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Nous avons été nombreux à ressentir une certaine satisfaction en entendant POUTOU, lors du débat télévisé de mardi dernier, quand il s’en est pris à FILLON et LE PEN, sur les affaires.

Y-a pas de mal à éprouver du plaisir provoqué par une réplique politique bien sentie. Ne soyons pas faux-cul, en faisant mine de dire que ce n’est pas vrai, que c’est de la démagogie, et que ça ne peut être que cela puisqu’il est le candidat d’une organisation d’extrême gauche sans prétention d’ailleurs à devenir président de la république.

Essayons nous-même de sortir du piège de la posture que nous reprochons assez à ceux et celles qui n’en sortent jamais.

N’ayons pas peur, en exprimant une certaine satisfaction d’être suspecté d’avoir été « converti » par POUTOU et son programme, ça n’a rien à voir. Ne confondons pas ressentis, émotions et philosophie politique.

Mais alors pourquoi cette satisfaction? Quand l’écart est trop grand entre le vécu des individus et le comportement de certains responsables politiques, l’incompréhension et le dégoût se transforment en sourdes révoltes.

Alors quand, l’espace de quelques minutes lors d’un débat télévisé, cette sourde révolte s’exprime, elle vient libérer des ressentis et peut-être même des ressentiments qui ne peuvent se transformer qu’en jubilation. Comme une soupape de sécurité, l’expression de POUTOU a libéré des émotions comprimées et contenues chez de nombreux citoyens.

Il ne faut pas confondre cette large satisfaction, voir cette jubilation avec une expression politique et encore moins avec une adhésion au programme de POUTOU.

Cependant, cet évènement doit être analysé autrement que comme une péripétie, autrement que comme une entrave à des règles de bonnes conduites entre gens civilisés.

Cet évènement questionne nos débats démocratiques. Il montre que le débat politique trop policé, est en décalage avec une société violente vécue par de nombreux citoyens:

- Violence de la concurrence qui s’invite jusque dans le rang des demandeurs d’emploi,

- Violence d’un logique l’économie qui jette souvent en dehors des entreprises, des salariés comme s’il s’agissait de simples produits,

- Violence du racisme qui monte les individus les uns contre les autres, des quartiers les uns contre les autres,

- Violence du corporatisme en tout genre qui, pour se protéger, exclu ceux et celles qui n’appartiennent pas à la « caste »,

- Violence des inégalités qui progressent,

- Violence de la richesse étalée au nez et à la barbe de ceux et celles qui n’ont rien ou presque,

- Violence d’une petite délinquance qui germe sur les terres de la relégation sociale et territoriale,

- Violence des guerres qui s’invitent dans notre propre pays,

- Violence….

Il ne s’agit pas de prôner la violence verbale, ni de tomber dans l’apologie de la dénonciation en public. Certainement pas. Par contre Il me semble que le débat politique ne peut ignorer les violences de la société et les raisons de celle-ci. Toute société est traversée par des logiques différentes, elles-mêmes émanent d’intérêts différents qui ne peuvent être qu'en confrontation entre elles.

La négation de ces conflits ne peut que nourrir un sentiment de non reconnaissance, un sentiment d’humiliation de la part de ceux et celles qui sont les perdants de ces confrontations non régulées, dans un rapport de force déséquilibré. Cette situation peut donner le sentiment que le politique est du côté des plus forts.

Rendre visible les conflits c’est parler de la vie réelle des gens. Parler de la vie réelle des gens et parfois de sa violence, ce n’est ni accepter cette violence, ni la traiter en renversant la table. Ce n’est pas non plus désigner comme trop souvent, des responsables qui sont aussi des victimes, ou tenir à l’abri, des intérêts politiques et/ou financiers pourtant impliqués dans cette violence.

Rendre visible ces conflits constitue un élément fondamental pour que le citoyen retrouve confiance aux hommes et aux femmes politiques. En effet en reconnaissant ces conflits en les nommant, en les rendant visibles, l’homme et la femme politique donnent à voir l’intérêt qu’ils ou elles portent aux individus, à leur réalité. Il donne à voir qu’il connait la vie que vivent les citoyens.

Ce n’est certes pas facile, mais plus nous tarderons à entrer véritablement dans cette démarche, plus l’écart se creuser entre le politique et les citoyens, et plus les solutions radicales illusoires et inefficaces prendront de l’importance.

Dans la campagne présidentielle, les programmes et les stratégies qui consistent à nier les conflits comme les programmes et les stratégies qui n’identifient qu’un seul conflit, celui entre la droite et la gauche, ne sont de nature à répondre ni aux angoisses du moment, ni à la nécessaire transformation profonde de notre vie démocratique. Exprimer la violence de la société et le ressentis de ces violences par les individus, est un enjeu majeur pour les progressistes. Construire, approfondir la démocratie, c’est chercher ensemble les lieux et les moyens de dépassement de ces conflits, autrement que par la négation des conflits ou des propositions politiques violentes et destructrices.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #élection présidentielle, #POUTOU, #Conflits, #Violence

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