hamon peut être insatisfait du manque de soutien de la part du PS et d’un certain nombre d’élus socialistes. Mais il ne sert à rien de crier à la trahison. Il est le premier à savoir que sa légitimité incontestable est entrée en conflit avec une autre légitimité incontestable. Il ne sert à rien non plus de casser du Macron sur tout et n’importe quoi. Il sait parfaitement que si derrière lui il y a des hommes et des femmes qui se reconnaissent dans une gauche réformatrice et progressiste, ils sont nombreux également derrière la candidature de Macron. Cette réalité ne peut être sacrifiée par un jeu de massacre électoral

Si Emmanuel Macron pense que ses propres forces suffiront à constituer, comme il l’a dit dimanche soir « une majorité de réforme cohérente » au sortir des législatives qui aurait fait émerger du mouvement « en Marche », un nombre de députés suffisamment nombreux pour construire une majorité, il me semble qu’il se trompe.

Dans de nombreuses circonscriptions, les candidats présenté par la gauche, seront mieux placés qu’un éventuel candidat de « En Marche », inconnu des électeurs et sans ou peu d’historicité dans son implication citoyenne. De nombreux électeurs de gauche ayant voter Macron au 1° tour, soutiendront aux législatives des hommes et des présentés par la gauche qui ont fait la preuve d'un engagement citoyen, avant d'être candidats à un mandat de député. C'est du moins ce que je pense et ce que j'espère.

Perspectives

Tous les acteurs, PS, Hamon, Macron doivent prendre leur responsabilité pour à la fois battre Le Pen et Fillon, mais aussi pour que la gauche réformatrice et progressiste ne soit pas condamnée à être dans l’opposition.

Le conflit de légitimité qui est venu, s’inviter dans le fonctionnement des Partis Politiques, à l’occasion des primaires, ajouté à la possibilité d’avoir un Président de la République, sans avoir derrière lui, un parti pour structurer une majorité, sont des éléments constitutifs d’un véritable travail sur les évolutions constitutionnelles dont notre pays a besoin.

Gaby Bonnand

Tag(s) : #élection présidentielle, #Démocratie, #Politique

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