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Il y a quelques jours sur la Cinq à l’émission de Karim RISSOULI[1], les interventions d’Alain TOURAINE m’ont éclairé sur la complexité de la situation dans laquelle nous nous trouvons, en France et plus généralement dans le Monde et l’Europe et sur la situation socioéconomique confuse créée par les ordonnances.

De partout, nous dit le sociologue, « les partis traditionnels se sont écroulés ». A l’échelle du monde occidental, poursuit-il « la seule force organisée avec une capacité d’action est le grand capitalisme financier international… et cette situation est profondément dangereuse ».

Devant cette situation qui touche tous les pays, les réponses des citoyens, dans les rendez-vous électoraux, ont été différentes. MACRON, a été élu en développant une conception politique faisant une large place à la coopération et l’action internationale et en premier lieu européenne, « en créant les conditions d’une nouvelle alliance France - Allemagne », pour penser les voies politiques d’avenir, contrairement aux ressorts « nationalistes » qui ont conduit TRUMP à la présidence des états Unis ou les pro-Brexit au pouvoir au Royaume-Unis.

Les discours tenus par TRUMP et MACRON hier 19 Septembre à la tribune de l’ONU donnent à voir cette opposition entre les 2 approches pour faire face à la dangerosité du monde et au-delà, montrent la profonde différence entre les ressorts qui ont conduit l’un et l’autre au pouvoir.

Dans le même temps, dit Touraine « MACRON n’a pas encore pris sa place sur les problèmes internes de la société français… et son démarrage sur le plan économique et social n’est pas bon»

Mais pour le sociologue, la question est moins de savoir si MACRON est de gauche ou de droite, dans une monde où tout s’est écroulé, où les partis n’existent plus nulle part, que de regarder comment on crée les conditions pour redonner du pouvoir syndical, car dit-il, « la méthode pour recréer de l’emploi en France c’est de recréer du pouvoir syndical ».

Cette formule peut paraître lapidaire mais me semble très juste. Quand on rapproche ce propos de celui de son constat que la seule force organisée est « le grand capitalisme financier international », et de sa proposition de renforcer le pouvoir syndical dans l’entreprise par sa présence « dans les organismes de décisions et de négociations », on voit bien que l’urgence est de redonner les conditions d’une confrontation des logiques dans des espaces fait pour cela et dont l’objectif est de construire des compromis, dans l’entreprise comme dans les territoires.

Ce propos de TOURAINE, dans une période confuse, dans un moment où il n’est pas simple d’échapper aux débats binaires et caricaturaux « Pro ou anti Macron », dans un moment où ceux qui veulent échapper à cette logique suicidaire d’un débat tronqué se trouvent être incompris des uns et des autres, le recul de TOURAINE fait du bien. Par ailleurs, il vient appuyer l’analyse de la CFDT qui voit dans la réforme sur le code du travail une occasion ratée, car pour le Secrétaire Général de la CFDT, Laurent BERGER, « cette réforme était une occasion d’avancer vers la codécision dans l’entreprise ou le renforcement de la présence de représentants des salariés dans les conseils d’administration… Nous avons le sentiment que l’on reconnait la présence syndicale à minima sans lui donner les moyens de se déployer»[2].

Là est bien la question comme viennent de le rappeler l’UNSA, la CFTC et la CFDT dans une tribune commune aux échos[3]., dans laquelle les Secrétaires Généraux des 3 organisations rappellent que le rééquilibrage des relations sociales, "est une question de justice sociale autant que d’efficacité économique… Non, le dialogue social, la négociation collective ne sont ni un coût à réduire ni du temps perdu. Nous sommes persuadés que le dialogue social est un constituant essentiel du bien-être des salariés et de la performance économique d’une entreprise. » 

Si aucune place n’est acquise, qu’il faut faire la preuve de son utilité, il est de la responsabilité du politique, de permettre que la place de chacun soit possible.

Si le terrain de l’action pour s’attaquer « aux inégalités contemporaines qu’un capitalisme déréglé s’est mis à produire »[4] , est mondial et européen, l’action nationale et la manière dont elle est conduite est déterminante pour engranger des résultats.

Quand bien même un responsable politique, qui plus est Président de la République trace les orientations avec lesquelles on peut se sentir en phase, il est difficile de considérer que ce dernier puisse progresser dans ses objectifs sans prendre en compte et s'appuyer sur la société civile et ses représentants, notamment ceux qui ont bien avant lui, travaillé à la rénovation de la démocratie dans notre pays.

Il ne s’agit pas de vouloir que la loi définisse la place de chacun, il s’agit simplement d’exiger du Politique qu’il crée les conditions pour que chacun trouve sa place.

De ce point de vue, ni les ordonnances, ni la manière dont MACRON et son gouvernent traitent certains corps intermédiaires, ne créent les conditions de renforcer des forces capables de faire face aux exigences « d'un capitalisme financier international » dominateur, auquel fait référence TOURAINE

Gaby BONNAND

 

[1] Alain TOURAINE Emission « C Pol le débat » 11 Septembre 2017

[2] Le Monde 30 Août 2017

[3] https://www.lesechos.fr/idees-debats/cercle/030578877721-reforme-du-travail-le-compte-ny-est-pas-2115415.php

[4] Discours MACRON 19 Septembre ONU 2017

Tag(s) : #Macron, #Ordonnances, #Démocratie, #Syndicalisme

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