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J'ai déjà beaucoup écrit sur le mouvement des « gilets jaunes ». Mais je voudrais revenir, non pas sur les raisons du mouvement, mais sur les raisons de l'incapacité des politiques à lire ce qui se passe réellement dans la société et plus particulièrement les raisons de cette surdité de la part de ce gouvernement, aux  problèmes de Pouvoir d’Achat d'une partie de la population, les raisons de cette impuissance « à avoir été touché par la réalité de la situation de ces populations et de ne pas avoir pris conscience de la grande peur de déclassement qui les anime »[1]

Je veux esquisser ici 3 raisons qui en se conjuguant dans la période, pourraient donner des clefs de lecture à cette incapacité

  • la sociologie du groupe majoritaire représenté au parlement et plus largement par LREM, ne permet pas naturellement de sentir ces choses. La sociologie de l’assemblée n’a jamais été représentative de la sociologie de la société, mais ce qu’il est convenu d’appeler les Partis  politiques traditionnels ou de l'ancien monde, et notamment à gauche avaient des réseaux dans la société qui permettaient d’alimenter le Parti sur les réalités vécues par les citoyens. Il ne s’agit pas d’enjoliver, car s’ils ont connu le sort qu’ils ont connu en 2017, c’est que ces liens avec la société s’étaient distendus et défaits. Ceci étant, si avec l’élection de Macron, « le vieux monde politique a explosé, le nouveau n’est pas né »[2], et le lien entre gouvernants et gouvernés s’est encore détérioré.

 

  • le procès sans appel qu'a fait Macron durant la campagne électorale des corps intermédiaires et notamment des syndicats auxquels il a nié toute légitimité sur les questions sociétales et sociales en dehors des entreprises et des branches. Procès  dont on sait comment il s’est conclu et ce qu’il a engendré depuis 18 mois : l’ignorance des corps intermédiaires avec les conséquences si bien résumées par Thomas Legrand sur France Inter « quand on fait fi des corps intermédiaires (syndicats, partis,  associations, collectivités locales) c’est-à-dire de toutes ces instances qui font vivre la démocratie, au jour le jour, qui organisent la remontée des aspirations, on se retrouve avec la matière première de  la colère populaire, protéiforme, contradictoire... illisible, bref impraticable pour les gouvernants »[3].
  • La lecture des statistiques par les moyennes est la troisième raisons qui se conjugue avec les 2 premières. Elle n’est pas nouvelle, mais elle s’aggrave, parce que LREM n’a ni implantations ni réseaux parmi cette population et que les corps intermédiaires ont été  ignorés.

Les moyennes n’existent qu’en langage mathématiques, les citoyens moyens n’existent pas.

Je prendrais un exemple, le salaire moyen en France est de l’ordre de 2 250€ net mensuel. Mais ce salaire ne dit rien du contenu qui permet de définir cette moyenne. La moyenne est le résultat de l’addition de tous les salaires de tous les niveaux divisés par le nombre de salariés dans la population. Autant dire que ce chiffre ne décrit en aucun cas la réalité. Mais cette moyenne est souvent utilisé pour montrer que finalement les salaires ne sont pas si bas que cela. Par contre il y a un autre chiffre beaucoup plus parlant, beaucoup plus explicite de la réalité vécue. C’est le salaire médian qui est de 1710 €. net mensuel. Et ce niveau indique tout simplement qu’il y a 50% de la population vivant au-dessus de ce niveau et 50% en dessous. C’est une vision tout à fait différente des réalités que nous avons avec cet indicateur. Il n’est tout de même pas très compliqué de comprendre qu’effectivement, avec les dépenses incompressibles que constituent le logement (devenu très cher), les transports, l’énergie…, les marges de manœuvre pour vivre sans excès sont limitées et que les fins de mois peuvent être difficiles.

 

Je voudrais insister sur ce dernier éléments, non pas pour dire que les statistiques vont remplacer le lien naturel entre gouvernants et gouvernés dans une démocratie.  Mais il me semble que du fait de ces liens distendus que nous devons reconstruire, il nous faut d’avantage être exigeants avec la construction d’indicateurs qui donnent à voir une image moins déformée que des moyennes qui ne veulent rien dire et ne rendent compte de rien. 

 

Gaby BONNAND

 

[1] Alain Touraine L’Obs du 22 Novembre 2018

[2] Alain Duhamel Libé du 22 Novembre 2018

[3] Thomas Legrand France Inter 14 Novembre 2018

Tag(s) : #Gilets jaunes, #Indicateurs

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