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Cette expression est celle de Laurent BERGER, sur LCP/AN dans l’émission « Questions d’info», concernant la proposition d’Emmanuel MACRON, de passer par ordonnance une réforme du code du travail.

Laurent Berger a raison, et ça ne concerne pas uniquement MACRON. C’est un impensé général de la question sociale qui caractérise la classe politique et qui conduit à tourner le dos à une longue histoire qui a fait du syndicalisme et plus généralement de la société civile organisée, des acteurs importants de la démocratie.

le syndicalisme une fonction de lobbying…..

Bien sûr, ne soyons pas naïfs, toute organisation qu’elle soit économique, sociale, environnementale, humanitaire… exerce, de par sa fonction une influence sur les décideurs pour faire valoir ses intérêts. Il n’y a aucun problème à cela, au contraire. Dans un monde constitué d’acteurs divers aux intérêts multiples, il est tout à fait logique que chacun fasse valoir ses intérêts auprès des décideurs.

Mais pour que ça contribue à renforcer la démocratie, il y a une première condition : Que cela se fasse dans la transparence. Malheureusement, et un certain nombre d’événement qui émaillent la campagne présidentielle française le montre, la France ne s’illustre pas par la transparence. Daniel LEBEGUE, Président de Transparency international France, dans une interview de l’Hebdomadaire « Le UN » du 22 Avril 2015, regrette l’absence de réglementation sur les Lobbies dans notre Pays, à la différence des autres grandes nations. Mais en France la question est taboue. La négation de l’existence de lobbies fait de la France un pays ou l’action de ces derniers est une des moins transparentes[1]. Dans cet article très intéressant où l’auteur montre comment le monde économique organise le lobbying pour influencer le pouvoir, il trouve que les organisations syndicales sont, quant à elles, assez faibles dans ce domaine.

… Mais pas que

S’il ne s’agit pas de nier la fonction « lobby » du syndicalisme, assurée avec plus ou moins de réussite, il serait tout à fait dommage de le réduire à cela. Le réduire à cela, c’est réduire la confrontation des logiques, des intérêts différents, à une seule action de lobbying en direction des décideurs et notamment de l’Etat, faisant de celui-ci l’arbitre, le seul arbitre entre les lobbies. Ainsi, la défense de l’intérêt général serait du ressort du seul Etat, du fait de ce rôle d’arbitre.

Admettons que ce soit une conception de la démocratie. Encore faudrait-il que tous les lobbies soient logés à la même enseigne. Or comme le dit Daniel LEBEGUE dans son interview déjà cité, « En matière d’équité d’accès aux décideurs publics, la situation est très asymétrique. Il y a ceux qui peuvent passer les portes, qui ont l’expertise, les moyens budgétaires et les autres ».

Non seulement les conditions ne sont pas réunies pour que les lobbies tiennent un rôle central dans le fonctionnement de la démocratie, mais cette approche nie l’importance de la confrontation des différentes logiques entre elles sur des terrains qui leur sont commun et leur apport à la démocratie par la recherche et la construction de compromis.

Si dans le domaine du social, la démocratie se résume à l’action de chacun des lobbies auprès du pouvoir pour que celui-ci décide, il est à craindre que le climat se tende encore plus qu’il ne l’est aujourd’hui. En effet, les décisions qui en ressortent ne peuvent que décevoir. Décevoir tout le monde ou décevoir une des parties qui s’estime perdante. Dans les 2 cas, l’Etat en ressort affaiblit, les corps intermédiaires déresponsabilisés et la décision peu productive de démocratie.

A cette logique de confrontation donnant à l’Etat un rôle d’arbitre, la confrontation entre les logiques entre les intérêts entre eux doit être recherchée et organisée. D’où l’importance, sur les questions sociales, par exemple, des négociations interprofessionnelles et professionnelles pour élaborer des compromis porteurs de solutions pour tous.

Mais pour cela, nous n’avons pas besoin d’un Etat qui arbitre, mais qui créé les conditions de cette confrontation. Ces conditions sont de 2 ordres : Donner le cap, la direction qu’il souhaite voir donner à la confrontation et créer les espaces de celle-ci.

Pourquoi une absence de pensée dans le domaine social ?

Je ne veux faire injure à personne. Mais constater n’est pas faire injure. Je constate donc que les principaux candidats susceptibles d’être président de la république, parmi les candidats républicains, ont tous, de par leur parcours, une vue déformée du rôle des organisations syndicales et plus généralement des corps intermédiaires.

Tous ont été ministres, et tous ont donc été confrontés à la fonction de lobbies d’organisations du monde économique et social, se comportant comme des groupes de pression. Rappelons que dans ce registre, les organisations du monde économique sont plus fortes que les organisations syndicales comme le rappelle Daniel LEBEGUE, ou comme tout syndicaliste ayant eu des responsabilités, peut les constater également. Et les dernières interventions de Pierre Gattaz dans le débat électoral viennent donner quitus à ce constat.

Aucun des candidats n’a eu l’expérience concrète de participation à des négociations interprofessionnelles entre organisations syndicales et organisations patronales avec pour objectif de trouver un compromis. Au-delà de la technicité, la négociation est un temps de mobilisation, d’approfondissement, de confrontation entre projet et de mûrissement progressif des voies du compromis possible. Et parce que ce sont des corps intermédiaires organisés, la démarche de négociation engendre un processus de débat au sein des organisations concernées, participant ainsi à approfondir la démocratie.

Que ces candidats rappellent le rôle de l’Etat et de la puissance publique, en disant que ce ne sont pas aux lobbies de faire la loi, je n’y vois que du positif. Qu’ils en viennent à ne considérer les corps intermédiaires que comme des lobbies, est une grave erreur. Ils ignorent et tiennent pour négligeable la démarche de négociation comme démarche de construction démocratique. Ils ignorent que des conditions de la construction des droits et des devoirs, dépend de la manière dont ils vont vivre dans la société.

Cette vision hémiplégique du rôle des corps intermédiaires est probablement une des raisons qui explique le manque de débat concret sur les voies et les moyens de l’approfondissement de la démocratie dans note pays, en dehors de quelques envolées ou effets de manches des uns ou des autres à l’occasion de meeting. Je remarque même que chez certain candidats, cette absence tranche avec des leçons de démocratie qui sont prodiguées dans le domaine de la construction européenne.

Inutile de préciser que la proposition de passer par ordonnance une réforme du code du travail va à l’encontre d’une conception de la démocratie s’appuyant sur des corps intermédiaires responsables au-delà de leur périmètre de lobbying.

Gaby BONNAND

 

[1] Daniel LEBEGUE : L’incroyable retard de la règlementation française », Le UN 22 Avril 2015

Tag(s) : #Démocratie, #politique, #élection présidentielle

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