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Je viens de terminer le livre de Philippe Frémeaux, « Après Macron ». Ce texte n’a pour objet d’en faire ni la critique, ni la synthèse, mais je voudrais reprendre quelques lignes de ce livre qui me semblent concentrer à la fois les raisons de l’échec de la gauche et les ressorts d’un renouvellement d’une force politique sociale et progressiste.

Ces lignes sont en pages 98 et 99 du livre cité plus haut. :

« Nos démocraties modernes sont devenues des machines à décevoir, et ce d’autant plus que les enjeux actuels imposent précisément d’engager de profondes réformes. Mais ce qui déçoit légitimement les uns et les autres est aussi un symptôme de la forte résilience de l’ordre social. Pour le pire – comme en témoigne la persistance du chômage de masse ou le retard pris à s’engager dans la transition écologique – pour le meilleur aussi : c’est ainsi que dans notre société ouverte aux vents de la mondialisation et à la mobilité du capital, après 30 ans de révolution néo-libérale, nous continuons bon an mal an à consacrer plus de la moitié du PIB aux dépenses publiques et sociales, grâce à la résistance du corps social ».

Concernant la première partie de ce passage, je crois pouvoir dire, sans me tromper, qu’il y a un large consensus pour dire que la gauche a largement pris sa part dans la fabrique de la machine à décevoir. Ceci étant, je ne suis pas certain qu’il y ait consensus par contre, pour en expliquer les raisons.

Pour les uns, cette machine à décevoir s’est fabriquée dans l’exercice du pouvoir de la gauche, par l’inapplication des promesses faites durant les campagnes électorales. Et le  premier renoncement se situe, pour eux, en 1983 au moment de qui a été appelé le tournant de la rigueur. Pour les tenants de cette explication, 1983 est non seulement un renoncement mais une trahison.

Pour d’autres dans lesquels je me situe, cette machine à décevoir se fabrique d’abord dans l’élaboration des propositions qui vont constituer le programme gouvernemental. Depuis 1981, date du retour de la gauche au pouvoir et aujourd’hui, la gauche qui a exercé le pouvoir central n’a pas été capable de préparer ces échéances avec des propositions issues d’une analyse sérieuse des réalités et des défis à affronter.

Bien sûr le monde n’est pas binaire et c’est probablement plus nuancé. Mais je veux mettre l’accent sur cette césure au sein de ce qu’on appelle probablement improprement la gauche, qui pour moi est fondamentale.

  • Les courants de la gauche qui mettent l’accent sur les renoncements dans l’exercice du pouvoir pour expliquer la machine à décevoir, sont des courants qui historiquement ont été irrigués par le marxisme qui, en France a façonné une conception de la transformation sociale reposant sur des concepts tirés de l’analyse de Marx et devant s’appliquer à la réalité. Les programmes de transformations doivent répondre à ces concepts. L’inapplication des programmes n’invalident pas les concepts mais sont l’expression de la trahison des gouvernants. Au fil du temps cette gauche, même après le déclin du PCF, n’a jamais été capable de s’émanciper de cette façon de penser et  préfère toujours s’inventer un monde idéal pour essayer de le faire entrer dans la réalité sans penser le chemin pour y parvenir.
     
  • Les courants de la gauche qui mettent l’accent sur l’élaboration des programmes sans analyses sérieuses des réalités, pour expliquer la machine à décevoir, sont issus d’autres écoles de pensée que celle du marxisme, même si celle-ci n’était pas absente de ces écoles de pensée que Hamon et Rotman ont appelé « Deuxième gauche  On ne transforme que ce que l’on connait et il est possible de conduire des transformations en y donnant du sens si on s’appuie sur des corps intermédiaires représentatifs de la société civile. Ne pas se donner les moyens de faire des propositions qui allient prise en compte de la réalité, définition d’un cap et moyens pour y parvenir, est la meilleure façon d’alimenter la machine à décevoir. Mais cette gauche n’a que rarement été aux responsabilités si on excepte les 3 ans durant lesquels Rocard a été Premier Ministre, avec tous les boulets que Mitterrand lui avait mis aux pieds.

Ces 2 façons de penser à gauche, ne sont pas nouvelles. Elles ont nourri les débats depuis des décennies Jaurès/Guesde ; Cachin-Frossard/Blum ; Thorez/Blum ; Marchais/Mitterrand. Mais la victoire de Mitterrand sur un parti communiste en déclin depuis des années, n’a pas mis fin totalement à ce débat comme l’a illustrée l’opposition Mitterrand/Rocard durant 3 décennies. 3 décennies au cours desquelles la gauche Mitterrandienne aura eu raison de la gauche Rocardienne, tuant du même coup toutes initiatives pour régénérer une pensée de transformation sociale, réformatrice et progressiste. Et cette gauche a fini par se perdre dans une non-préparation totale de l’échéance de 2012 et une pratique du pouvoir durant 5 ans dont le fil conducteur le plus visible a été l’opportunisme.

La disparition de ce que l’on a appelé « Deuxième gauche » de l’espace politique, n’a pas pour autant signifié la disparition de forces sociales, réformatrices et progressistes de l’espace public. Si je peux constater avec Philippe Frémeaux  que « …dans notre société ouverte aux vents de la mondialisation et à la mobilité du capital, après 30 ans de révolution néo-libérale, nous continuons bon an mal an à consacrer plus de la moitié du PIB aux dépenses publiques et sociales », je ne dirais pas tout à fait comme lui que c’est « grâce à la résistance du corps social ». Durant cette période, les forces sociales dont je parle plus haut, ne se sont pas contenter de résister.

Dans un contexte de rapport de force défavorable, ces forces ont essayé de renouveler une action et une pensée de la transformation sociale. Elles ont été qualifiées de forces accompagnatrices du néolibéralisme par ce qui reste des forces communistes et activistes, auxquelles se sont souvent joint les tenants de la vielle gauche non communiste, surtout quand celle-ci était dans l’opposition.

L’attitude de cette gauche, s’opposant de manière radicale quand elle est dans l’opposition,  et gouvernant de manière opportuniste lorsqu’elle est au pouvoir, a non seulement alimenté la machine à décevoir mais a empêché de rendre lisible, intelligible l’action progressiste et porteuses de sens des forces sociales et réformatrices qui sont des acteurs majeurs du résultat que nous pouvons afficher, après plus de 30 ans de révolution néolibérales.

Même si je sais que la volonté de Philippe Frémeaux n'est pas d'occulter l'action des forces sociales réformatrices, en ne mettant en avant seulement l’action de résistance, non seulement , il y a risque de minimiser l’action constructive , mais il y a risque également de minimiser la place des corps intermédiaires dans les processus de transformation sociale. Par ailleurs ce regard porte en lui le risque de ne considérer cette action « constructive » uniquement comme une simple action visant limiter les dégâts dans le droit fil de l’analyse communiste opposant l’action radicale et révolutionnaire considérée comme pure et juste à un réformisme qui ne peut être que tiède et opportuniste.   

Il ne s’agit pas de nier les effets désastreux du néolibéralisme durant cette période, notamment dans le domaine de l’emploi, du travail et des inégalités, mais à ne considérer les résultats que nous pouvons afficher aujourd’hui que comme une conséquence d’une résistance et non pas, comme le fruit aussi d’une action et d’une pensée renouvelées de la transformation sociale, c’est se fermer des portes pour penser la reconstruction d’une alternative qui nécessite de changer de regard, d’autre diront de paradigme,  sur l’action réformatrice de transformation sociale.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Après Macron, #Démocratie, #Politique, #Frémeaux

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