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Un système de représentation politique pulvérisé.

L’élection d’Emmanuel macron a été l’expression la plus radicale à ce jour de la crise de la représentation politique dont les prémices ne datent pas d’hier. Emmanuel Macron lui-même se dit  le symptôme le plus avancé de ce décalage entre la réalité de la société et la représentation politique qui a conduit à ce que la démocratie s’exprime en dehors du cadre des partis politiques, qui étaient censés la structurer[1].

Le dépassement de la société industrielle, avec notamment l’éclatement des situations et des conditions des individus que cela a produit, rend très difficile une représentation politique. Les formes de représentation politique issues de cette société qui a structuré à la fois les formes de représentations politiques sous l’angle des antagonismes de classes, et les visions pour transformer la société en rapport avec cette représentation, sont en décalage. Non pas que les classes sociales aient disparues. Loin de là. Mais elles ne suffisent plus ni à expliquer les situations des individus, ni à donner des perspectives pour permettre aux individus de se projeter, ni à comprendre notre destin commun, ni à structurer un projet politique.

Cette désintégration du système politique n’a pas pour autant été close avec l’élection d’Emmanuel Macron et l’émergence d’un nouveau mouvement qu’est la LREM.

Elle ne le sera pas non plus par les essais de réunification d’une gauche atomisée avec comme seul objectif de fédérer des formes obsolètes de représentation, issue de la déflagration des partis politiques.

Ceci étant, il y a une différence de taille entre ce qu’a fait Emmanuel Macron et ce qu’est en train de faire Raphaël Glucksmann et le Parti socialiste. La démarche d’Emmanuel Macron s’appuie sur des initiatives d’une partie de la société, celles de « startupers » et de leur environnement (Même si je l’avoue c’est un peu rapide comme définition), pour fédérer une  dynamique. Quant à Raphaël Glucksmann, il tente de fédérer des organisations qui sont plus le produit de la désintégration d’un système de représentation, que l’expression d’initiatives de la société civile.

Ce qui caractérise peut-être la crise d’aujourd’hui, c’est que la réponse de Macron et de LREM a produit une sorte de déséquilibre dans la représentation politique de la société :

  • La crise de la représentation politique a conduit à la désintégration des anciennes formes de représentation constituée par le Partis Politiques dans lesquels de moins en moins de monde se reconnaisse.
  • Dans ce contexte, Macron puis LREM constituent une réponse qui s’appuie sur la dynamique d’une partie de la société. Ainsi à la crise existante, s’est ajouté un déséquilibre entre une partie de la société qui se sent d’avantage représentée, et une autre qui se sent délaissée, et parfois humiliée. Ce déséquilibre est renforcé du fait que la partie de la société qui se sent représentée par LREM, est celle qui est la plus en réussite dans le contexte économique et social qui est le nôtre.

Edgar Morin a souvent mis en lumière le paradoxe entre le développement d’initiatives citoyennes dans de nombreux domaines et une approche technobureaucratique de la « politique ».

Ce ne sont pas ce qui reste des formes de représentation qu’il faut fédérer, mais les initiatives citoyennes dans leur diversité. C’est de la capacité à fédérer les différentes initiatives, que nous aurons des chances de refonder le politique et une représentation qui permette à tous et toutes de se sentir représenter dans l’espace public. Les tentatives de recoller des morceaux d’ensembles pulvérisés a peu de chance de constituer des réponses adéquates.

La démarche entreprise par Emmanuel Macron connait des limites, non pas dans la démarche elle-même, mais parce qu’il n’est la représentation que d’une partie de la société, et notamment comme je l’ai dit de ceux qui sont le plus en réussite.

Par contre la démarche de Raphael Glucksmann me semble être critiquable dans la logique même de la démarche, car elle ne s’appuie sur aucune dynamique d’action, même minoritaire de la société.

La nécessité d’un nouveau rapport Société civile et politique

La période que nous vivons, nécessite me semble-t-il, de renouveler notre pensée sur le rapport entre la société civile et le « politique ». Pensés dans un contexte historique bien précis sur lequel je ne m’étendrais pas, ces rapport, qui ont fait émerger une conception bien précise des rapports entre Partis politiques et Organisations de la société civile, qu’elles soient syndicales ou associatives, doivent être questionnés.

Progressivement ces rapport ont donné lieu à  un fonctionnement démocratique qui faisait des Partis Politiques le seul acteur « Politique », enfermant ceux-ci dans une fonction de gestion du pouvoir, et des acteurs syndicaux et associatifs, des acteurs sociaux dont la dimension « Politique » de l’action a été totalement ignorée. Ainsi le « Politique » c’est réduit progressivement à la seule gestion institutionnelle du pouvoir.

Cette logique a atteint ses limites. Dire cela n’est pas porter un jugement négatif sur l’histoire, c’est simplement réinventer des formes de démocraties en rapport avec la réalité d’aujourd’hui.

Cette logique qui avait tout son sens ne correspond plus aux enjeux de la période. Les partis politiques n’étant plus en rapport avec la société se sont desséchés, tandis que l’action et les réalisations des organisations de la société civiles (monde qui s’est largement recomposé), ne dépassent jamais l’expérimentation, faisant de la nation d’avantage un archipel qu’une société. Ainsi cette logique n’a plus grand sens et ne permet pas se projeter dans l’avenir.

Pour refonder le « politique », comme étant la manière de « faire société », nous ne pouvons plus nous en tenir à des réflexions théoriques avec des grilles de lecture anciennes, sur les rapports entre « Politique et Social », entre « Partis politiques et Organisations de la société civile », entre « Démocratie politique » et « Démocratie sociale ».

En effet pour refonder le  « politique » et la représentation politique dans l’espace public, il n’y a pas d’autres solutions que de partir de la société, de ce qu’il s’y passe, des dynamiques collectives quel qu’elles soient, qui la structurent, de l’action des citoyennes et des citoyens dans les domaines aussi divers que le travail, l’habitat, l’environnement, la santé, les transports, la consommation….

Nous ne pouvons plus penser le « politique » et la manière d’envisager sa représentation, sans partir du « faire », de l’action. Et qui, dans le « faire », dans l’action, sont acteurs, si ce ne sont les hommes et les femmes parties-prenantes de réalisations collectives au travers de groupement que sont les associations ou autre formes de regroupement, les syndicats…

Ce n’est pas faire injure aux Partis politiques que de dire qu’ils ne sont pas directement dans le « faire », autre que celui lié à leur action de gestionnaire institutionnel du pouvoir. Cela ne les disqualifie pas pour autant, mais si nous voulons un renouveau démocratique qui lie d’avantage action, dynamique citoyenne et représentation politique, reconnaissons qu’avoir une fonction de gestion institutionnelle du pouvoir sans relation avec les dynamiques sociétales, constitue un hiatus.

Pour irriguer le renouveau démocratique, dans le contexte dans lequel nous sommes, qui mieux que des organisations de la société civile investies dans des pratiques quotidiennes pour améliorer les conditions de vie, de travail, de logement, pour faire progresser les questions environnementale, pour lutter contre toutes les formes d’exclusion, pour fédérer tout ce que la société, les hommes et les femmes réalisent chaque jour dans tous les domaines qui touchent à leur existence et celle de leurs enfants demain ?

De ce point de vue, le pacte social et écologique «Pour donner à chacun le pouvoir de vivre », constitue un levier non pas pour prendre la place des Partis politiques, mais pour nourrir un renouveau démocratique qui ne peut que partir de ce qui se vit et fait par et dans la société.

Ceci ne veut pas dire comme certains journalistes ou observateurs le pensent, le disent ou le développent que les 19 organisations viennent sur le terrain partisan. Dire cela, c’est lire la réalité avec des lunettes anciennes, celles qui progressivement ont enfermé le « politique » dans une fonction de gestion institutionnelle du pouvoir et le social dans une sphère autonome du « politique » au sens partisan du terme.

Le pacte social et écologique, une démarche fondatrice pour le renouveau démocratique

Le pacte social et écologique constitue une démarche fondatrice pour un renouveau démocratique. Pour cela, il doit tout d’abord être l'occasion de rendre d’avantage visible les actions et réalisations des différentes organisations composant les promoteurs du pacte. En rendant visible ces réalisations, les contradictions et donc les conflits qui traversent la société seront aussi rendus visibles, car toutes les actions sont aussi l’expression de contradictions qui traversent tant l’individu que la société. Cette visibilité dans l’espace public est de nature à donner à voir concrètement la complexité de la société et des réponses à apporter, loin des solutions simplistes et beaucoup trop théoriques que donnent trop souvent les partis politiques de plus en plus déconnectés de la réalité.

Il ne s’agit pas pour ces organisations de proposer un projet politique de plus. Il s’agit simplement de participer activement par leur implication dans la société de participer activement au renouveau démocratique et à ré-enchantement du « politique » qui ne se confond avec une approche partisane.

Gaby BONNAND

[1] Emmanuel Macron devant les Intellectuel le 18 Mars 1h59 de débat.

Tag(s) : #Démocratie, #Pacte social et écologique, #Politique

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