Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

Le mouvement des gilets jaunes se durcit et ce durcissement peut donner le sentiment que tous ceux qui ont vu dans ce mouvement l’unique expression du populisme et de l’extrémisme, avaient raison. Et bien moi je ne le crois pas. J’ai même la faiblesse de penser que si nous en restons à cette analyse qui va conduire  les autorités à polariser leur action dans les prochains jours (et à juste titre) pour faire respecter le droit, nous ne ferons que reculer pour mieux sauter, de la même façon que ce que nous avons connu en 2005 avec la crise des banlieues : On ignore les problèmes de fond, le mouvement se durcit, seuls les plus radicaux restent, le respect de la loi et du droit mobilise le pouvoir, le calme revient, l’espace public n’est plus encombré par les images de banlieues en feu. Elles ne sont plus visibles, et les individus qui y vivent oubliés….

Dans le dernier papier de dimanche je disais que le gouvernement par la voix de son Premier Ministre s’est mis dans une impasse en refusant la proposition de Laurent Berger. Ce qui se passe depuis lundi matin montre que le gouvernement est aujourd’hui confronté à une radicalité du mouvement. Avec des gilets jaunes beaucoup moins nombreux, le mouvement se radicalise, ou plutôt les plus radicalisés présents dans le conflit depuis le début prennent le mouvement en main. C’est relativement facile pour des « radicaux » dans un mouvement sans leader, dans lequel un grand nombre de manifestants ne sont pas venus pour casser mais pour s’exprimer. Parmi ceux-là, je ne suis pas naïf, des extrémistes veulent en découdre avec le gouvernement et ne sont pas du tout dans une logique de négociation.

L’erreur d’Edouard Philippe dimanche soir est d’autant plus grave que sa réponse cinglante et méprisante, est venue légitimer le rejet des syndicats exprimé par d’un certain nombre de manifestants, le plus souvent les plus radicaux.

Aujourd’hui, nous risquons d’avoir à faire à un mouvement de plus en plus populiste et violent (Une nouvelle victime est aujourd’hui à déplorer), aggravé d’une part par le mépris avec lequel ce mouvement a été perçu et analysé par bon nombre d’observateurs et d’autre part par le boulevard que lui a ouvert le gouvernement par le refus de toutes discutions avec les syndicats.

Comment se conflit se terminera, je ne me risquerais pas à le dire. Nous sommes passés aujourd’hui à un autre temps du conflit. La réponse aujourd’hui doit être essentiellement d’ordre sécuritaire. Il n’est pas possible qu’un mouvement s’en prenant à l’intégrité physique par des actes de violence ou  à la dignité des personnes par des insultes racistes, homophobes, sexistes, anti-chômeurs… puissent durer sans que soit rétabli le droit.

Ceci étant, nous venons de passer à côté d’une occasion pour tenter de retisser du lien, pour tenter de réapprendre la démocratie.

Quand les personnes ne sont pas présentes dans l’espace public, elles n’existent tout simplement pas. Avant la place qu’ont pris les réseaux sociaux, il était évident que ce qui ne passait pas dans les médias n’existait pas. Je me souviens, c’était en 1999 ou en 2000, nous avions CFDT Bretagne, organisé un grand rassemblement sur la Réduction du temps de travail pour mettre en avant les centaines d’accords qui avaient été signés dans la région. Plus de 1500 participants. FR3 Bretagne avait considéré que ce n’était pas un événement à couvrir, et Ouest France n’avait pas fait un grand papier. Le rassemblement n’a existé que pour les participants. Pas de visibilité dans l’espace public. La frustration avait été grande parmi les participants.

Dans une période de profondes transformations économiques et sociales, qui se manifestent entre autre,  par un éclatement des statuts, une dispersion géographique entre travail et logement, et une représentativité des corps intermédiaires existant fragilisés par ces transformations mais aussi par l’attitude du pouvoir à leur égard, le sentiment de ne pas exister devient insupportable. Ça le devient d'autant plus pour ceux qui sont rarement visibles dans l'espace public et qui se considèrent comme laissés de côté. Je ne dis pas « qui sont laissés de côté », je dis « qui se considèrent laissés de côté ». Il y a une part de subjectivité dans ce que les gens ressentent et ce n’est pas les démonstrations rationnelles qui changeront quoi que ce soit. C’est un fait. Il n’y a pas qu’en Météo qu’il y a la température réelle et le ressenti.

Alors si exister passe par une présence dans l’espace public, les réseaux sociaux sont un bon moyen pour organiser cette présence.

On peut bien sûr considérer qu’il y a des causes plus nobles que le pouvoir d’achat à défendre dans un contexte de détérioration de la planète, et que les réseaux sociaux devraient d’avantage être mis au service de ces causes. Il y a d’ailleurs eu des manifestations organisées par les réseaux sociaux sur le climat et qui ont mobilisé.

Si on doit en tant que citoyen démocrate et en tant que société démocratique s’opposer à toutes les formes de violences, à toutes les formes d’agressions (raciales, sexistes, homophobes…), il me semble inconvenant et déplacé par contre, en démocratie de catégoriser les individus en fonction de leur revendication et de créer un tribunal pour juger de leur degré de conscience.

C’est avec ce prisme que je considère comme une faute grave, le manque ou même l’absence de considération, par le pouvoir en place mais aussi par une partie de l’élite médiatique et observatrice, pour une préoccupation forte en matière de pouvoir d’achat de la part d’une population qui, je le répète au début du mouvement était majoritairement composée de personnes se situant autour du revenu médian et en dessous.

Je ne dis pas que les solutions de sorties auraient été simples si le gouvernement par la voix de son Premier Ministre avait retenu la proposition de Laurent Berger. Mais

d’une part, une acceptation de cette proposition aurait eu le mérite d’envoyer un message fort :

  • En démocratie, il n’y a pas de solution sans négociation et sans compromis
  • En démocratie il n’y a pas de négociation s’il n’y a pas d’interlocuteurs
  • En démocratie la liberté d’expression des uns n’ouvre aucun droit à bafouer celle des autres.

d’autre part il se serait donné des perspectives de sortie de crise

  • En faisant entrer dans le jeu les organisations syndicales et patronales, il fait entrer en jeux des acteurs légitimes pour discuter des questions de pouvoir d’achat qui ne concernent pas seulement ceux qui se réclament des gilets jaunes.
  • En donnant un espace aux forces organisées de la société civile, il donne de la perspective au mouvement pour travailler sur les conditions de la transition écologique par le maintien du cap en matière d’environnement et par la prise en compte des situations des personnes.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Gilets jaunes

Partager cet article

Repost0
Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :