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Nous entrons dans la période de « célébration » du premier anniversaire de l'élection d'Emmanuel Macron à la présidence de la République. 

Les commentaires vont bon train. Et encore une fois, la comparaison entre l'exercice du pouvoir de Macron comme président de la République et l'exercice du pouvoir d'un chef d'entreprise, fait florès.

Ce qui m'inquiète ce sont moins les commentaires, même les plus loufoques,  qu'une certaine justesse de ces commentaires.

Les entreprises ont mis le client au centre de leur stratégie pour répondre à leurs besoins. En politique le citoyen doit être au centre des programmes et des actions politiques pour que celles-ci  répondent à leurs besoins. C’est la rengaine qu’un certain nombre d’observateurs diffusent.

Pour étayer cette dernière, ils font appel à différents experts, comme par exemple des responsables d'écoles de commerce, comme celui interviewé  sur France 2 ce dimanche soir au journal de 20h. Il nous raconte une histoire du style : «  Il faut que la politique se débarrasse de l'idéologie comme dans les affaires. C'est l'action qui compte et de ce point de vue–là, il y a un certain rapprochement entre ce que nous enseignons et l’action politique d’Emmanuel Macron ».

Le problème c'est que cette comparaison semble naturelle. Comme ce dimanche soir sur France 2, aucun éclairage pour prendre un peu de  recul sur la comparaison. Le téléspectateur se doit de croire ce directeur d’école de commerce qui nous fait croire qu’il n’y a pas d’idéologie dans l’enseignement des écoles de commerce.

Et pourtant dire qu’il n’y a pas d’idéologie est une idéologie. L’idéologie de l’opportunisme, l’idéologie de l’immédiateté, l’idéologie du consumérisme…, sont les idéologies véhiculées par les écoles de commerce. Je ne leur conteste absolument pas le droit de faire de l’idéologie, mais je conteste le fait qu’ils disent qu’ils n’en font pas. C’est faux, archis faux.

Quand  depuis longtemps, les grands partis politiques ont largement contribué à réduire  la démocratie aux élections, à un parlementarisme hors sol et à une pratique très directive de l'action de l'exécutif, il ne faut pas s'étonner  que la comparaison avec  les enquêtes  clients, les séminaires  de cadres dirigeants et les l'actions des "boards"  des entreprises, passent pour une évidence, pour une grande majorité.

Dans les 2 cas, le citoyen ou le client sont passifs. Dans les 2 cas, il s’agit de répondre à leurs besoins et depuis longtemps les responsables politiques ont adopté une attitude consistant à considérer qu’ils savaient ce qui était bon pour les citoyens. Tant qu’il y avait des adhérents dans les partis, il y avait un certain contre pouvoir à cette dérive, mais depuis que les partis ne sont que des squelettes, cette « science du savoir » a accéléré le déclin de la vitalité démocratique. On ne demande pas aux citoyens de s’impliquer on lui demande de choisir une offre politique et de « l’acheter » par un vote.

Le parti politique du nouveau monde ne rompt pas avec cette vision, il la parachève et consacre cette vision rabougrie de la démocratie.

La France n'est pas une entreprise, et la démocratie ne se conduit pas comme une entreprise quand bien même cette dernière a un objet qui dépasse  le simple profit.

L’objectif d’une entreprise est de produire un service ou un bien. Cet objectif peut la conduire (et c’est logique dans la plupart des cas), à recruter ou à ne maintenir dans son effectif, que les personnes susceptibles d’être compétentes pour la fabrication des biens et des services qu’elle produit.  

Par conséquent, elle peut exclure, mais personne ne  lui demande de faire le contraire, quand toutefois, elle le fait dans le respect du droit.

Cet objectif la conduit à établir des indicateurs de performance en terme de production, de productivité, de développement des compétences, mais aussi de performances collectives et individuelles…, qui pourront lui permettre, le cas échéant, de s’améliorer et même parfois d’exclure pour s’améliorer.

L’objectif de la gouvernance d’un pays ce n’est ni de produire un bien, ni de produire un service. C’est d’organiser le « Vivre Ensemble ». Il n’y a pas de possibilité de mettre « hors société », comme une entreprise peut mettre « hors entreprise », les individus les moins performants.

C’est bien le drame de cette comparaison entre gouvernance d’entreprise et gouvernance d’un pays qui, reconnaissons-le, n’a pas commencé avec la présidence de Macron.

Malgré cette impossibilité d’exclure, les exclusions se sont multipliées, exclusion d’individus, exclusion de territoires. Exclusions renforcées par un système médiatique et institutionnel qui ne rend réelles les choses que quand elles sont visibles dans l’espace public. Ceux et celles qui ont les moyens de se rendre visibles par leurs organisations, leurs auras, leurs positions sociales… existent, les autres, invisibles, n’existent pas.

Comme l’entreprise, la société exclue ses membres les moins performants. Certes, elle ne les met pas hors de la société, mais elle les rend invisibles, au point que ces derniers peuvent être tentés de se mettre eux-mêmes hors société.

Alors de grâce arrêtons ce jeu dangereux de comparer des choses qui ne se situent pas au même niveau, même si la conduite démocratique d’un pays a besoins de plus de rigueur et a besoin de mesure sa performance mais sur d’autres critères que ceux utilisés par les entreprises.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Démocratie, #Politique, #Macron

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