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On a visiblement un problème avec la notion de société civile. Il semblerait qu’actuellement ceux qui la convoquent le plus dans leurs discours, sont ceux et celles qui, sous couvert de rupture avec le monde politique, veulent tout de même y faire leur entrée.
Ça a été le cas d’Emmanuel Macron qui, nous dit-on s’est appuyé sur la société civile pour gagner les élections de 2017 et construire LREM.

C’est visiblement le cas de Raphaël Glucksmann, qui convoque lui aussi la société civile, pour créer avec d’autres le mouvement « Place Publique ».

Au fond chacun convoque la société civile qu’il souhaite, tout en prétendant à chaque fois que celle-ci est convoquée, sans aucune exclusive. Tout le monde y est invité.

Mais au-delà des discours,

Du côté de Macron et de LREM, même si on trouve des personnes de tous milieux, la majorité de ceux qui se retrouvent sont issus de la catégorie sociale que j’appellerais « entrepreneuriale », tandis que du côté de Glucksmann, si on s’en tient aux signataires du premier appel paru dans libé du mercredi 7 Novembre, les professions intellectuelles constituent la catégorie sociale la plus représentée.

D’un côté, une partie de l’élite entrepreneuriale, de l’autre une partie de l’élite intellectuelle. Des deux côtés, une volonté de rompre avec le passé.

Pour Macron et LREM, rompre avec le vieux monde industriel qui a fabriqué des organisations obsolètes et dont il faut amoindrir les pouvoirs nocifs, pour réformer le pays.

Pour Glucksmann et Place publique, il faut rompre avec une gauche, avec la Première gauche, comme avec la Deuxième qui toutes les 2 ont trahis.

Dans les 2 cas, il semble que parler de société civile, c’est surtout montrer que les initiatives n’ont rien à voir avec les anciennes organisations du monde avec lequel ces initiatives veulent rompre. Bien sûr les partis politiques, mais aussi d’autres organisations comme les organisations syndicales.

Mais dans les 2 cas, ça contribue à jeter le discrédit sur les organisations collectives en laissant supposer que les individus n’appartenant à aucune de ces organisations sont naturellement plus attachés à l’intérêt général que ceux qui appartiennent et animent « les vielles organisations » qui ne seraient animés que par la défense de l'existence de l'organisation, voire de leurs postes.

En tous les cas, ces 2 mouvements, même s’il y en a un qui est plus récent que l’autre et peut bénéficier du doute quant à sa conception et à la place de la société civile, n’aident en aucun cas à préciser la notion de société civile et encore moins la question de la place des corps intermédiaires organisés dans une démocratie.

Ce n’est pas la première fois, dans notre histoire politique récente, que la société civile fait irruption dans la vie Politique. On se souvient de Mitterrand appelant Bernard Tapie comme Ministre, Chirac nommant Ministre Luc Ferry ou Francis Mer, pour ne citer que ces exemples.

La nouveauté, c’est qu’elle ne s’introduit pas seulement par la volonté de responsables politiques au pouvoir, elle est convoquée par des leaders, qui se présentent comme n’appartenant pas au monde politique traditionnel, pour être une alternative au monde politique ancien.

Ce qui est frappant dans les 2 cas, c’est le peu de rigueur avec laquelle est analysée l’histoire de notre pays, histoire politique, sociale, intellectuelle.

Je ne ferais pas de procès d’intention à Place Publique et à Raphaël Glucksmann dont le mouvement démarre et dont on ne sait pas l’avenir il aura, mais il est évident que ce manque de rigueur dans l’approche historique des choses dans de nombreux domaines est patent dans l’exercice du pouvoir d’Emmanuel Macron  et de LREM.

Si je ne veux faire comme je l’ai dit, aucun procès d’intention au nouveau venu, je reste inquiet sur ces phénomènes laissant penser qu’il y aurait de la génération spontanée dans ces initiatives.

Si je suis convaincu que la situation actuelle nécessite un sursaut citoyen, je suis également convaincu que celui-ci ne peut se passer de la mobilisation des organisations de la société civile, non pas pour venir en appui à tel ou tel leader, mais pour contrer sur le terrain les velléité de replis, de corporatismes et de populismes.

Gaby Bonnand

Tag(s) : #Société civile, #Politique