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Comme chaque année depuis 2008, se tiennent à Lyon, début Novembre, les journées de l’économie plus connues sous ce qui est devenu une marque  « les Jéco ». Le thème de cette année est «Que sait-on de notre futur ? »

C’est la fondation pour l’université de Lyon qui est l’organisatrice de ces journées. Quel est l’objet de cet événement ? Écoutons les organisateurs :

« Cet événement, qui réunit des économistes, des chefs d’entreprise, des experts de l’administration, des journalistes, des acteurs sociaux et des responsables politiques, rassemble chaque année plus de 40 000 participants, 65 conférence et plus de 250 intervenantsUniques en leur genre, les Jéco ont une vocation pédagogique : elles proposent de rapprocher le grand public de l’économie, en l’éclairant sur les enjeux économiques et les grandes mutations actuelles, avec une triple ambition :

  • Permettre aux citoyens de mieux comprendre les enjeux économiques de leur vie quotidienne,
  • Les aider à interpréter les grandes mutations économiques et sociales du monde,
  • Favoriser un dialogue entre les différents acteurs qui ont compétence à parler d’économie »

Pour en causer sont donc convoqués plus de 200 personnalités autour de conférences-débats avec des thèmes allant des questions relatives à la guerre commerciale à celle de la relation entre le SMIC et l’emploi en passant par la révolution Blockchain, sans oublier la métropolisation, les questions internationales et européennes et j’en passe.

Les organisateurs de cette manifestation qui a 10 ans cette année, semblent avoir rayé de la carte des acteurs sociaux, les syndicalistes. Lors de sa création ce n’était pas le cas, même si ils n’ont jamais été très nombreux (je me souviens y avoir participé à 2 reprises durant mon mandat à la CFDT).

Pour causer des relations entre « SMIC et Emploi », d’une « meilleure dépense dans le social », de « l’investissement des entreprises dans la qualité », de « l’égalité Hommes/Femmes », des « inégalités », ou de la relation entre « emploi et gouvernance d’entreprises »…, la parole syndicale est-elle devenue illégitime pour les organisateurs de cet événement ? On pourrait le croire.

Plus fondamentalement, le mal est plus profond. En fait cette absence est assez symptomatique de la façon dont le monde de la recherche et de l’enseignement vit son rapport au monde économique et social.

Sans avoir fait une analyse exhaustive de tous les CV des intervenants, Plus de 80% sont titulaires de diplômes en économie ou en sciences économiques. Les chefs d’entreprises qui y interviennent sont le plus souvent eux aussi titulaires de diplômes dans ces mêmes domaines, et pour ce qui est du monde politique, ils viennent du monde de l’entreprise et le plus souvent passés par les grandes écoles. Les hommes et les femmes issues du monde économique et social, formés par l’école du militantisme et de l’engagement social, étant passés ou pas par un processus de validation d’acquis et de compétences, bref des hommes et des femmes issus de ce que l’on pourrait appeler l’éducation populaire, sont absents.  

Entendons-nous bien, je n’oppose absolument pas les diplômés aux non diplômés, les intellectuels aux militants, les chercheurs aux acteurs… Je me suis trop souvent élevé contre les caricatures des analyses binaires pour les pratiquer moi-même. Je ne remets pas en cause la compétence des intervenants, (du moins pas de tous) parmi lesquels j’y ai quelques amis. Je dis seulement que l’absence de syndicalistes dans ces journées sur des débats qui concernent le monde du travail est en totale contradiction avec l’objectif affiché, et pas de nature à faire progresser le véritable "débat entre acteurs différents qui ont compétence à parler d’économie ».

Oui, on peut considérer que le syndicalisme ne se porte pas bien, mais est-ce que « la science économique se porte bien ? Est-ce que l’enseignement économique se porte bien ? Est-ce que l’Université se porte bien ? Est-ce que le monde des entreprises se portent bien ? Est-ce que le monde politique se porte bien ?

Qui se porte bien aujourd’hui ? Qui est légitime au sein d’une fondation d’université, (qui certes n’est pas un établissement public, mais qui est adossée à une Université qui, elle, a une mission de service public) à considérer que les syndicalistes n’ont rien à dire sur des débats qui concernent le monde du travail ?

Je suis convaincus que nombre d’intervenants participant à ces journées se sont déjà publiquement ou non inquiétés de la façon dont Emmanuel Macron traitait les corps intermédiaires et plus largement de la place minime qu’il accorde au dialogue social, mais je n'ai entendu aucun des intervenants regretter publiquement l'absence de syndicalistes à ces débats.

Le fait que la communauté des sciences économiques et des universités ignorent les syndicats est d’autant plus inquiétant que cette posture nourrit l’approche politique de ceux qui considèrent que les syndicats sont des empêcheurs de réformes et le dialogue social incompatible avec la rapidité qu’exige la compétitivité.

Je ne remets pas en cause le fait que de telles journées comme celles de Lyon puissent se tenir. C’est tout à l’honneur de l’Université que de s’ouvrir sur l’extérieur et de sortir de ses murs. Mais nous restons dans une logique qui est celle qui domine la conception de l’apprentissage des savoirs : Il y a les "sachants" qui savent, des experts qui connaissent et des gens à qui il faut apprendre. Nous ne sommes pas dans une logique de « dialogue entre les différents acteurs qui ont compétence à parler d’économie ». Pour qu’il y ait dialogue entre différents acteurs, il faut qu’il y ait plusieurs acteurs. Or à Lyon seuls les professeurs d’économie ou experts sont conviés à dialoguer.

Pas étonnant que des dirigeants syndicaux n’aient pas leur place dans ce type d'événements, eux, qui pour la plupart ont été formés au sein de l’organisation par des processus ressemblant à la formation en alternance.

Pas plus que l’apprentissage par alternance ne peut accéder au rang de véritable filière d'éducation et de formation en dehors bien sûr des discours, les syndicalistes ne peuvent accéder au rang de ceux et de celles qui ont gagné leurs compétences et leur connaissances par la filière noble de l’éducation, pour parler de « Notre Futur ».

C’est peut-être sévère comme analyse. Mais si le dialogue social et les syndicats sont si mal considérés en France, ce n’est certainement pas que de la responsabilité des Politiques.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Economie, #Politique, #Syndicalistes, #Jeco

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