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Le billet de ce matin a suscité quelques commentaires. Je veux par ce papier poursuivre la réflexion.

Oui je suis écœuré par la manière dont Macron s'est servi de l'Assurance chômage pour torpiller le dialogue social. 
Mais je ne comprends pas les réactions du type "il va falloir que la CFDT hausse le ton" ou "qu'il est temps que la CFDT ajuste sa stratégie", ou encore quand on suggère que la CFDT n'est pas pour le rapport de force. 
Y-aurait-il quelques organisations ou quelques personnalités qui réussiraient dans leur stratégie, au point d’invalider celle de la CFDT ?

Les gilets jaunes ont-ils réussi à faire progresser la justice sociale et la justice fiscale revendiquées par des millions de personnes en France? Revendications que portent depuis longtemps les organisations syndicales et notamment la CFDT. 
Non. Tout au plus, les extrémistes radicaux qui se sont emparés du mouvement en développant une stratégie axée sur la violence ont réussi à faire remonter à la surface de notre quotidien, la haine de l'autre renforçant un climat délétère dans le pays.

La CGT par sa tentative d'alliance avec les gilets jaunes par un appel à la convergence des luttes a-t-elle réussi à changer la donne? 
Non. Tout au plus elle a fait la démonstration de son incapacité à mobiliser.

La France Insoumise par sa stratégie de dramatisation des situations, en sautant sur tout ce qui bouge, voyant dans n'importe quel mouvement minoritaire, le peuple qui fait la révolution, a-t-elle réussi à changer quelque chose? 
Non. Cette stratégie n'a fait que servir celle de Macron qui ne veut avoir qu'un adversaire, le Rassemblement National. De ce point de vue la FI a réussi.

Raphael Glucksmann qui créa avec quelques copains intellectuels parisiens "Place Publique" se donnant pour mission de rassembler la gauche, a-t-il réussi à changer quelque chose? 
Non tout au plus nous avons aujourd'hui un groupuscule de plus à gauche qui sera encore plus difficile à unir.

Alors que veut dire qu'il est temps que la CFDT monte le ton, qu'il est temps qu'elle ajuste sa stratégie. La CFDT est la seule organisation qui dans cette période troublée que nous vivons a su donner de la hauteur. Car la période que nous vivons est à la fois une crise sociale, politique, démocratique et morale. Ce sont sur tous ces points qu'il nous faut agir et ceux qui pensent qu'il suffit de hausser le ton se trompent. Certes, les organisations syndicales et la CFDT comme les autres, mais aussi toutes les organisations politiques, associatives, doivent s'interroger sur leur stratégie.

Mais s'interroger sur la stratégie, ce n'est pas écrire ses fantasmes ou ses rêves.

La première chose à faire c'est d'identifier le terrain tel qu'il est et pas tel que l'on voudrait qu'il soit.

Et le terrain sur lequel nous sommes c'est un Président de la République et une majorité parlementaire auxquels il reste 3 ans de mandat.

Le terrain sur lequel nous sommes, c’est l’explosion des principaux partis politiques de gouvernement qui fragilise la démocratie dans un contexte de progression des thèses sur lesquelles les partis d’extrême-droite surfent.

Le terrain sur lequel nous sommes c'est une montée des populismes dans l'ensemble des pays d'Europe et dont le mouvement des "gilets jaunes " est l'expression en France. 
Le terrain sur lequel nous sommes, c'est une montée du racisme, de l'antisémitisme et de la haine. 
Le terrain sur lequel nous sommes c'est très souvent le comportement lobbyiste de nombreux corps intermédiaires et notamment les organisations patronales, désertant ainsi le terrain du compromis social. 
Le terrain sur lequel nous sommes ce sont aussi nos propres contradictions: On s'en prend à juste titre aux salaires inadmissibles de certains patrons comme Carlos Ghosn, mais ne trouvant rien à redire ou si peu aux salaires exorbitants de footballeurs, de stars, de comédiens qui pour certain ou certaines n'hésitent pas d'ailleurs à venir défendre les intermittents du spectacle, lors de shows télévisés
Le terrain où nous sommes ce sont également nos actes contradictoires entre notre façon de consommer (moins cher) et nos compassions pour les salariés du Bangladesh ou de chine ou d'ailleurs qui travaillent pour des salaires de misère.

Alors probablement que la CFDT comme les autres doit ajuster sa stratégie en fonction de cette réalité, mais cessons de penser qu'il ne s'agit que d'une affaire de ton ou de rapport de force.
Alors quand on parle de hausser le ton, qu'est-ce que ça veut dire au juste. Quand on dit qu'il faut augmenter le rapport de force, de quoi parle-t-on ? Quel rapport de force? Pour quel objectif ? Avec qui? 
Cessons de nous payer de mots, et précisons ce que l'on veut mettre sous ceux-ci pour ne pas s'en servir comme des mots valises dans lesquels chacun y met ce qu’il veut.  

Il peut être effectivement angoissant et déstabilisant de ne pas avoir de réponses immédiates et concrètes à des situations préoccupantes et inquiétantes. C’est frustrants et pourtant considérer que c’est simple, que les solutions sont à portée de mains, est poteur de frustrations encore plus grandes.

Sur le long terme il n'y a pas de démocratie durable sans prendre en compte les différentes composantes, les différentes logiques, les différents intérêts qui composent la société, par des façons de gouverner qui valorisent conflits, confrontations, négociations et compromis. 
Pour ma part, cette idée de la démocratie vaut le coup d'être défendue contre vents et marées, y compris quand tout semble s'y opposer. C’est cette idée qui a fait et fait mon attachement à la CFDT

Tout ça ne veut absolument pas dire qu'il ne faut pas adapter la stratégie au terrain. Et Aujourd’hui probablement que la CFDT comme les autres organisations devront ajuster leur stratégie ne matière d’assurance chômage au nouveau contexte créé par l’échec des négociations et l’analyse que fait Macron de cet échec. Je ne doute pas une seconde que la CFDT le fera comme elle l’a fait tout au long de son histoire.

Mais dans cette période troublée, je ne suis pas certain que toutes les organisations politiques, syndicales ou associatives aient une pensée relativement précise et stable sur la conception de la démocratie. Le  risque de cette faiblesse de la pensée sur la conception de la démocratie est de réduire l’action politique, sociale, syndicale ou associative à une histoire de stratégie fluctuant au gré des opportunités.  

Cette situation est plus qu’un risque, c’est un danger.

Gaby Bonnand