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Un post reçu ce matin sur une de mes publications de ma page Facebook laisse entendre que seule la violence semble payer pour se faire entendre. Les décisions prises par Macron après 10 jours de conflit émaillé de scènes violentes peuvent le laisser penser effectivement. Il est bien regrettable qu’il ait fallu si longtemps pour que l’exécutif daigne écouter et apporter des réponses concrètes.  C’est d’autant plus dommageable que les annonces tardives et mal ficelées mais onéreuses viennent donner un grand coup de massue à une fiscalité écologique pourtant absolument nécessaire.

Ces mesures  envoient le message d’autant plus fort que la violence paye, que depuis  18 mois de gouvernance, ce même pouvoir a ignoré les organisations syndicales dont la CFDT qui n’a cessé d’alerter sur les situations vécues par les salariés et un certain nombre de citoyens.

Si effectivement le message envoyé semble donner une prime à la violence, je ne pense pas qu’il soit le seul responsable de la violence que l’on voit se développer dans ce conflit. Notre culture politique et sociale donne à la violence une place de choix.

Ce n’est pas la violence qui permet d’obtenir des résultats…

Ce n’est pas la violence qui permet d’obtenir des résultats mais une conviction profondément enracinée dans notre culture en France, contre tout regard objectif sur notre histoire sociale, qu’il ne peut pas y avoir de résultat sans une part de violence.

Les acquis de notre démocratie et de notre droit social ne se résume pas aux grandes dates qui sont souvent évoquée en ce moment et qui comportent une part de violence plus ou moins importantes : 1789, 1830, 1870, 1945, 1968.

Il y aurait beaucoup de pages à écrire pour d’une part expliciter que le progrès social et démocratique de notre pays ne se résume pas à ces dates et d’autre part relater tout ce que l’histoire de notre démocratie et de la progression de nos droits sociaux, doit à la négociation, à la concertation à la recherche de compromis.

  • Faire la liste de tout ce que les organisations syndicales par ce travail de négociation ont obtenu comme amélioration des droits sociaux, seraient très long. Il suffit par exemple de se plonger dans les conventions collectives des professions et leur histoire pour se rendre compte que ce ne sont pas les contestations tout azimut qui ont permis d’engranger des résultats  mais le travail au quotidien de militants et militantes souvent ignorés par les observateurs quand ils ne sont pas dénigrés. (congés, réduction du temps de travail, retraites complémentaires, prévoyances, formation professionnelle, droit à l’assurance chômage…)
  • Faire la liste des progrès que notre démocratie a connus grâce au travail assidu des parlements de notre république, serait fastidieux. Il suffit de se rappeler que le droit à l’IVG, la suppression de la peine de mort, la dépénalisation de l’homosexualité, La Protection Maladie Universelle, le mariage pour tous… sont des lois votées par le parlement après des débats certes musclés mais dans le cadre des institutions.

Que ce soit dans le cadre des actions syndicales ou du travail des parlements, ce travail de construction du droit ne signifie pas qu’il ne s’appuie pas sur des rapports de force. Mais j’ai parfois le sentiment que l’on confond rapport de force et épreuve de force violente.

… Et pourtant, ce qui n’est pas acquis par la violence n’existe ni comme vicoire, ni comme symbole

En 2014, la CFDT obtient dans la concertation de la réforme de la retraite de 2014, la création d’un dispositif permettant de reconnaître les travaux pénibles et de faire bénéficier à ceux et celles qui les ont exercé, soit de partir plus tôt en retraite, soit de bénéficier de formation à la reconversion, soit à un départ progressif en retraite. Ce dispositif est entré en application le 1 janvier 2015. Le MEDEF a organisé un lobbying impressionnant auprès des parlementaires, des gouvernants et enfin des candidats à la présidence de la république. La CFDT mise à part, et quelques chambres patronales comme celle de la distribution de boissons, personne ne s’est battue pour ce dispositif. Début Juillet 2017, à peine ses fonctions prises Macron a supprimé le dispositif dans l’indifférence totale. Cet mesure de progrès social non acquis par la violence n’existe pas et peut être supprimée sans résistance.

Par la négociation et la concertation très vive avec le gouvernement, la CFDT obtient en 2003, non seulement le maintien du régime par répartition, mais aussi un départ anticipé pour carrières longues dont bénéficieront plus de 1 million de salariés. Obtenu par la négociation et non par la violence, cet acquis n’a pas été considéré comme une victoire mais comme une trahison de la CFDT. Ce progrès social qui n’a pas été obtenu par la violence n’a fait l’objet d’aucune valorisation politique à gauche.

Par la négociation en 2008, la CFDT obtient par la négociation avec le patronat qu’au bout de 4 mois de travail dans les 24 derniers mois, les demandeurs d’emploi puissent bénéficier de l’assurance chômage. Alors qu’il fallait auparavant 6 mois dans les 16 derniers mois, dans le meilleur des cas, ce progrès n’a pas été considéré comme une victoire mais comme une trahison nouvelle de la CFDT. Obtenu dans le cadre de la négociation, et pas par l’action violente n’a jamais été considéré comme un progrès pour un certain nombre de chômeurs.

Depuis le 1er janvier 2016, avec la protection universelle maladie (PUMa), adoptée par le parlement sous gouvernement socialiste toute personne qui travaille ou réside en France de manière stable et régulière a droit à la prise en charge de ses frais de santé. Plus besoin de justifier d'une activité minimale, seul l'exercice d'une activité professionnelle est pris en compte. Pour les personnes n’ayant pas d’activité, seule le fait de qu’elles résident en France de manière stable et régulière suffit pour que leur frais de santé soient pris en charge. C’est une avancée considérable qui est le résultat d’un débat parlementaire sanctionné par un vote majoritaire. Pas obtenue par la violence, je suis convaincue qu’une grande partie de la population ne connait pas cette avancée qui  n’a jamais été considérée comme une victoire, même par ceux et celles qui l’ont portées sauf par Marisol Touraine Ministre socialiste de la santé de l’époque qui s’est battue pour cette mesure.

Une culture fantasmée de la violence qui s’inscrit dans l’incapacité collective de la gauche de penser le réformisme.

Je ne veux pas tirer de grandes conclusions à partir de ce que je constate. Mais je fais l’hypothèse que l’incapacité de la gauche française à s’être attelé à un travail sérieux sur le réformisme, l’a conduit

  • d’une part, à considérer le réformiste, quand elle était dans l’opposition, comme de la modération revendicative qui n’était pas de nature à se faire élire, développant donc un programme plus radical
  • d’autre part à adopter dans le vocabulaire, quand elle était au pouvoir, le mot réformisme pour cacher trop souvent une gestion opportuniste du pouvoir.

Cette attitude peu propice à une approche sérieuse du réformisme, peut me semble-t-il expliquer que pour une partie des citoyens se réclamant de gauche, le degré de violence par lequel s’obtient un résultat, est déterminant pour qualifier ou non cet acquis de victoire. C’est en quelque sorte la visibilité de la violence qui permet de rendre visible ce qu’on obtient. Sans visibilité d’une violence, pas de visibilité d’un acquis social et donc pas d’existence symbolique. Il pourrait expliquer également la tolérance à la violence de la part de ces mêmes citoyens.

Il est urgent qu’une pensée de la transformation sociale et de l’évolution de nos démocratie se structurent.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Gilets jaunes, #violence, #Réformisme, #Démocratie

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