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19 organisations [1] ont rendu public 66 propositions, résultat d'un long travail en commun. Ce texte  constitue un « pacte social et écologique » [2], qu’elles ont présenté le 5 mars lors d’une conférence de presse.

L’accroche médiatique qui a focalisé sur les 66 propositions pourrait laisser entendre qu’il s’agit d’un catalogue de revendications. Pas du tout. Ces 66 propositions sont structurées autour de 4 axes :

  • Réinventer le bien commun pour refaire société
  • Remettre l’exigence de solidarité au cœur de l’économie
  • Réconcilier transition écologique et justice sociale pour construire un avenir partagé
  • Partager le pouvoir pour mieux agir.

Le nombre important d’organisations signataires pourrait suggérer l’idée qu’il s’agit d’un texte global, tellement général qu’il serait désincarné, hors-sol. Pas du tout. Ce texte n’est pas global. Il appréhende la complexité de la réalité dans laquelle nous vivons, par des approches multiples.

Ce texte donne à voir que les 19 organisations ne sont pas seulement des signataires, mais des contributrices qui ont accepté de ne pas voir la réalité en juxtaposant leur vision, mais en les croisant. Il était d’ailleurs frappant lors de la conférence de presse d’entendre tous les intervenants (es) ne pas citer leur propre organisation mais porter et défendre les propositions dans leur ensemble, sans que l’une ou l’autre des organisations veuillent tirer la couverture à elle.

Le nombre important de propositions pourrait laisser entendre qu’il s’agit d’une véritable auberge espagnole dans laquelle chacune des organisations pourrait venir piocher ce qui lui convient. Pas du tout. Ce texte réhabilite ce qu’est un véritable compromis dont l’objectif est de faire bouger les choses de manière concrète. Les propositions ne gomment pas les aspérités. Par leur contenu, elles donnent à la fois, à voir une réalité bien décryptée par les organisations, et des pistes d’actions possibles à court, moyen et long terme. Là encore la façon dont s’est déroulée la conférence de presse dit beaucoup de choses sur le choix des 19 organisations de s’extraire d’un jeu de rôle et d’un concours d’égo.

De ce point de vue, le contenu de ce pacte est un texte fondateur, et la démarche pour son élaboration est un acte fondateur.

Le pacte social et écologique, un texte fondateur

Texte fondateur, car en décloisonnant les approches pour rendre compte de la complexité des réalités, il donne à voir que des réponses concrètes peuvent être apportées à tous ceux qui se sentent pris en otage, à juste titre, par des politiques économiques, sociales et environnementales en totale contradiction entre elles. Il donne des perspectives de conciliation entre ces 3 dimensions. Ainsi, il met au pied du mur ceux qui concilient ces 3 logiques dans les discours et mettent en œuvre des pratiques qui au contraire les opposent.

Texte fondateur, car il fait des propositions concrètes pour mieux concilier création de richesse, préservation de l’environnement et solidarité. Ainsi il met au pied du mur tous ceux qui n’en finissent pas de stigmatiser les pauvres, les chômeurs, les étrangers, les migrants … comme des « handicaps » à notre bien-être et notre développement.

Texte fondateur, car avec ce dernier, les 19 organisations réhabilitent  le terme « Politique ». Trop habitué à parler de « Politique » au féminin, on en a restreint la signification à l’action des partis politiques. Si on en doute, il n’est qu’à écouter la conférence de presse et quelques journalistes s’interroger sur le risque de confusion que peut entraîner  ce texte « très politique » émanant d’associations et de syndicats.

Ce texte vient dire, au contraire, que le terme « Politique » a un autre sens. Il n’est pas circonscrit à la définition de l’action des partis politiques. Le Politique, concerne tous citoyen, au sens où il s’agit de s’intéresser à notre vie dans la cité, à notre vie en société, à notre vivre ensemble.

Ce texte amorce une approche nouvelle ou pour le moins une approche plus partagée de la place des corps intermédiaires, trop souvent considérés comme l’expression de corporatismes et de conservatismes.

Avec ce texte, les 19 organisations formulent des propositions cohérentes, non pas pour faire rêver d’un monde meilleur demain, mais pour donner à chacun le pouvoir de vivre, aujourd’hui, demain et après-demain.

La démarche de construction du pacte, un acte fondateur

Acte fondateur, la démarche d’élaboration l’est assurément. Le moteur des organisations contributrices au « pacte social et écologique », n’est pas de d’afficher une façade, mais de travailler sur le long terme. La mise en place d’un « observatoire du pouvoir de vivre » en est la concrétisation.

Acte fondateur également car au-delà du fait que cette démarche s’inscrive dans la durée, elle marque clairement la volonté d’un collectif d’organisations représentatives de la société civile de prendre l’initiative et de na pas se laisser cantonner dans un agenda organisé, piloté et évalué par le gouvernement.

Acte fondateur encore car dans une période caractérisée par une verticalisation du pouvoir, un mouvement « gilets jaunes » qui s’essouffle et se radicalise, des partis extrêmes semant la haine, la démarche des 19 organisations pour élaborer et proposer un pacte social et écologique marque une rupture salutaire qui montre que l’action des corps intermédiaires ne se limite pas à la réaction face à des mesures gouvernementales.

Acte fondateur enfin, car cette démarche ouvre des possibles dans la manière de penser et de concrétiser la représentation de ce que l’on appelle la société civile. Pierre Rosanvallon rappelait dans une conférence, qu’aujourd’hui les individus ne se reconnaissent  plus dans une représentation qui ne les définit ou les caractérise que par leurs conditions socioprofessionnelles.  Les situations qu'ils vivent (logement, transport, déplacements, appartenance associative et territoriale, famille....) comptent beaucoup dans la façon dont ils se voient vivre. L’approche multidimensionnelle que les 19 organisations ont entrepris par leur démarche de construction du pacte qu’elles portent, est porteuse d’avenir pour ré enchanter la démocratie.

Gaby Bonnand

[1] * France Nature Environnement (FNE), Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme (FNH), Humanité et Biodiversité, Réseau Action Climat, ATD Quart Monde, Fondation Abbé Pierre, Secours catholique, CFTC, CFDT, Unsa, Cimade, France Terre d’Asile, Fage, Francas, La Ligue de l’enseignement, Mouvement associatif, Mutualité française, Pacte civique, Union nationale interfédérale des œuvres et des organismes privés sanitaires et sociaux (Uniposs).

[2] https://www.cfdt.fr/portail/actualites/societe/-pacte-66-propositions-pour-donner-a-chacun-le-pouvoir-de-vivre-srv2_658341

Tag(s) : #Pacte social et écologique, #Démocratie

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