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La situation dans laquelle nous nous trouvons est très compliquée et chercher des solutions simples n’est pas de nature à changer quoi que ce soit à la situation.
La complexité du mouvement tient au fait qu’il est à la fois porteur d’expressions contradictoires  de la part de ceux qui participent au mouvement et porteur d’interprétations que beaucoup projettent sur ce mouvement.  

Il est d’abord l’expression de ceux qui participent à ce mouvement qui, par des revendications en apparente contradictions  demandent à l’Etat essentiellement pour ne pas dire exclusivement, à la fois des mesures leur permettant de vivre décemment (augmentation du SMIC, Baisse des taxes, baisses des cotisations patronales…) et des mesures qui les protègent (Plus de service publics…). expressions révélatrices d'un malaise social qu'il faut entendre, mais dont les réponses concernent l'Etat bien sûr mais aussi les entreprises.

Il est l’expression d’organisations diverses qui sont parties prenantes de ce mouvement. En se servant de lui pour pousser d’autres revendications ces organisations ou groupes voient dans ce mouvement l’opportunité de déstabiliser la démocratie et les institutions sans nul autre objectif que leur haine de la démocratie. Ces organisations ou groupes sont plutôt liés à l’extrême droite mais aussi à l’extrême gauche et pour parti à la France Insoumise. C’est ainsi que des revendications, aussi contradictoires que la demande d’une diminution de l’assistant ou de l’abrogation du mariage pour tous, côtoient la fin des politiques d’austérité, un meilleur accueil des demandeurs d’asile…)

Il est également porteur des interprétations que beaucoup de responsables politiques et sociaux projettent sur ce mouvement au regard de leur conception et de leur appartenance à une école de pensée.

Certaines de ces interprétations me questionnent.

Tout d’abord, celle qui considère ce mouvement comme une remise en cause de la mondialisation ultralibérale, ce que prétend la France Insoumise et de nombreux observateurs ou commentateurs. Ce matin dans libé Bruno Amable voit dans ce mouvement une contestation d’une politique menée par Macron « exclusivement au service du capital contre le travail ».

Pourquoi alors ce mouvement ne dirige-t-il pas son action en direction des entreprises. Car enfin, cette politique au service du capital contre le travail est d’abord celles des entreprises qui depuis plusieurs années, voir décennies, ont priorisé le versement de dividendes aux actionnaires au détriment de la formation, des conditions de travail et des salaires. Comment prétendre en effet, que ce mouvement qui à aucun moment ne dirige son action en direction des multinationales, combattrait une mondialisation qui, selon ceux qui interprètent ainsi ce mouvement, est conduite par les intérêts des multinationales ?

 

Ensuite, celle qui considère que ce mouvement est massif et représente le peuple. Le même Bruno Amable dans son point de vue de ce matin dans libé, parle « d’un mouvement des gilets jaunes qui ne donne aucun signe d’essoufflement ». Avec 50 000 manifestants on parle d’un mouvement qui ne s’essouffle pas, mais on parle d’un échec de la mobilisation intersyndicale de la fonction publique de mai 2018 avec près de 350 000 manifestants. Ce mouvement ne s’essoufflerait pas selon les tenants de cette interprétation car les français les soutiendraient à près de 50%. Depuis quand des sondages dont on ne connait même par les questions posées, servent de base de légitimité démocratique autant que des élections auxquelles tous les citoyens sont appelé à voter pour des candidats et candidates bien identifiés et que tout le monde connait. Cette interprétation est inquiétante et procède à une banalisation de l’acte de voter. Elle vient mettre au même plan les sondages les clics des réseaux sociaux, l’audimat…

 

Il y a ceux également qui rêve d’une insurrection et qui s’inventent avec ce mouvement un rôle de révolutionnaire, de guide du peuple, de petit père du peuple parfois. Ils projettent sur ce mouvement toute la haine qu’ils ont accumulée depuis 18 mois contre celui qui les a battus aux élections présidentielles. Ils projettent sur ce mouvement leur besoins de revanche et parois même leur désir de vengeance.

 

Il y a ceux qui à gauche, n’ont jamais été solidement convaincu du réformisme. Je ne parle pas du de la nébuleuse dans laquelle s’est vautrée une partie de la gauche pour habiller son manque de courage. Je parle du réformisme ; celui pensé par Rocard, Maire, Pierre Rosanvallon … et qui est la structure de pensée de la CFDT ; Le réformisme qui reconnait que les conflits sont inhérents à toute société, mais qu’une société démocratique se doit de les rendre visibles et non pas de les cacher,  pour mieux mettre en place des institutions capables dans le cadre d’une confrontation et de la négociation, de rechercher des compromis permettant de les dépasser. Et ce mouvement ne s’arrête jamais.  La gauche et une large part de la culture intellectuelle reste fascinée par le grand mythe de la révolution. Rare sont ceux qui ont fait du réformisme leur structure de pensée. Par contre nombreux s’y sont ralliés par opportunisme ou opportunité en attendant des jours meilleurs pour la révolution. Pour ceux-ci le mouvement des gilets jaune est leur Messie. Le manque de solidité d’une pensée réformiste les envoie dans des confusions extraordinaires, parlant du gouvernement Macron comme d’un gouvernement illégitime, identifiant 50 000 gilets jaunes à un peuple en marche pour sa libération, renvoyant dos à dos la violence délibérée des gilets jaunes et l’action des force de l’ordre qui sont une composante de la république.

Cette difficulté pour de nombreux gens de gauche à dénoncer la violence, à ne la trouver que marginale, à lui trouver des circonstances atténuantes, alors qu’elle est devenue une stratégie d’action, prend sa source dans l’incapacité chronique et historique de la gauche d’avoir pensé le réformisme qui ne signifie ni disparition des conflits, ni trahison, ni compromission, ni modération revendicative, ni forme d’action gentillette.  

Ce qui est extraordinaire c’est que ces gens de gauche en viennent à soutenir un mouvement qu’ils considèrent « antimondialisation ultralibérale » sans voir que jamais ce mouvement ne conteste la base même du capitalisme financier mondialisé, que sont les multinationales qui structurent profondément la mondialisation, mais s’en rend à l’un des instruments qui constitue un levier d’action pour réguler cette mondialisation, l’ETAT.

La situation est vraiment complexe et la gravité qui s’ajoute à la complexité vient bien sûr de la manière dont ce gouvernement gère la crise, mais plus profondément  de l’impensée de la démocratie de la part de la gauche.

Gaby BONNAND