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Laurent Berger, dimanche dernier a parlé d’une hystérisation du climat politique, Boris Cyrulnik lui, parle de contagion émotionnelle et rappelle que dans l’histoire nous avons connu « des épidémies émotionnelles, des folies contagieuses meurtrières ».

On voit bien quand on échange autour de nous, comment les images qui tournent en boucle ou reprises par le jeu de millions de clics sur les réseaux sociaux, alimentent un climat hystérique, suscitent de l’émotion et conduit rapidement à ne plus pouvoir engager une discussion sereine. Bien sûr je me mets dans le paquet de ceux qui parfois sont entrainés dans cette émotion irrationnelle qui rend impossible les débats.

Oui, les images en boucles sur les chaines d’info en continu ou sur les réseaux sociaux, jouent un rôle important dans cette montée de l’émotion et de la haine qui l’accompagne. Il me semble que d’autres raisons expliquent la montée de la haine.  Je risque une hypothèse. L’évolution de nos sociétés, la place qu’a prise la technicité dans la médiatisation de ce qui fait la vie individus ne laisse pas ou peu de place à ce qui fait leur humanité.

On parle du chômage, de pourcentage de gens au chômage. On dit que ça va mieux quand les statistiques baissent. Aux yeux des autres, le chômeur réduit à une statistique a perdu de son humanité. 

On parle des migrants, comme des gens qui au mieux quittent leur pays en guerre et au pire comme responsables des actes de délinquances ou de terrorismes sur notre sol. Aux yeux des autres, le migrant réduit à un délinquant et un terroriste en puissance a perdu de son humanité.

On parle des responsables politiques comme des pourris, comme des hommes et des femmes qui « se graissent la patte ». Aux yeux des autres, le député, le sénateur, le ministre, le maire réduits au rang de fraudeurs, de profiteurs, ont perdu de leur humanité.

On parle du Président de la République comme d’un banquier. Aux yeux des autres, le Président de la République réduit à sa profession de banquier à qui il faut « faire rendre gorge, a perdu de son humanité

On parle des gens qui ne réussissent pas comme « des gens qui ne sont rien ». Aux yeux des autres, ceux qui galèrent, qui vivent des minima-sociaux, réduits à une situation de profiteurs et d’assistés,  ont perdu de leur humanité.

On parle des gilets jaunes comme des casseurs, des violents. Aux yeux des autres, les gilets jaunes qui connaissent des situations difficiles de précarité, réduits à des casseurs ont perdu de leur humanité.

On parle de ceux qui ne nous ressemblent pas comme des gens anormaux, qui ne respectent pas nos traditions, nos codes, qui viennent perturber notre existence. Aux yeux des autres, ces hommes et ces femmes réduits à leur genre, leur couleur, leur appartenance culturelle ou religieuse ont perdu de leur humanité

Quand l’individu n’est considéré que comme représentation de ce que l’on déteste, réprouve et que l’on veut voir disparaître, l’individu a perdu de son humanité aux yeux de ceux qui le décrivent ainsi et aux yeux de ceux qui reçoivent ses informations.

Tous les responsables politiques, économiques, sociaux, médiatiques ou autres commentateurs, bref tous ceux et toute celles qui ont, peuvent ou ont pu avoir de l’influence sur l’opinion, ne portent-ils pas une partie de responsabilité dans ce climat délétère qui vire à la haine ?

La violence du monde économique qui a rendu les travailleurs invisibles, comme le dit Pierre Yves GOMEZ dans son livre « le travail invisible », qui a réduit les hommes et les femmes en ratios et statistiques de productivité ou de consommation, a contribué à rendre insignifiante et parfois à gommer l’humanité des individus.

La violence médiatique s’est aussi développée à travers les chaines d’info et les réseaux sociaux qui ont cette capacité à la fois de favoriser la communication entre individus et de rendre virtuels les amis et donc leur humanité.

La violence politique n’échappe pas à la règle. Même dans nos démocraties développée, les joutes verbales ressemblent parfois à des combats de boxe, et parfois pire. Humilier l’adversaire est souvent la règle. N’entendons-nous pas que pour se lancer dans l’arène politique, il faut être un tueur ou une tueuse. Plus la pensée politique s’étiole, faiblit, ne se renouvelle pas, s’enferme, se réduit à des slogans, plus le débat est violent et devient parfois haineux. L’adversaire politique est un homme ou une femme à abattre. (Voir point de vue Alain Duhamel, Libé du 10 janvier 2019)

Cette violence du débat dans la sphère politique, s’est étendue à d’autres sphères, qu’elles soient sociales ou associatives. Elle a fait tache d’huile jusque dans les relations entre les individus dans la vie quotidienne.

Chaque fois cette violence des relations enlève de notre regard sur l’autre une part de son humanité.

La violence que l’on connait aujourd’hui, ne vient pas de rien. Elle a des causes. Ce n’est certainement pas une raison pour la justifier. Au contraire, nous devons la condamner fermement et  dénoncer son moteur qui est la haine. Mais ça ne sert à rien si nous ne nous battons pas contre nous-même et ensemble pour que dans les rapports économiques, sociaux et politiques, l’humanité de l’individu ne soient plus niée, oubliée, gommées, piétinée, ignorée, bafouée.

Ce sont dans ces manquements à l’humanité que les réseaux sociaux développent à grande échelle que se nourrit la haine.

Gaby BONNAND

[1] J’ai écrit ce papier avant de lire le point de vue de Alain DUHAMEL dans libé de ce jour que je vous recommande .

Tag(s) : #la haine, #gilets jaunes

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