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En France, et peut être ailleurs aussi, un certain nombre de questions ne peuvent pas être traitées à froid. On tait les problèmes, on les cache. Et ce qui doit arriver, arrive, les choses finissent par sortir. Et le plus souvent sous forme de polémiques et de règlements de comptes politiques. Chaque fois, les extrêmes s’en saisissent pour polémiquer, attiser les rancœurs, les peurs et cibler les responsables des malheurs, pour surtout ne rien proposer tout en faisant croire qu’ils le font. C’est le cas aujourd’hui avec la polémique concernant l’opération boursière réalisée par la Ministre du Travail, Murielle PENICAULT.

Par manque de courage ou par volonté politique, par absence de pensée ou par choix politique, par opportunisme ou par conviction, par négligence coupable ou par détermination, toutes les formations politiques qui ont gouverné et celles qui gouvernent, n’ont pas traité politiquement cette question.

En 2011, un groupe de travail de Terra Nova, que je présidais avec Martin Hirsch, avait planché sur la question et en avait tiré un rapport. Dans celui-ci, nous affirmions que lorsque durant les 20 dernières années, « les 10 % des rémunérations les plus élevées captent trois quarts de l’augmentation de la valeur ajoutée » et que dans le même temps, « la situation relative de 80 % des salariés se détériore », il y a une question de justice sociale qui nécessite d’agir.

Mais nous affirmions également que ce n’est pas qu’une question de justice sociale, qui invite à l’action. Cette situation a des impacts forts sur la dépense publique. A partir d’une situation précise dans laquelle nous constations que pendant que le Patron d’une grande entreprise employant plusieurs centaines de salariés figurait au top des palmarès des rémunérations, de nombreux salariés de cette entreprise avaient une rémunération si faible qu’ils étaient éligibles au RSA complément d’activité pour un montant de l’ordre de 50 à 200 Euros par mois. Cette situation que nous décrivions dans le rapport n’étant pas un cas isolé, nous affirmions « que dans un certain nombre d’entreprises, à masse salariale égale, une meilleure répartition des rémunérations aboutirait à réduire la part des prestations sociales versées aux salariés les plus modestes ».

En conséquence, disions-nous, « si cela ne signifie pas qu’une diminution de la rémunération des plus hauts dirigeants se traduirait automatiquement par un rehaussement des plus faibles rémunération », mais cela montre que « l’explosion des plus hautes rémunérations a des conséquences sur le niveau des dépenses publiques et sur le niveau des déficits publics. Certaines conséquences sont directes, d’autres sont indirectes ».

10 propositions[1] venaient conclure ce rapport structuré autour d’une part de constats faits de situations précises et de statistiques, et d’autre part d’éléments d’analyse et de réflexions collectives du groupe de travail. 

Ce rapport écrit en 2011, n’a donné lieu qu’à très peu de reprise politique directe. Les seuls éléments repris par le politique sont ceux que les partenaires sociaux ont intégrés dans l’accord du 11 Janvier 2013 dans la partie « Information et consultation des IRP » et celles relatives à la représentation des salariés au CA des entreprises.

En clair le politique ne s’est pas saisi de ces questions et elles reviennent comme un boomerang sur la place publique de la plus mauvaise façon et à un mauvais moment.

De la plus mauvaise façon

Comme d’habitude, un sujet sensible non traité comme une démocratie mature devrait le faire, ce sont les extrêmes qui s’en saisissent. Le Pen, Dupont-Aignan d’un côté, Mélenchon, Ruffin et consorts de l’autre se saisissent de l’affaire Pénicaud, pour se présenter comme les chevaliers blancs, des moralistes, voir des justiciers. C’est la plus mauvaise façon de traiter la question de la rémunération des dirigeants d’entreprises. Cette question est une question de fond et pas une question de personnes à mettre à l’index. Les moralisateurs justiciers finissent toujours par engendrer des remèdes pires que le mal. Laissons parler l’histoire pour s’en convaincre.

A un mauvais moment

Nous sommes dans un temps politique difficile marqué par des campagnes présidentielle et législatives qui ont laissé des traces et qui, si elles ne se sont pas conclues par l’arrivée au pouvoir des extrêmes, elles n’ont en rien atténué les fractures multiples de notre société.

Pour ma part je ne souhaite absolument pas que le pouvoir issu des élections échoue. Pour cela il doit être à la hauteur.

Sauf plus amples informations, Muriel Pénicaud n’est pas en cause sur le plan personnel. Elle est comme de nombreux autres dirigeants et cadres dirigeants, acteur d’un système qui même s’il n’est pas juridiquement condamnable, n’en n’est pas moins générateur d’inégalités sociales fortes, sans pour autant montrer sa performance économique.

Ce système doit être réformé.

Ni la demande de démission de Muriel Pénicaud formulée par Dupont-Aignan, ni la même demande à peine dissimulée de la France Insoumise, ni la réponse de Castaner, porte-parole du gouvernement, à une question de la presse[2], ni même la demande de démission de Muriel Pénicaud, en l’état des informations actuelles, ne sont à la hauteur de l’enjeu. Bien au contraire, tout cela ne fait qu’alimenter la diversion.

Construire de vraies réponses à la question très importante de la rémunération des dirigeants et cadres dirigeants, nécessite d’agir sur plusieurs leviers. Il est urgent, pour ne pas laisser ce terrain aux extrêmes, d’être volontariste dans l’action politique. Le gouvernement se grandirait de se saisir très rapidement de cette question et notamment dans la loi sur le code du travail pour faire de la rémunération des dirigeants, un enjeu du dialogue social.

Le rapport réalisé par TERRA NOVA en 2011, donnait un certain  nombre de pistes. Probablement qu’elles nécessitent d’’être actualisées au regard de la situation d’aujourd’hui. Mais les constats n’ont que peu évolué et les analyses et réflexions toujours pertinentes.

L’inaction du gouvernement aurait  2 significations :

Soit il est en accord avec la situation actuelle et le discours de MACRON devant le congrès début Juillet est une nouvelle fois écorné,

Soit il considère que cette affaire ne concerne que Muriel Pénicaud et il se rend coupable de lâcheté envers un de ses ministres.

Gaby BONNAND

 

[1]http://tnova.fr/system/contents/files/000/000/806/original/Rapport_hautes_r_mun_rations_Terra_Nova_-_contribution_n%C2%B0_20_1.pdf?1436947931

[2] Constatant que le cours de l’action avait monté  Christophe Castaner a évité la question par un "finalement Muriel Pénicaud n'a pas fait une bonne affaire",

Tag(s) : #Hautes rémunérations, #Muriel Pénicaud