Overblog
Editer l'article Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

La tribune signée ce matin dans le JDD[1] par 16 responsables d'organisations associatives et syndicales a comme un gout de printemps.

A quelques heures de l’intervention du Président de la République cette contribution est salutaire pour le débat démocratique, au regard des interprétations hasardeuses de la part du gouvernement concernant les résultats du grand débat.

Dans une époque où l'absence d'enracinement social et sociétal des partis politiques, le débat politique se résume souvent à des combats de mots, de formules, au point parfois de croire que ce sont les mots qui font la réalité et le vécu des hommes et des femmes.

Dans ce type de débat, les plus talentueux ne sont pas ceux qui agissent et qui ont toujours du mal à trouver les mots pour décrire la réalité tant elle est complexe, mais ceux qui, en dehors de l’action, inventent une réalité à travers leurs mots. Les 2 auteurs du livre « « Le progrès ne tombe pas du ciel » que sont David Amiel et Ismaël Emelien, issus du nouveau monde, en sont la caricature.

Ce qui est en train de se passer suite au grand débat est une illustration parfaite de ces combats de mots « hors sol ».

Du côté du gouvernement, les mots utilisés pour rendre compte du grand débat tranchent avec l’approximation des chiffres concernant la participation, le nombre total de contributions ou le nombre de contributions saisies, ce qui ne peut que discréditer un peu plus la parole gouvernementale.

Du côté de l’opposition, les mots sont les mêmes que ceux d’avant le débat pour dire tout le mal qu’elle pense de cette opération, comme s’il n’y avait pas eu des milliers de citoyens à se mobiliser dans ces débats, ce qui ne peut que rendre encore plus inaudible sa parole.  

Si la tribune des 16 responsables d’organisations associatives et syndicales, parue ce matin, a un gout de printemps, c’est qu’elle est le fruit d’un travail commencé il y a plusieurs mois[2], après un long hiver où les corporatismes d’organisations l’emportaient du « le faire ensemble ».

Je ne veux pas nier les difficultés que connaissent les corps intermédiaires dans nos sociétés hyper médiatisées et hyper connectées, et notamment les difficultés que connaissent les syndicats pour représenter la diversité du salariat. Je ne suis pas naïf au point de croire que le pacte social et écologique commun aux signataires de la tribune, garantisse un travail concret et toujours de concert sur le terrain. Rien n’est acquis tout est en construction.

Ce qui est sûr par contre, c’est que la stratégie du gouvernement de contournement des corps intermédiaires n’a fait que rajouter de la crise à la crise. En prétendant s’adresser aux citoyens en direct, le Président et son gouvernement ont fini par s’isoler. Les mots résonnent de moins en moins. Ils semblent de plus en plus éloignés des réalités vécues et ressenties.

La tribune essaie de réconcilier les mots et les réalités vécues par les hommes et les femmes avec lesquels ces organisations sont engagées dans les entreprises, dans les quartiers, sur les questions du logement, de l’emploi ou de la santé, dans le domaine de l’écologie, du développement durable….

Sera-t-elle audible ? La question est posée car la méfiance envers toute organisation est telle que les mots utilisés par celles-ci sont à priori considérés comme de « l’enfumage ».  

Cependant, cette tribune qui n’est ni une déclinaison de jérémiades, ni l’expression d’une quelconque revanche, est la parole d’organisations qui ont autorité pour parler.

Elle met sur la table des questions que le gouvernement ne pourra pas repousser parce qu’elles sont exprimées par des organisations qui se sont engagées dans le grand débat. Elles ont invités leurs membres ou leurs adhérents à participer aux débats organisés par d’autres et elles ont, pour un certain nombre d’entre elles, organisé des débats en propre.

Au gouvernement qui a entendu dans le débat un « ras-le-bol » fiscal, ces Organisations ont entendue « ras-le-bol » de l’injustice fiscale

Au gouvernement qui a entendu  « urgence de la baisse de la dépense publique », elles ont entendu « garantir à tous l’accès aux services publics » et investissement dans la transition écologique.

Au gouvernement qui a entendu un besoin « d’une démocratie plus participative », les organisations lui disent « Ecoutez cette mobilisation bienveillante et respectueuse, entendez ses attentes, inspirez-vous de ses propositions. Ne laissez pas cette lame de fond pacifique sans réponse. N'alimentons pas les rancœurs et les déceptions qui font le terreau des adversaires de la République. Rien n'est perdu mais l'essentiel reste à faire. La seule chose que notre pays n'a pas les moyens de se payer, c'est du temps."

C’est au Président et à son gouvernement maintenant de montrer que les mots ne sont pas seulement des mots.

Gaby BONNAND

 

[2] Les signataires sont les responsables des associations et syndicats qui ont publié le pacte social et écologique « pour le pouvoir de vivre »

Tag(s) : #Grand débat, #JDD, #Tribune