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Non ce n’est pas le titre d’un article datant de ces derniers mois ou même de ces dernières années. Le Monde titre cet article dans son édition du 31 Mai 1983. C’est en entreprenant un « désherbage »[2] de mes archives que je suis tombé sur cet article et pour tout dire sur plusieurs « revues de presse » effectuées au cours de ces dernières décennies. Parmi celles-ci plusieurs ont trait à la gauche et au Partis Socialiste. J’ai ébauché un regroupement qui m’a fait voyager dans le temps. Comme dans tous les voyages, il faut choisir les lieux de visites. De nombreuses coupures relatant des évènements très ciblés, intéressants au moment des faits, mais sans grands intérêts historiques ont fait les frais de ce « désherbage » qui aère l’espace et ne laisse visible que les monuments et autres sites très instructifs.

Dans l’article cité ci-dessus, Jean-Yves LHOMEAU rappelle que la confrontation entre « la gauche jacobine et productiviste et l’autre gauche « se voulant autogestionnaire », au congrès de Metz en 1979, qui « avait tourné à l’avantage de la première », n’avait pas mis fin au clivage entre les 2 cultures du socialisme français. La confrontation aux réalités, par l’exercice du pouvoir, ravive les tensions qui étaient au cœur des débats lors de la fondation du nouveau Parti Socialiste à Epinay en 1971. Gérard GRUNBERG nous remémore[3]  qu’en 1971 « la prise du contrôle du PS par François MITTERAND au congrès d’Epinay se traduit par une radicalisation anti-social-démocrate » et «  les socialistes arrivent au pouvoir au début des années 80, avec un bagage théorique daté, remontant aux années 30, elles-mêmes héritières d’un XIX° siècle révolutionnaire toujours enchanté, malgré les efforts intellectuels de la deuxième gauche. »[4] , poursuit l’historien Christophe PROCHASSON. Alain BERGOUNIOUX, un autre historien et directeur de « La Revue Socialiste » ne dit pas autre chose dans un article en 2014[5] : «La manière dont le Parti Socialiste s’est reconstruit en 1971, au congrès d’Epinay, a commandé la nature des débats qui ont suivi. Il n’y a pas eu, à proprement parler, de rupture idéologique. Les socialistes au cœur de leur projet, se sont inscrits dans la continuité des années 1960 ». Et l’auteur d’expliquer que François MITTERAND, plutôt que de susciter à partir de l’exercice du pouvoir et notamment des choix fait en 82-83 une « réelle révision idéologique du Parti» restera dans l’ambiguïté, si bien poursuit BERGOUNIOUX « qu’à chaque grande difficulté, les débats ont rebondi au sein du Parti Socialiste pour savoir si l’exercice du pouvoir dans ces nouvelles conditions n’amenait pas une trahison des idéaux »

Christophe PROCHASSON mentionne « les efforts intellectuels de la 2° gauche » qui n’ont pas réussi à inverser une logique historique de refus de la social-démocratie. Refus de s’assumer comme social-démocrate, dénoncé par Michel ROCARD dans un article après l’échec des Ségolène ROYAL à la présidentielle de 2007 « Ce parti récuse toujours les choix progressifs, la démarche des petits pas pourtant acceptée partout ailleurs par les sociaux-démocrates, par le Parti des Socialistes européens donc ».Oui, semble renchérir, Gérard GRUNBERG[6] qui fut le conseiller technique de ROCARD à Matignon « Alors qu’à l’étranger, les échecs des partis sont toujours l’occasion de révisions doctrinales, ceux du PS sont mis sur le compte d’une trahison de la pureté des origines qu’il faut dès lors réaffirmer ». Ainsi, toute politique des petits pas, pratiquée lorsqu’il est au pouvoir, ne peut être valorisée par un PS qui « a la réforme honteuse ».

Quand PROCHASSON parle des efforts intellectuels, il pense probablement à Alain TOURAINE qui n’a cessé depuis plus de 40 de porter un regard aiguisé sur ce Parti Socialiste pour lequel il disait son scepticisme, en 1977, dans une tribune au Matin de Paris[7], « sur la capacité politique du PS de diriger la mutation » de la gauche pour prendre en compte les nouvelles demandes dont les nouveaux mouvements sociaux sont l’expression.

Grand moment de mon voyage, que la visite détaillée de ce monument. Oui il s’agit bien, de mon point de vue, d’un monument tant cette tribune éclaire aujourd’hui les 40 ans qui nous séparent de cette production. Dans celle-ci, très riche et très fouillée sur les transformations et les mutations à l’œuvre dans notre société, Alain Touraine s’inquiète du refus du Parti Socialiste de se définir et de s’assumer comme Social-Démocrate. Pour l’auteur, l’espace médiatique est ainsi laissé au Parti Communiste, pourtant déclinant, non pas par accident mais du fait de la transformation et des mutations profondes de la société où la question ouvrière n’est plus centrale au sens où « les forces de contestation et de révolte ne peuvent plus être identifiées entièrement à la classe ouvrière ». Alain TOURAINE a des mots très durs mais très justes pour critiquer le PC qui cherche à cacher son déclin par un rejet des responsabilités sur le PS, ce qui d’ailleurs nous rappelle des situations très actuelles : « Le PS a pris, dit le PC, un virage à droite ; à ce train, avant la Toussaint, il sera devenu social-traitre et il fêtera Noël à la porte du fascisme ». Dans le même temps, l’auteur évoque sa crainte et son scepticisme sur la capacité politique du PS : « L’hétérogénéité du PS est extrême, sa capacité d’initiative politique faible, et j’ai de la peine , poursuit l’auteur, à voir dans l’accouplement des caciques et des énarques le meilleurs moyen de faire naître une nouvelle démocratie socialiste »

Difficile de ne pas voir que l’histoire lui a, en partie donné raison, ce qui fait de son analyse une référence pour penser l’avenir. D’ailleurs mon itinéraire passera plusieurs fois par Alain TOURAINE. Je le retrouve en 94. Le 17 décembre de cette année-là, il accorde une interview à Ouest-France[8], après le renoncement de Jacques DELORS à la candidature à la présidence de la République. Le journaliste Bernard RICHARD prend pour titre de l’interview, une expression d’Alain TOURAINE en cours d’entretien : « Le PS est mort ». C’est un raccourci de la pensée développée par le sociologue qui vise par cette expression, la « gauche Mitterrandiste, de type traditionnaliste, qui se réfère au passé et pas du tout aux problèmes du présent et de l’avenir ». Pour l’auteur, ce PS est mort en 1983 et il ne « survit que par des discours et dans l’appareil du pouvoir ». Mais quand on s’arrête sur ce que dit l’intellectuel Français, on ne fait pas le voyage pour rien. Ceux et celles qui n’étaient venu que pour bouffer du PS, en sont pour leur frais car il ne se contente pas de critiquer les partis, mais interroge les citoyens, donc nous tous, dans notre capacité collective à comprendre les évolutions du monde. Pour lui, le retrait de DELORS signifie justement un renfermement de la société et des citoyens sur leurs préoccupations : « DELORS veut donner la priorité à la réinsertion ». Pendant ce temps, les gens du secteur productif eux, veulent « le redressement économique et donc l’amélioration des salaires et les fonctionnaires, la protection de leur statut ». En fait si DELORS renonce c’est parce qu’il sait qu’il ne pourra certes pas avoir de majorité politique mais surtout pas de majorité citoyenne dans un pays « dominé par l’idée qu’il faut protéger et améliorer la situation de 80% de la population, même si cela doit être fait en laissent couler 20%.

Pas tendre avec un PS qui survit artificiellement par un François MITTERRAND qui « a été amené à s’appuyer sur les formes les plus archaïques, les plus traditionnelles, sur un mélange d’ouvriérisme, d’étatisme… en contradiction avec l’évolution du monde », TOURAINE fait de la prospective, et au regard de ce qui s’est passé en 2017, on pourrait presque parler de prophétie : « Il n’y aura pas de recomposition, mais une recréation ou un bouleversement. Soit la création d’un nouveau parti, soit une OPA complète sur le PS » et de conclure « C’est inscrit dans la logique de l’évolution à court terme ».

Dans le voyage qui se poursuit, on découvrira que la gauche est revenue au pouvoir plus tôt que ne laissait prévoir le calendrier politique en décembre 94 dans lequel était inscrit l’échec de la gauche à la présidentielle de 95. Suite au retrait de DELORS, la campagne au sein du PS pour la candidature à la candidature, avait fait ressurgir la confrontation entre « les 2 cultures du socialisme Français »[9]. En Mélangeant postures et débats de fond, la victoire de JOSPIN sur EMMANUELLI ne permettant pas de clarifier le positionnement du Parti « même si Lionel JOSIN a retenu quelques-unes des leçon du rocardisme », n’a pas endigué la logique de l’échec.

Mais les bouleversements envisagés par TOURAINE, prendront plus de temps, tout de même, car les hasards de la politique aidés par quelques opportunistes de droite faisant de la politique comme on joue au Poker ont permis au PS de revenir aux affaires, seulement 2 ans après la victoire  de CHIRAC à la Présidence de la République. Alors que l’auteur considérant improbable la victoire à la présidentielle de 1995, pensait lors de l’interview, que le PS « avait sept ans pour se retourner et mettre fin à l’acharnement thérapeutique entretenu par MITTERRAND », l’histoire en a décidé autrement et « la dissolution de 1997 et l’étrange victoire  de la gauche qui s’en suivit ne le permirent pas »[10].

Il faudra donc 23 ans pour que les perspectives envisagées par Alain TOURAINE, en décembre 94, se transforment en véritables prophétie, avec l’émergence d’un nouveau Parti, « ni de droite ni de gauche » « La République En Marche » et l’effondrement du PS dont le candidat à l’élection n’atteindre pas les 7% des suffrages. 23 ans qui se sont terminés comme l’on sait pour la gauche et François HOLLANDE, arrivé au pouvoir sans une meilleure préparation que les précédentes élections présidentielles[11]. 23 ans marqués par 5 ans de gouvernement JOSPIN, l’humiliation de 2002 avec l’absence de candidats socialiste au second tour, un sursaut en 2007 avec la candidature de Ségolène ROYAL dont jean VIARD[12] dit qu’elle a « su ouvrir la bonne porte au bon moment devant la rumination lente de vieux crédo socialistes non seulement usés mais inopérants…, » mais qui se casse les dents sur un « PS qui a peu repensé son idée de l’Etat dans une société hyper technologique et fluide…, » et qui plus est, ajoute Pierre ROSANVALLON, autre intellectuel de la 2° gauche, affirme «sa préférence permanente pour une posture rhétorique au détriment d’une critique sociale effective[13] ». Ainsi, il laisse le champ libre « à l’ultralibéralisme pour réguler le monde sur des logiques financières à courte vue[14] ».

 « Il faut bien le reconnaitre, dit PROCHASSON[15], depuis trois ou quatre décennies, le travail de compréhension du monde » et d’élaboration « de convictions par le truchement d’une éducation aux savoirs les plus neufs a été pour le moins négligé ». Et de poursuivre « Ni le parti Socialiste, enlisé dans d’antiques querelles personnelles, ni les intellectuels, de plus en plus repliés sur eux-mêmes ou dérivant vers le conservatisme, ne furent à même de mener une refondation unanimement souhaitée, mais demeurée à l’état d’un pur élément de langage ».

Le travail est donc immense, pour cette rénovation ou refondation d’une gauche qui se distinguera d’une droite non pas par les clivages anciens, comme le disait déjà TOURAINE en 1994, parlant «  de grande confusion »[16]et appelant la société à ne pas « attendre de la politique la solution à ses problèmes, mais « attendre d’elle-même les solutions de la politique ».

Vaste programme ou chacun doit trouver sa place. Si je suis animé par un profond envi de trouver la mienne, je m’interroge beaucoup aujourd’hui, sur les voies à emprunter.

 

Gaby BONNAND

 

 

[1] « La convention nationale du PS. La gauche et la logique de l’échec » Jean Yves LHOMEAU Le Monde 31 Mai 1983

[2] Terme employé pour caractériser le tri de livres dans les bibliothèques

[3] « Le PS attribue ses échecs à la trahison de la pureté doctrinale » Le Monde de l’Economie14 Novembre 2006 Gérard GRUNBERG DG adjoint de Science Po

[4] « Le socialisme est avant tout une idée » Libération 27 Juin 2017 Christophe PROCHASSON, Historien, Directeur d’étude à l’EHESS

[5] Alain BERGOUNIOUX, « La seule rupture historique du PS, c’est celle de 1982-1983 Le Monde 6 Septembre 2014

[6] Déjà Cité

[7] Un Accident ? Non une mutation Le Matin de Paris 12 Octobre 1977 Alain TOURAINE

[8] Alain TOURAINE : « Le PS est mort » OF 17-12-1994

[9] Les deux cultures du socialisme français, Le Monde 1 Février 1995, Thomas FERENCZI

[10] Christophe PROCHASSON déjà cité

[11] Christophe PROCHASSON déjà cité

[12] Une attente du centre gauche, Libé 13 Mars 2007 Jean VIARD

[13] « Depuis les années 60, la Social-Démocratie n’est plus une idée neuve », Libération 24 Juin 2007, Pierre ROSANVALLON

[14] Jean VIARD, déjà cité

[15] Déjà Cité

[16] Alain TOURAINE OF 1994 déjà cité

Tag(s) : #Politique, #Démocratie, #Parti socialiste, #Gauche

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