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Si semble-t-il, le Sénat est dans son droit en transmettant à la justice le dossier concernant trois proches collaborateurs d’Emmanuel Macron suspectés « d’omissions, d’incohérences et de contradictions » devant la commission d’enquête parlementaire sur l’affaire Benalla, je ne saurais dire si d’autres voies étaient possibles. Manifestement cette position du Sénat est l’expression d’un ras-le-bol d’une assemblée qui non seulement ne se sent pas respectée, mais se sent humiliée trop souvent par l’exécutif.

L’ignorance, l’humiliation de tout ce qui ne pense pas comme Emmanuel Macron et ses proches, ne peut que conduire à tendre les relations entre l’exécutif et un certain nombre de corps intermédiaires. L’exécutif a mis en scène l’échec des négociations sur l’Assurance chômage pour mieux servir le discours d’un exécutif qui veut depuis le départ reprendre la main. Depuis le début du mandat, ce même exécutif s’en prend à une assemblée qui ne lui est pas godillot. Celle-ci a utilisé des moyens qui lui sont donnés pour faire entendre sa voix. Il ne faut pas s'étonner que le ton monte. Et l'exécutif serait bien avisé de ne pas rentrer en opposition avec tout ce qui bouge. Au contraire si dans la période, l'urgence c'est de faire cesser les violences qui chaque samedi déstabilisent et mettent à mal la démocratie, ce n'est pas le moment de se mettre à dos les principales forces démocratiques du pays. Un peu d'humilité ferait du bien.

Pour avoir, dans le cadre de mes responsabilités syndicales, eu à faire à Gérard Larcher et à Philippe Bas, je peux dire que ce sont ni d’affreux gauchistes, ni d’affreux extrémistes de droite, ni des putschistes, comme voudrait presque le faire croire Benjamin Griveaux. Ce sont des républicains fortement attachés à la démocratie.

En pleine crise du CPE en 2006, alors que Dominique de Villepin premier Ministre s’enfermait dans une posture de durcissement en refusant toutes négociations, le Ministre délégué à l’emploi et au travail qu’était Gérard Larcher, a eu un rôle majeur pour qu’enfin se tissent les fils d’un dialogue entre les organisations syndicales, les organisations étudiantes et le gouvernement. Je crois pouvoir dire que sa place, son attitude, son écoute a été essentielle pour que la crise trouve une issue et ne s’enfonce pas dans une radicalisation qui aurait été suicidaire.

Dans une période où de nombreux responsables politiques qui occupaient le pouvoir sous le gouvernement de Villepin, relayaient déjà la thèse « anti-assistanat » qui deviendra le leitmotiv de Sarkozy en 2007 et qui a franchi un nouveau cap avec Wauquiez, Philippe Bas a été un ministre délégué à la Sécurité sociale, aux Personnes âgées, aux Personnes handicapées et à la Famille, qui a su résister aux assauts de son propre camp sur les questions de solidarité et de protection sociale.

Benjamin Griveaux doit garder son calme. Le Sénat a le droit de saisir la justice. Il devrait se rappeler que la justice dans ce pays est indépendante. C’est à la justice de se saisir maintenant du dossier et laissons lui faire son travail.

Parler d’instrumentalisation, dans une séquence politique où le Président Macron a lancé un « Grand débat », (dont il ressortira à n’en pas douter des choses positives), en dehors du cadre indépendant du gouvernement prévu à cet effet (CNDP)[1] pour, se servir de ce débat afin de communiquer sur sa politique pour mieux la justifier, car le parti majoritaire, sans réseau sur le terrain, en est incapable, est pour le moins osé et peut-être même déplacé.

Aujourd’hui, comme probablement beaucoup de citoyens, je ne me réjouis pas de la tension entre le Sénat et l’exécutif, pas plus que je me réjouis des tensions entre ce même exécutif et la plupart des corps intermédiaires de ce pays.

Mais il est un peu facile pour l’exécutif et son porte-parole d’appeler à l’unité nationale, dans une période qui effectivement le mériterait, sans que cet exécutif ne donne le moindre signe de partager un peu le pouvoir.

Dans le climat de tensions que connait le pays, le gouvernement a tort de vouloir utiliser ces tensions pour renforcer sa pratique verticale du pouvoir.

Gaby BONNAND

 

[1] CNDP : Commission Nationale du Débat Public

Tag(s) : #Macron, #Senat

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