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Macron a malgré lui ouvert une brèche qui était probablement indispensable à l'occasion de la campagne électorale de 2017. En bousculant les choses comme il l'a fait et obtenant les résultats que l'on sait il a ouvert des possibles.

Ceci étant la manière dont il l’a fait en inscrivant sa campagne et sa victoire dans un logique de rupture avec « l’ancien monde », il a renforcé le camp du « dégagisme » et a nourrit une sorte de contraire utilisant les mêmes ressorts.

Le "dégagisme" au fondement de la démarche.
Emmanuel Macron a fait sa campagne comme plusieurs autres candidats, notamment ceux de la France insoumises et du Rassemblement National, en invitant à un renouvellement profond des responsables politiques. Si l'idée de renouvellement est noble et particulièrement utile en démocratie, Emmanuel Macron n'a pas hésité à discréditer ce qui l'a précédé, qualifiant cette période et les dirigeants politiques de de celle-ci de « vieux monde ». Ainsi de manière plus soft  que les 2 autres candidats il a participé à la montée de la vague "dégagiste".
A la suite des élections, non seulement cette vague ne s'est pas arrêtée, mais elle a continué à grossir, trouvant dans l'intransigeance de Macron  de quoi se nourrir.

Le mouvement des gilets jaunes  est pour partie le rejeton de cette vague "dégagiste" qui par une violence qui doit être condamnée sans états d'âme, exige la démission de Macron

Une volonté de contournement des institutions représentatives, voire un rejet des corps intermédiaires.
Emmanuel Macron a développé à plusieurs reprises, tant durant la campagne que durant les 18 mois de pouvoir, une conception très négative des corps intermédiaires, allant jusqu'à dire que les syndicats n'avaient aucun rôle sociétal, que leurs actions devaient se cantonner dans les entreprises et les branches. Durant les 18 mois de présidence, il a superbement ignoré les élus de terrain comme les syndicats.

Le mouvement des gilets jaunes, lui est aussi très allergique aux intermédiaires. Depuis le début il refuse à la fois de se donner des représentants et  tout intermédiaire entre les gilets jaunes et le chef d'Etat.

La pratique de Macron discréditant les corps intermédiaires au profit d'une relation directe, trouve en écho le mouvement des gilets jaunes qui considère le président comme l'interlocuteur unique auquel ils veulent s'adresser.

Un certain attrait pour l'affrontement plutôt que pour la confrontation et le compromis.
Macron est un Homme de débat. Il ne choisit pas un cadre institutionnel pour faire le bilan de sa première année de mandat. Il choisit de débattre avec 2 journalistes d'opinions, situés pour le moins à la lisière des franges extrêmes de l’échiquier politique ( Edwy plenel et JJ Bourdin) et met en scène une controverse qui valorise l'affrontement plutôt qu'une démarche d'apaisement.
Une des caractéristiques du mouvement des gilets jaune, est le gout de l'affrontement. Le "Je ne lâcherais rien de Macron" est repris par le mouvement comme let motif de leur détermination. 
Refusant souvent de passer par la négociation et le compromis avec les forces sociales du pays au profit d'un passage en force, Macron a nourrit le sentiment que seule l’affrontement payait, avec le risque qu'il a pris de faire passer le compromis pour de la compromission.

Une vision du monde restreinte au monde dont ils sont issus.
Macron a largement confondu la mobilisation de la société civile avec la mobilisation des "marcheurs". Alors que l'éclatement de la société ne date pas d'hier avec ce que cela entraîne comme fractures, Macron a une vision simpliste de la société civile limitée à celle représentée par le mouvement qu’il a lancé, qui n'est en fait que la représentation d'un  des segments d'une société éclatée.
De même d'autres partis politiques ont développé le même simplisme, en prétendant que le peuple était unique et représenté par eux seuls
Le mouvement des gilets jaune prétend lui aussi représenter le peuple.
Toutes ces visions d'une société civile homogène, d'un peuple unique, à des années lumières d'une réalité terriblement complexe et fracturée, ne peut nourrir que les incompréhensions et les affrontements.

Un déni de démocratie dangereux

Ce constat sur les ressemblances ne me fait pas pour autant renvoyer Macron et les gilets jaunes dos à dos.  Dans notre démocratie si malmenée, le respect des institutions est pour moi fondamental. De ce point de vue, Macron et LREM ont la légitimité des urnes. On peut me rétorquer  qu’il n'a obtenu que 17% des voix au premier tour et que l'abstention a été forte pour les 2 tours des présidentielles comme des législatives. C'est vrai mais les additions oppositions et les  abstentions n'ont jamais fait  en démocratie une alternative de gouvernement.
Par ailleurs, les gilets jaunes  au plus fort de leur mobilisation n'ont pas atteint  400 000 personnes. On va me répondre qu'ils  étaient soutenus par plus de 70 % de la population. Mais en démocratie, ni les sondages, ni les clics sur les réseaux sociaux ne peuvent remplacer la légitimité des urnes.

Cette légitimité des urnes que possède Macron lui donne des responsabilités fortes. Il doit changer de pratique dans sa façon de gouverner.
Il doit prendre en compte  beaucoup plus qu'il n'a commencé à le faire, le malaise qui s'est exprimé à travers le mouvement des gilets jaunes. Si ce dernier n'a ni la légitimité à se réclamer du peuple ni à déclarer illégitime Macron et la majorité parlementaire, les revendications dont ils été porteur dans les domaines touchant au Pouvoir d’Achat, aux inégalités sont par contre tout à fait légitimes et des réponses doivent être apportées par le dialogue social.

Souhaitons que le grand débat citoyen programmé en début d'année soit une amorce d'un changement dans la façon de faire de la politique.

Gaby Bonnand


 

Tag(s) : #Gilets jaunes, #Démocratie

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