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Sous le titre « CFDT, un syndicalisme pour l’ère Macron », l’article du journaliste Jean Michel Dumay dans le Monde Diplomatique de Juin 2017, est présenté comme une enquête sur un syndicat qui est passé « de l’idéal autogestionnaire au culte du compromis ».

Loin de moi l’idée d’empêcher quiconque d’exprimer ses opinions. Je suis par contre agacé par le statut donné au texte : « Une Enquête ». Bien souvent quand ce terme est utilisé, c’est pour venir à l’appui d’analyses et montrer le caractère presque scientifique des propos exprimés.

Cet article n’a rien d’une enquête. Ce n’est pas parce qu’un article fait 2 pages ¼ dans « le monde diplomatique » que c’est une enquête. Ce n’est pas parce que l’auteur fait référence à un tas de citations de différents acteurs, que c’est une enquête.

C’est un article d’opinion qu’il faut considérer comme tel. Ni plus, ni moins. L’article que je vais commettre est également un article d’opinion. Ni plus, ni moins.

Cette précision me parait importante car j’en ai ras le bol de ces démonstrations pseudo-scientifiques qui viennent régulièrement faire le procès de la CFDT sur sa soi-disant évolution sociale-libérale.

Je ne conteste à personne le droit de critiquer la CFDT, ses positions, ses évolutions, au contraire, la confrontation est une nécessité. Je conteste, par contre qu’on le fasse en se prévalant d’une science qui n’a de science que le nom.

  • L’auteur minimise la victoire de la CFDT aux élections professionnelles, au motif que seulement 3 salariés sur 10 se sont exprimés. Je ne nie pas le problème posé par ce faible taux de participation. Mais il n’est pas nouveau.
  • Pourquoi convoquer cet argument aujourd’hui et ne pas l’avoir convoqué en 2008, lors des dernières élections Prud’homme ?
  • Est-ce le fait que la CGT devançait à cette époque la CFDT de près de 12 points qui explique cela ? Pourtant à cette élection, moins de 3 salariés sur 10 s’étaient exprimés.

 

  • Pour justifier la « proximité de la CFDT avec les puissants », l’auteur cite Mailly (SG FO) « quand Laurent Berger sera Premier Ministre, Valls pourra être candidat au poste de SG de la CFDT ». L'auteur évoque également la nomination d’Anousheh Karvar ex Secrétaire Nationale à la CFDT, au poste Directrice adjointe du cabinet de Myriam El Khomri.
  • Pourquoi ne mentionne-t-il pas Thierry Lepaon, ex SG de la CGT, nommé en Février 2017, par Valls, Délégué Interministériel à la langue française, ou encore la nomination de Stéphane Lardy, ex secrétaire confédéral FO, à la direction adjointe au cabinet de la nouvelle Ministre du travail ?
  • Cela veut-t-il dire pour l’auteur, quand des responsables CFDT sont nommés à des responsabilités publiques, ce sont des vendus et par contre lorsque des ex-responsables d’autres organisations, ce serait la juste reconnaissance de compétences et de savoir-faire ?

 

  • Pour accréditer l’idée que la CFDT d’aujourd’hui ne cherche qu’à « cogérer le système», l’auteur note que Laurent Berger ne « critique pas le recours aux ordonnances pour la modification du code du travail », laissant entendre que le recours aux ordonnances est un acte antidémocratique.
  • Pourquoi l’auteur ne rappelle pas que la création de la Sécu que tout le monde défend a été créée par ordonnance en 1945, que la baisse de l’âge de la retraite à 60 ans en a été adoptée par ordonnance en 1982, que la 5° semaine de congé a été adoptée par ordonnance en 1982 également… ?
  • Pourquoi ne parle-t-il pas plus des exigences et des propositions de la CFDT?
  • Pourquoi accorde-t-il plus d'importance aux moyens qu'au contenu?

 

  • Pour montrer la dérive ultralibérale de la CFDT, Jean Michel Dumay va chercher des anciens qui se sont toujours opposée à la ligne réformatrice et progressiste de la CFDT. Tel Etienne Adam, ex SG de la CFDT Basse Normandie, connu par les militants CFDT de cette région comme un autocrate dans sa gestion de la région qu’il a d’ailleurs laissé exsangue et qu’il a fallu reconstruire. Ce dernier, du haut de son savoir affirme que la CFDT n’a jamais été réformiste. « Elle ne réforme rien, C’est un syndicalisme d’accompagnement, qui se plie aux règles du jeu libéral où l’enrichissement des uns se fait au prix e l’appauvrissement du grand nombre ».
  • Au service de sa thèse l’auteur va jusqu’à prendre comme preuve des banderoles dans des manifs. Pour lui le fait de voir sur ces dernières « Quand le PS rétablira l’esclavage, la CFDT négociera la longueur des chaines », est une preuve de cette dérive ultralibérale.

 

  • Pour nourrir sa thèse d’une CFDT centralisée, avec une « Conf » toute puissante, l’auteur évoque la mise sous « administration provisoire » d’un syndicat, laissant entendre que la confédération exerce un autoritarisme sans contrôle.
  • Pourquoi, l’auteur ne rappelle-t-il pas que la CFDT a des statuts adopté à une majorité des 2/3 en congrès qui prévoient que tous manquements à ces derniers sont sanctionnés, sous la surveillance d’une commission élue par le Conseil National ?
  • Pourquoi ne parle-t-il pas du service de collecte et de ventilation des cotisations qui empêche à la fois à la confédération et aux syndicats de se servir des cotisations pour exercer du chantage sur les structures, comme on l’a vu dans les pratiques d’organisations CGT dans le conflit de succession de Bernard Thibault ?

 

  • L’auteur, pour démontrer qu’il n’y a aucun lien entre la pensée autogestionnaire des années 70 et la CFDT d’aujourd’hui qui travaille au renforcement de la négociation et du compromis pour faire progresser la société, n’hésite pas à écrire « Ce glissement dans la perception du projet autogestionnaire s’est accompagné de la reconnaissance par le monde cédétiste du fait que deux logiques traversent l’entreprise : celle des salariés et celle des patrons, toutes 2 légitimes à ses yeux. Ne sont plus remis en question ni le capitalisme, ni l’économie de marché. Et adieu la perspective révolutionnaire, dans les fins et dans les moyens ! Il convient d’accepter le monde tel qu’il est pour le transformer par petites touches ». C’est méconnaitre ou ignorer volontairement l’histoire de la CFDT qui a toujours mis au cœur de sa stratégie, la négociation comme démarche de transformation sociale.

 

  • Pour l’auteur, il n’y a plus de pensée à la CFDT. Il trouve même un responsable d’Union Locale CFDT pour l’affirmer, lequel a trouvé refuge à la CGT. Pour l’auteur il semblerait que la seule organisation syndicale qui pense dans ce pays, ce soit la CGT.

27 ans après la chute du mur de Berlin, les attaques contre « l’impureté du compromis » assimilé à la compromission, contre le réformisme assimilé à de la mollesse, contre la négociation assimilée au marchandage, se répandent et trouvent un certain écho. Ces attaques reprennent les arguments déjà entendus dans des périodes lointaines. Les auteurs de ces attaques sont pourtant, et bien qu’ils s’en défendent, les héritiers de ceux qui ont voulu imposer le bonheur au peuple sans le consentement de ceux et celles qui le composent, et n’ont réussi qu’à mettre en place des dictatures sanglantes. Oui, vraiment le sang sèche vite en entrant dans l’histoire.

Bien sûr, nous trouverons dans ce texte des choses intéressantes et des questions qui méritent d’être prises en compte. Mais dans une poubelle, il arrive parfois que l’on trouve des choses à récupérer. Cela ne fait pas, pour autant, de la poubelle une référence pour rechercher des produits de qualité.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Démocratie, #Social-démocratie, #Politique, #Réformisme

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