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Le think-tank[1] « Démocratie vivante », vient de publier une tribune dans le monde daté du 26 juin 2018, intitulé « Non Emmanuel Macron n’est pas de droite »

Loin de moi l’idée de prendre le contre-pied de cette analyse, en rétorquant « Oui, Emmanuel Macron est de droite » ou « Non Emmanuel Macron n’est pas de gauche »

J’ai eu l’occasion sur de blog de m’exprimer sur un certain nombre de mesures prises par le gouvernement depuis l’élection de Macron à la Présidence de la République et la simplification du débat par une approche binaire entre droite et gauche, ne me semble pas pertinente. En tous les cas ce n’est pas mon approche.

  • Elle n’est pas pertinente dans l’absolu, car les citoyens ne sont pas préoccupés par cette approche. Ils jugent nos gouvernants sur leur capacité à changer leur vie, à mieux les protéger contre les risques inhérents aux évolutions du monde dans lequel ils vivent.
  • Elle n’est pas pertinente au regard des arguments avancés dans la tribune selon laquelle une filiation existe entre les politiques menées par Michel Rocard, Lionel Jospin et François Hollande et celle conduite par le gouvernement actuel. Un peu court comme explication qui ne fait aucune différence entre les politiques conduites par ces 3 Premiers Ministres, et qui laisse penser qu’il suffirait d’aligner des noms pour définir qui est de gauche et qui est de droite.
  • Elle n’est pas pertinente au regard d’autres arguments défendus par les auteurs. La non-suppression de 500 000 fonctionnaires ou le fait de ne pas repousser l’âge de la retraite à 65 ans, seraient des actes de gauche. Un peu court comme arguments qui laissent supposer que la différence entre la gauche et la droite n’est qu’une question de degré, de volume ou de ratios, et ne disent rien ni sur les enjeux des services publics, ni sur les enjeux de la protection sociale, ni sur les méthodes pour conduire les réformes.

Si la problématique abordée dans la tribune ne me semble pas pertinente, c’est parce que d’une part, elle est très éloignée du quotidien des citoyens  et d’autre part, elle n’apporte pas "un plus", dans le nécessaire renouvellement d’une pensée progressiste.

Si éventuellement la question de savoir si Macron est de gauche ou de droite, était pertinente, cette question nécessiterait en amont de définir ce qu’est la gauche. La tribune ne le fait pas. Au contraire elle met un peu plus de confusion. Aligner des noms de Premiers Ministres ou de Président sans faire la différence entre une pratique de gouvernement de Michel Rocard qui a placé les acteurs sociaux et plus largement les corps intermédiaires au centre de sa méthode de gouvernement tant sur les questions sociales, économiques et sociétales, et un Lionel Jospin qui a, le plus souvent, superbement ignoré les corps intermédiaires, enfermé qu’il était dans une vision "d'une gauche plurielle de gouvernement », ne permet certainement pas de clarifier ce que veut dire « être de gauche »

Mais pour moi, la vraie question à se poser n’est pas de savoir si Macron est de gauche ou de droite.

Si nous voulons refonder une pensée qui permette d’alimenter une action capable de relever les défis qui sont devant nous, dans un monde de plus en plus complexe, il ne nous faut pas céder à la facilité de « binariser » les débats comme le font de plus en plus de grands dirigeants du monde.

Considérer que la question telle qu’elle est posée n’est pas pertinente, ne veut pas dire pour autant qu’il n’y a aucune question à poser ou aucune pensée à structurer. Nous devons certes rester modestes. Les questions ne donnent pas de réponses automatiques et la pensée ne change pas le monde. Néanmoins identifier des problématiques qui se posent aux individus et plus largement à la société et travailler à structurer une pensée capable de nous aider à comprendre le monde pour mieux le transformer, est non seulement nécessaire, mais indispensable.

Le regard que je porte sur les individus, regard alimenté à la fois par mes relations de proximité quotidiennes et par ce que je peux lire, observer au travers d’études, de livres, de faits, me conduit à penser que les questions essentielles qui préoccupent les individus, sont liées à leur sécurité et à celle de leurs proches, à leur liberté et à celle de leurs proches, et je rajouterais le respect de leur digité et celle de leurs proches.

Tout ce qui se passe et donc toutes les décisions prises par un gouvernement notamment, sont regardées et jugées, analysées avec le filtre de ces 3 préoccupations. « Est-ce que ce qui est réalisé m’apporte plus de sécurité et/ou plus de liberté?Suis-je respecté dans ma dignité? ».

La manière dont chaque individu répond à cette question, renvoie à sa propre perception de la sécurité et de la liberté et du respect de sa dignité. C’est justement parce que chacun est renvoyé à sa propre perception que la réponse politique est complexe et ne peut se simplifier par un découpage droite gauche. Non pas que ce découpage n’existe pas, mais ne peut suffire à structurer une pensée et une manière d’appréhender les transformations nécessaires à réaliser.

Ces 3 préoccupations sont aussi la grille de lecture à travers laquelle les citoyens vont appréhender la question de l’égalité versus inégalités. Les conjugaisons de ces préoccupations que sont la sécurité, la liberté et la dignité sont multiples et beaucoup plus complexes encore car elles se conjuguent d’abord individuellement avant de trouver un équilibre qui permettra aux individus de vivre ensemble.

Alors plutôt que de poser la question de savoir si Macron est de gauche ou de droite, ce qui au fond n’intéresse personne, posons-nous la question de savoir si à travers les politiques menées, les individus, quel qu’ils soient, ont le sentiment de gagner en sécurité, en liberté et en dignité.

Il est probablement trop tout pour tirer un bilan global des politiques conduites par le gouvernement, au travers de cette grille.

Il est certain que de nombreux individus ou groupes d’individus ont le sentiment d’avoir gagné en liberté, notamment sur le plan économique, en même temps que d’autres ont le sentiment d’avoir perdu en sécurité sur les questions sociales principalement.

D’autres peuvent avoir le sentiment de gagner en sécurité par la pratique d’une politique d’accueil des migrants restrictives en même temps que d’autres ont le sentiment de ne pas être respecté dans leur dignité quand avant d’être considérés comme des hommes et des femmes, ils sont identifiés comme fauteurs de troubles parce que migrants.

D’autres encore, ou les mêmes mais sur d’autres registres souhaiterais avoir encore plus de liberté dans la manière de gérer le personnel dans les entreprises et ou la manière d’organiser la gestion de leur parc locatif de logement, pendant que d’autres souhaitent d’avantage de protection et de sécurité qui les protègent d’une liberté trop grande de leurs employeurs ou logeurs.

L’art de gouverner est de trouver des équilibres entre les 3 préoccupations majeurs des populations. Nous avons une devise républicaine « Liberté – Egalité – fraternité » qui doit redevenir une base structurante d’une pensée capable d’être le moteur d’une action transformatrice et une grille d’analyse de politiques publiques.

Très souvent, l’accent mis sur les libertés conduit à minimiser l’égalité au risque de faire exploser les inégalités. D’un autre côté, une trop grande insistance sur l’égalité peut engendre une inertie de l’initiative et nourrir de la frustration conduisant à des pratiques séparatistes, à des stigmatisations et des haines envers ceux qui apparaissent comme des freins à la liberté individuelle.

On pourrait multiplier les exemples qui donnent à voir les contradictions dans lesquelles nous sommes individuellement et collectivement.

La fraternité, est souvent le parent pauvre de notre devise. Pourtant elle est essentielle. Contrairement à ce que l’on entend, la fraternité n’est pas un concept religieux. C’est une valeur républicaine.  C’est la valeur, la seule valeur permettant de trouver les bons ou les moins mauvais compromis entre liberté et égalité pour répondre à tous et à chacun au besoins de sécurité, de liberté et de dignité auxquels aspirent les individus.

C’est au travers de cette grille de lecture et d’analyse que nous aurons à dire si Macron a été non pas de droite ou de gauche, mais a réussi à nous faire progresser sur le chemin d’un « vivre ensemble », le moins guerrier possible.

Pour ma part c’est ce que je souhaite et ça ne passe ni par un cirage de pompe, ni par une critique sans discernement.

Gaby BONNAND

 

[1] Le Monde du mardi 26 Juin

Tag(s) : #Macron, #Démocratie, #Gauche-Droite

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