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Mon dernier post sur la tolérance à la violence comme révélatrice d’une impensée de la transformation sociale, a suscité plusieurs réactions soit en direct sur mon mur soit dans le cadre de partage réalisé par des « amis ».

Mis à part les rédacteurs de posts qui considèrent que parce que ma contribution concernant l'acceptation de la violence, vient de quelqu'un qui a eu des responsabilités à la CFDT, l'analyse développée ne peut qu'être rejetée en bloc, je trouve que les échanges sont intéressants et je remercie la plus part des rédacteurs de posts, car ces échanges permettent d’approfondir les questions.
Je ne prétends pas avoir la science infuse et j’accepte la critique. Oui effectivement, la capacité de négocier efficacement des avancées concrètes exigent que les 2 parties prenantes de la négociation le veuillent. Si le syndicalisme français est marqué par son histoire, une histoire qui commence dans la clandestinité à cause de la loi Le chapelier et les décrets d'Allarde qui l'oblige à imposer sa place par des actions souvent violentes, il est clair que le patronat est également marqué par son histoire. Celle de considérer qu'il est le seul légitime, car de sa capacité d'entreprendre dépend le progrès économique. Tout ce qui vient entraver cette liberté d'entreprendre doit être combattu, et l’histoire montre qu’il n’a pas hésité à utiliser la violence pour protéger ses intérêts.

De la clandestinité à la reconnaissance du syndicalisme et les impacts sur les conceptions de la démocratie

Au cours de notre histoire, les débats et confrontations politiques ont permis progressivement de faire avancer la démocratie en permettant aux conflits entre classes antagonistes de se vivre dans des rapports plus organisés. De ce point de vue, la reconnaissance par la république du syndicalisme comme des associations ont été des avancées majeures, même si la reconnaissance du syndicalisme en 1884 n’était pas dénué de la volonté de reconnaître le syndicalisme pour mieux l’identifier et mieux de contenir.

Ces avancées démocratiques n’ont pas pour autant amener le patronat à changer de logique et son incapacité chronique à accepter la négociation, a nourrit en France des rapports sociaux très tendus et parfois violents.

Dans cette histoire de la démocratie, des conceptions différentes se sont développées. Sans entrer dans le détail, je peux dire que je me reconnais dans une conception de la démocratie qui repose sur une analyse selon laquelle la société est traversée par des logiques différentes et antagonistes. L’histoire chez nous et ailleurs a montré que la non reconnaissance de ces différentes logiques, allant jusqu’à vouloir les éliminer du champ, au profit d’une seule a conduit les pays dans des violences extrêmes et aux dictatures. Les dictatures communistes comme celles de l’ultralibéralisme en Amérique latine notamment sont là pour nous le montrer.

Je suis conscient des difficultés. Parfois les lieux de résolution des conflits que sont les lieux de négociations, qui ont été progressivement imposés par le processus démocratique de nos sociétés, peuvent se trouver en déconnexion plus ou moins forte des réalités du fait de la faiblesse des corps intermédiaires que sont les acteurs des négociations.

Je suis également conscient que les rapports de force fluctuent et que les forces ultralibérales ont depuis plusieurs années pris un ascendant dans l’espace politique.

Je suis conscient également que les institutions politiques et sociales structurant notre démocratie sont nées et se sont développées dans un contexte donné. Celles-ci sont en partie déstabilisées par les évolutions multiples de nos sociétés. Cette déstabilisation modifie les rapports de force sur le plan national comme sur le plan européen et international, d’autant plus que l’internationalisation des économies a donné du poids aux forces économiques libérales et ultralibérales dépassant le cadre national.

C'est pourquoi nous devons être exigeant dans ce que nous définissons sous le terme "négociation". Pour moi la négociation n’est ni un renoncement ni une méthode mais une démarche qui consiste à reconnaître sans naïveté que les conflits sont inhérents à toute société, que ceux-ci doivent être rendus visibles dans l’espace public, en même temps qu’il doit être proposé des lieux d’expression, de confrontation et de dépassement de ces conflits par la recherche de compromis. Cette conception de la négociation n’exclut absolument pas le rapport de force, au contraire. Le rapport de force doit être organisé, structuré et finalisé en vue d'un objectif défini. La participation collective à l'élaboration des objectifs et des proposition est constitutive de ce rapport de force en rendant les individus acteurs. Cette conception est très loin de celle développée dans certain cercles patronaux ou managériaux qui consiste à considérer la négociation comme une méthode pour amener l'autre à adopter la position que le management défend.

La négociation telle que je l'entends est constitutive d’une démocratie vivante qui ne nie pas les conflits mais se donne les institutions nécessaires pour les dépasser.

C’est pour moi tout l’enjeu des questions touchant à l’adaptation de nos institutions nationales, européenne et internationales aux réalités du moment. Non pas pour les adapter aux besoins d’un capitalisme financier mondialisé, mais pour que nos institutions nationales comme supra nationales puissent permettre la progression de la démocratie. Ceci sera possible si cette adaptation des institutions vise a redonner à celles-ci des capacité à mettre en œuvre des lieux de confrontation des logiques qui traversent nos sociétés, en rendant visibles les conflits, en redonnant une place plus importantes à la société civile organisée et en proposant des lieux de dépassement de ces derniers adaptés à la période actuelle.

Violences des manifestations et violences policières

Des internautes m’ont aussi fait la remarque que je ne parlais pas de la violence policière. J’en ai parlé et je les ai condamnées dans des papiers de mon blog. Mais je voudrais y revenir car c’est une question importante. Cependant pour que le débat soit serein et constructif, il nous faut préciser les termes de celui-ci.

1) Préciser l'approche que nous avons des violences policières

Sommes-nous dans une violence institutionnalisée perpétrée par des forces de polices répondant aux ordres d'un gouvernement qui serait illégitime ou sommes-nous dans une violence policière dont l'origine peut être multiple, perpétrée par une institution républicaine de protection qui devra répondre de ses actes devant les juridictions d'un Etat de droit.?

2) Préciser notre approche de la violence des manifestations 

Sommes-nous dans le cadre d'une violence voulue, choisie, non pas par tous les gilets jaunes qui manifestent, mais par ceux qui ont le contrôle du mouvement, ou sommes-nous dans le cadre d'une violence en réponse à la violence policière?

De la manière dont on répond aux questions sur la nature des violences, dépend le positionnement de chacun. Les équations posées ne nous conduisent pas obligatoirement à des analyses binaires. Pour ma part je fais plutôt l'analyse que la violence des manifestations est voulue et organisée par des groupes appartenant aux extrêmes et principalement l’extrême droite et que par ailleurs nous sommes encore dans un état de droit où le gouvernement est légitime. Ceci ne justifie en aucun cas la violence policière et de ce point de vue, je me répète mais nous devons exiger que toute la lumière soit faite sur les violences et que des sanctions devront être prises si des dérapages ont eu lieu

On peut me trouver utopique, on peut me trouver naïf, mais je crois fortement que la progression de la démocratie nécessite de reconnaître les logiques différentes, nécessite de rendre visible les conflits, nécessite de créer des lieux de résolution de ces derniers par des compromis capables de les dépasser momentanément dans le cadre d’un processus en mouvement permanent.

C’est pour cela que de mon point de vue, la violence comme choix pour structurer le rapport de force en vue de faire progresser des revendications ne sera jamais synonyme de progrès démocratique

Gaby BONNAND