Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Dans une tribune au Monde[1], consacrée à la réussite des réformes dans l'histoire de notre pays, Jean Noël JEANNENEY, différencie "les réformes qui résultent d'un processus de longue durée et celles réalisées à vive allure".
Dans la première catégorie il note les grandes réformes d'avant 1914, notamment sur la liberté de la presse, la séparation des Eglises et de l'Etat, le divorce, l’impôt progressif… Toutes ont en commun, deux caractéristiques :

  • Elles se déroulent dans une période politique marquée par « la primauté des assemblées sur le pouvoir exécutif »
  • Elles ont été « arrachées par les gauches à des droites hostiles ».

Concernant les autres réformes, celles conduites « à vive allure », si elles peuvent s'expliquer par la présidentialisation des institutions voulue, par la constitution de 58, elles ne datent pas pour autant de cette  date.

Le point commun des réformes menées "à vive allure", nous dit JEANNENEY, c'est qu'elles ont été mise en œuvre par "des gouvernements qu'on appelait jadis de concentration. Il ne s'agit plus d'un affrontement bloc contre bloc, du mouvement contre l'ordre établi, mais d'une politique imposée aux extrêmes par les centres".
Par, ce type de réformes, il s'agit pour JEANNENEY, de très rapidement "enraciner l'essentiel, avant que ne réapparaisse le binôme droite-gauche dont persistent les puissants ressorts".

L'objet de l'article de JEANNENEY est de donner à voir que les réformes, qu'elles soient le résultat d'un long processus ou le résultat d'actions brusques, toutes pour être concrétisées, doivent avoir été préparées « par une lente maturation des esprits ».

Quelques réflexions sur la situation d’aujourd’hui
Au-delà de l'intérêt du regard que porte  JEANNENEY sur l'histoire, sa tribune a retenu mon attention pour 3 raisons qui me suggèrent plusieurs  questions relatives à l’actualité politique du moment.

  • Premièrement, les résultats d'élections ne sont pas toujours le résultat d'un rapport de force entre 2 blocs bien identifiés: "droite-gauche" ou du "mouvement contre l'ordre établi".
  • Deuxièmement, les oppositions "droite gauche" qui peuvent apparaître dépassées ou moins pertinentes à des périodes données ont de puissants ressorts et peuvent rebondir.
  • Troisièmement, un affaiblissement momentané des forces de gauche et de droite, laisse la place aux extrêmes. Dans le même temps, cet affaiblissement sert un centre qui puise des ressources dans les 2 camps. Ainsi il peut permettre de faire échapper le pays aux extrêmes et peut mettre en œuvre des réformes, qui même menées à vive allure, doivent être des réformes pour lesquelles les esprits sont préparés.

De ces réflexions, plusieurs questions:

  • La victoire de MACRON est-elle le résultat d'un effondrement momentané d’une opposition droite gauche?

Personnellement je pense que si cette opposition ne peut à elle seule expliquer le monde pour penser l'avenir, elle reste un élément important pour structurer le débat politique et démocratique. De ce point de vue, je ne crois absolument pas que la victoire de Macron signe l’enterrement d’une force de gauche réformatrice et progressiste. Cette perspective n’est pas théorique. Des ressorts pour la construire sont nombreux dans le pays, à conditions que ceux-ci s’émancipent de ce qui a conduit la gauche à la déroute. 

  • La victoire de Macron est-elle une victoire d'un centre, empêchant l'arrivée des extrêmes au pouvoir, tout en permettant la mise en œuvre de réformes auxquelles les esprits sont préparés, en attendant le retour du binôme gauche- droite?

La victoire de MACRON est sans conteste la victoire d'un centre qui a permis au pays d'échapper aux extrêmes. Et c'est de ce point de vue une victoire utile à la démocratie. Dans l’état du pays et des offres politiques en présence, ceux et celles qui n’ont pas fait cette analyse au moment des élections se sont fourvoyés.
Quant à savoir si les français sont préparés aux réformes conduites "à vive allure" par Macron et son gouvernement, il est trop tôt pour le dire.

Ceci étant, je pense pouvoir dire que la hausse de la CSG pour une grande partie des retraités, comme le développement de la négociation d’entreprise, sont des questions qui ont largement muries et ont l’assentiment d’une grande majorité des citoyens.

Cependant, la manière dont Macron et son gouvernement s’y sont pris, pourrait bien avoir tué l’espoir d’avancer sur ces questions de manière apaisée. La question mérite d’être posée au regard de la réforme du code du travail ou des premières mesures fiscales. Emmanuel MACRON n’aurait-il pas confondu l’appétence de plus en plus grande des français pour des changements par le compromis, avec leur distance de plus en plus grande, elle aussi, avec une approche politique structurée uniquement par une opposition droite/gauche ?

Ces 2 éléments qui caractérisent l’approche de la chose publique de la part des français aujourd’hui, n’ont pourtant rien à voir. Le premier correspond à un désir de compromis de plus en plus important comme moyens de faire progresser la société, même si ce désir n’apparaît que faiblement, masqué par le bruit de ceux qui, minoritaires, veulent renverser la table. L’autre est révélateur d’un écart de plus en plus grand entre les réalités économiques et sociales et les réponses politiques proposées par les partis traditionnels de droite et de gauche.

Une grande majorité de salariés et des organisations qui les représentent, sont prêts pour d'avantage de dialogue social au plus près des réalités que sont les entreprises.

Un nombre très important de retraités sont prêts à contribuer d’avantage à la solidarité, notamment par une augmentation de la CSG.

Si les esprits sont prêts pour ses évolutions, ils le veulent dans le cadre de réformes équilibrées.

Même si l’analyse des réformes doit se faire dans la durée, pour discerner,  si au total, ces dernières constituent un compromis entre les différents intérêts  de ceux et celles qui constituent la société, les premières réformes auxquelles je fais référence plus haut, ne reposent pas sur un compromis apparent. La réforme du code du travail répond d’avantage, au tapage idéologique et médiatique du MEDEF, les mesures fiscales, à une conception économique dite « du ruissellement » qui depuis plusieurs décennies a montré son inefficacité économique et sa contribution à l’augmentation des inégalités, comme le rappelait Daniel COHEN sur les ondes de France Inter Vendredi matin.

  • L’élection de MACRON et l’émergence du mouvement LREM, sont-elles révélatrices d’un profond besoin de changement et le socle d’un renouveau ou d’une refondation politique ?

Sans hésiter, la victoire de MACRON et celle de LREM sont révélatrices d’un profond besoin de changement de la part des français.
Quant au socle que cela constituerait pour refonder la vie politique, je reste plus que dubitatif.

C'est de l'action et de la mobilisation des citoyens pour une plus grande  prise en compte de leurs besoins et intérêts au travail comme dans la société,  que se régénérera une dynamique sociale de nature à renouveler une dynamique politique.
De ce point de vue, la tribune de JEANNENEY, mis en miroir de la situation d’aujourd’hui, me suggère plutôt que l'élection de MACRON est d'avantage le produit d'un effondrement temporaire d'une confrontation droite-gauche,  (car les bases sur lesquelles se fait cette confrontation, ne répondent pas aux  réalités sociales et économiques  d'aujourd'hui), que le signe d'un renouvellement politique.
Notre pays a déjà connu ce type de situation de nombreuses fois depuis la Révolution, même si les raisons de l'effondrement de la confrontation droite-gauche ne sont jamais les mêmes.

L'avenir n'est pas écrit
Cela ne condamne pas pour autant MACRON qui, s’il en a "la lucidité et la pédagogie", corrigera par d’autres réformes, les déséquilibres engendrés par les premières. Ainsi pourrait-on espérer que les réformes du quinquennat soient utiles à la démocratie et au renouveau politique, comme l'ont été les réformes de GISCARD sur la majorité à 18 ans et l’IVG, entre autre. Mais ceci reste à écrire, et la première séquence ne montre pas cela.

Gaby BONNAND

 

[1] Le Monde 27 Septembre 2017

Tag(s) : #Macron, #Réformes, #Politique, #JEANNENEY, #Daniel COHEN

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :