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Celui, paru dans Ouest France ce matin ne déroge pas à la règle. Analyse posée resituant les enjeux pour une sortie durable de la crise qui n'est pas que sociale, mais aussi politique, intellectuelle et morale.
Loin des caricatures et des outrances, l'analyse de M.Wieviorka, n'est pas pour autant sans aspérité. Au contraire, Il nomme les choses sans pour autant nous conduire dans des positions binaires. Il donne de la matière à réfléchir, à débattre et à agir.
Je relaie ce point de vue car il me semble être la voix et la voie de la raison et le chemin le plus adapté pour hisser à leur vraie hauteur, les valeurs de "Liberté, Egalité, Fraternité".
POINT DE VUE. Trois conditions pour sortir de la crise actuelle
"La crise actuelle est profonde, totale. Elle est sociale, comme le révèle le mouvement des Gilets jaunes ; politique, puisque les partis classiques sont décomposés ; morale et intellectuelle, tant notre pays échoue à se dégager du « présentisme », qui consiste à vivre dans l'actualité, au jour le jour, sans pouvoir se projeter vers l'avenir.
Pour tourner la page, plusieurs conditions sont requises. Certaines d'entre elles peuvent être définies en référence à la pensée de Paul Ricoeur, un grand philosophe dont Emmanuel Macron, alors très jeune, a été l'assistant à la fin des années 1990 et au début des années 2000. Nous allons en envisager trois, en notant d'emblée que le chef de l'État ne semble s'inspirer que bien peu du penseur qu'il a accompagné, un penseur qui a fait des vertus productives du conflit une idée centrale de son oeuvre.
Première condition : transformer les problèmes et les difficultés en discussions et échanges constructifs. Le chef de l'État a mis en oeuvre le 10 décembre 2018 un Grand débat national qui répond à cette exigence, et autorise une meilleure compréhension des désaccords qui font que la vie sociale et politique est plurielle. Le début a été un peu chaotique, comme en a témoigné le renoncement de Chantal Jouanno, la présidente de la Commission du débat public, se refusant à le piloter. Mais l'initiative du Président, pour des personnes dont beaucoup n'en avaient pas toute la possibilité, est l'occasion de s'exprimer, d'expliciter bien des différends, et de faire entendre des doléances jusque-là inaudibles.
Deuxième condition : au-delà du débat, transformer la crise, les conduites de rupture, la haine et la violence en conflit institutionnalisable, c'est-à-dire pouvant aboutir à des négociations sur des enjeux reconnus par tous les acteurs. Les difficultés commencent là, car ce qui semble se dessiner comme conclusion du Grand débat national est plus une forte initiative politique, un référendum vraisemblablement, que l'ouverture de négociations qui esquisseraient la structuration de conflits politiques et sociaux sur la base des demandes que les Gilets jaunes ont exprimées, aussi confuses qu'elles puissent parfois paraître. D'où ce sentiment d'une impasse qui s'impose samedi après samedi, « acte » après « acte ».
Troisième condition : pour qu'il y ait conflit non violent, il faut des acteurs qui acceptent une conception pluraliste de la démocratie. Or ni le pouvoir ni le mouvement des Gilets jaunes ne sont jusqu'ici allés dans ce sens, ou fort peu. Les deux semblent opter pour la démocratie directe, la relation sans médiations entre le peuple et le pouvoir.
Des acteurs nouveaux
Cette verticalité, côté pouvoir, revêt l'allure de réticences vis-à-vis des « corps intermédiaires » : la CFDT de Laurent Berger, renvoyée dans les cordes par le Premier ministre quand elle proposait des États généraux en novembre, en a fait cruellement l'expérience, et elle n'est pas la seule. Et du côté des Gilets jaunes, les résistances sont considérables dès qu'il s'agit de se structurer, ou de passer au politique en créant des partis, comme si la verticalité dans l'opposition directe au pouvoir exigeait une horizontalité faisant obstacle à toute construction politique du mouvement.
La crise se dénouera si des acteurs nouveaux, ou renouvelés, viennent réenchanter le système politique, mais aussi la vie associative, et si les acteurs respectables en place, à commencer par les syndicats, trouvent eux aussi un espace permettant que se construisent de façon durable les conflits et leur gestion non violente dont notre société a besoin. »
 
Michel Wieviorka, sociologue, directeur d'études à l'EHESS.
Tag(s) : #Wieviorka, #Gilets jaunes

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