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Nous assistons depuis quelques jours à la montée d’un mouvement de « grogne » contre le coût des carburants et des augmentations récentes.

De nombreux arguments rationnels peuvent venir démontrer que même si le prix des carburants augmente, ces derniers et notamment les produits pétroliers restent faibles, trop faibles pour sortir du tout pétrole mortifère pour la planète. Et beaucoup d’esprits rationnels de s’interroger sur ce mouvement : Aujourd’hui, avec un SMIC, on peut acheter plus de carburants qu’en 1970 et on peut rouler plus longtemps car les voitures consomment moins. Tout cela est vrai.

Mais si l’analyse de la grogne ne porte que sur la question spécifique du prix du carburant, c’est évident que les discours rationnels sont pertinents, mais c’est aussi évident que nous n’avons rien compris à la situation du moment.

Depuis des mois et bien avant l’élection de Macron, nous connaissons une sorte de malaise dans le corps social dont de nombreux observateurs se sont fait l’écho. Malaise dont les signes sont la progression de l’abstention lors des élections politiques, les difficiles mobilisations des salariés du privé quand des syndicats se sont risqués à mobiliser sur des mots d’ordre peu compréhensibles et loin des préoccupations premières des salariés.

Ce malaise qui se manifeste par des signes bien visibles, est cependant assez difficile à analyser, comme les différents ressorts qui le suscitent.

Face à ce malaise, et je ne parle pas de son expression actuelle (la grogne contre le cout élevé des carburants), je parle du malaise beaucoup plus profond qui ne date pas d’aujourd’hui, les réponses des organisations politiques, nouvelles ou anciennes ne semblent pas à la hauteur. Leur démarche consistant à rechercher les causes du malaise dans les politiques qui ont été menées, pour ceux qui occupent le pouvoir, et par les politiques en cours pour ceux qui sont dans l’opposition, ne peut être la bonne démarche.

Mais cette inadaptation des réponses est aussi manifeste dans l’action d’un certain  nombre d’organisations syndicales qui tentent de prolonger un passé par des manifestations qui ne mobilisent plus personne, ce qui est « une démonstration de faiblesse », comme le dit souvent Laurent berger secrétaire général de la CFDT.

La crise de confiance dans les institutions, dans les partis politiques et même dans les syndicats, même si le syndicalisme est moins atteint, nourrit ce malaise dans lequel se mêle déception, colère, incertitude, mais aussi volonté d’être écouté, entendu, respecté.

Ne nous trompons pas, le malaise qui se donne à voir dans le mouvement de grogne qui monte, n’est pas nouveau. Il remonte à loin et il est profond. Ni les démonstrations rationnelles, ni une seule approche économique ne suffiront à l’endiguer.

Ce malaise a trouvé la hausse du prix des carburants, pour prendre une forme visible d’expression probablement massive.

Si, bien sûr nous devons dénoncer la manipulation que fait l’extrême droite, de ce mouvement, ne tombons pas dans l’erreur de considérer que le malaise et son expression visible dans l’appel au mouvement du 17 Novembre n’est que manipulation.

Non, ayons l’humilité de reconnaître que le malaise est profond, que les réponses ne sont pas simples. Mais pour cela:

  • Sortons de cette logique qui consiste chez ceux qui se disent démocrates et progressistes de voir que des ennemis de la République quand des hommes et des femmes ne font finalement qu’exprimer leur volonté d’être respectés, d’être considérés comme des gens qui comptent, et veulent être reconnus.
  • Sortons de cette logique politique qui ne jure que par l’économique comme si l’individu n’était « qu’Homo Œconomicus »

Au fond, le prix des carburants n’est qu’un prétexte pour exprimer cette colère. Il y a bien longtemps que ce sont plus les politiques ou les syndicats qui décident le thème, le mois et l’heure de la mobilisation pour crier son envie d’exister pleinement.

Gaby BONNAND