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On peut se demander si effectivement Emmanuel Macron n’a pas choisi de se satisfaire d’une opposition radicale. Je mettrais la question de Notre Dame des landes à part. En effet sur ce dossier, il y a longtemps que les radicaux ont pris le pouvoir et il serait mal venu de reprocher à Macron de l’avoir structurer ou renforcer.
Ce dossier mis à part, De nombreux éléments convergent pour laisser penser qu’Emmanuel Macron  a choisi de gouverner en « privilégiant » les oppositions radicales.

Dans sa réforme  du code du travail par ordonnance, si on peut reconnaitre que Macron ait procéder à des consultations, il a fait le choix de ne pas prendre compte des propositions faites par les organisations syndicales réformistes.

Sur la question de l’assurance chômage, il a fallu toute l’énergie et la ténacité d’organisations syndicales et patronales pour faire reculer le gouvernement sur une réforme qui aurait pu conduire à une réduction des droits des chômeurs. A ce jour nous ne savons pas encore ce que va faire le gouvernement de cet accord négocié entre organisations syndicales et patronales, tenté qu’il est de remettre en cause la place des organisations syndicales et patronales dans la gestion de ce dispositif.

Dans le domaine de la formation professionnelle, je sais très bien qu’il y a du ménage à faire. Mais faire comme si la formation professionnelle était la vache à lait des organisations syndicales, et prendre le parti de se passer des corps intermédiaires pour réformer ce grand système, est aussi un signe d’une conception verticales des réformes, sans y associer la société civile organisée qui structure et organise la société et plus généralement la démocratie.

Avec la réforme de la SNCF et de la Fonction Publique, le gouvernement va plus loin. Il ne fait pas qu’ignorer les corps intermédiaires, il discrédite ceux d’entre eux qui se sont engagées fermement depuis des années, dans une démarche de transformation sociale négociée, en tournant le dos d’une part à une vision binaire de la société, et d’autre part à une conception des corps intermédiaires considérés comme de purs lobbys. 

Je suis bien conscient de la faiblesse des corps intermédiaires, et notamment des organisations syndicales, mais penser qu’on puisse réformer le pays sans y associer les organisations représentatives, paraît incompréhensible.

Je dis « parait incompréhensible », car on peut émettre des hypothèses pour expliquer cette orientation politique.

Pour ma part, je vois dans cette orientation une explication possible :

Premièrement, le gouvernement et la majorité parlementaire considèrent que les corps intermédiaires sont faibles, que la réforme est avant tout une question politique qui s’impose plus qu’elle se négocie, d’autant que la grande majorité des parlementaires de LREM n’a aucune culture de la démocratie sociale.

Deuxièmement, prendre en compte ceux éventuellement qui seraient capables de négocier prendrait un temps très long pour un effet incertain à échelle du mandat.

Troisièmement, le gouvernement fait le pari dans ce contexte, d’ignorer voire d’humilier ces derniers pour, par son discours et ses pratiques, favoriser les organisations les plus radicales qui se discréditent auprès de l’opinion par les caricatures qu’elles renvoient d’elles-mêmes.

Cette pratique peut être exaltante pour des gens de pouvoir, comme on a pu le voir dans l’intervention d’Emmanuel Macron devant Plenel et Bourdin.

Le débat de dimanche soir, car il s’agit bien d’un débat, se situe dans la même logique de privilégier l’opposition radicale.  En effet ce débat a été accepté par Macron car il savait que Plenel et Bourdin ne se situeraient pas comme des journalistes, mais comme des commentateurs politiques à la limite même de posture relevant d’une responsabilité de chefs de Partis.

De ce point de vue Macron a gagné. Plenel et Bourdin se sont vautrés, l’un se prenant pour le porte-parole de la France insoumise, l’autre pour le porte-parole de la droite la plus réactionnaire. Ils ont été de très mauvais journalistes et piètres politiques, connaissant à peine leurs dossiers, se faisant renvoyer dans leurs cordes par un Macron affûté sur tous ces dossiers. Plenel et Bourdin ont été à la hauteur de ce qu’attendait d’eux, Macron.

Ce débat ne grandit pas la presse. Car en effet il y avait beaucoup de questions à poser à Macron notamment sur sa façon de gouverner. Mais Plenel et Bourdin ont surtout voulu défendre leurs idées, voir leur programmes, oubliant au passage qu’il y avait eu une élection et que nous n’étions pas en campagne électorale.

Ce n’est pas ce que nous attendons des journalistes. 

Au terme de ce débat, la déception est grande :

  • Macron n’a pas du tout été interrogé sur sa manière de gouverner, sur sa manière de conduire les réformes.
  • Le journalisme a perdu de sa pertinence.
  • Macron est sorti vainqueur contre les 2 oppositions radicales qu’il privilégie dans le débat public depuis qu’il est au pouvoir.
  • La démocratie est abimée par ce genre de débat, car il discrédite tout désaccord avec la politique conduite, renvoyant dos à dos les « pro et les anti-Macron ».

Attention cette stratégie du pouvoir qui conduit à faire la part belle aux oppositions les plus radicales dans la vie politique syndicale et journalistique minoritaires dans la société française, dans le but de mieux faire passer des réformes sans impliquer les corps intermédiaires est dangereuse.

Elle peut être grisante, elle peut même donner des résultats vendables en fin de mandat. Mais elle est destructrice de la vitalité démocratique. Alors que nous avons jamais eu autant besoins dans une société complexe et beaucoup trop stratifiée, de corps intermédiaires qui prennent part aux transformations sociales et sociétales pour construire, renforcer les liens sociaux, combattre les inégalités, par sa stratégie, le gouvernement les ignore.

C’est une grave erreur

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Macron, #Démocratie sociale, #politique

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