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Une émotion compréhensible

Notre Dame de Paris, symbole religieux, symbole de la chrétienté, symbole artistique, symbole culturel, symbole architectural, symbole national, Symbole historique,… Bref Notre Dame de Paris, Symbole avec un grand S a été en partie détruite par le feu le soir du 15 avril 2019.

L’émotion est grande dans tout le pays et bien au-delà des frontières. C’est du monde entier que se tournent les yeux vers la cathédrale en feu.

Comment ne pas s’émouvoir devant un tel désastre auquel nous assistons impuissants, sur place pour certain, au travers les écrans de télévisions, tablettes ou smartphones pour le plus grand nombre dont je suis, pendant que 4 ou 500 pompiers s’activent eux, pour contrer l’offensive des flammes ? Ces gerbes de feu qui dessinent des images aussi grandioses qu’éphémères d’une cathédrale qui semble vouloir redonner de la lumière à un ciel assombri par la nuit qui s’avance et s’installe progressivement.

Oui, nous sommes émus, il y a de quoi.

Très vite, hier soir j’ai coupé la télé. Je suis mal à l’aise aux injonctions à l’émotion. Je suis d’autant plus mal à l’aise que l’émotion est un sentiment profond qui prend aux tripes des uns et des autres et n’est pas suscitée forcément par les mêmes ressorts. Les raisons d’être ému sont diverses selon que l’on soit croyant ou pas, chrétien, juifs, musulmans,…,  athée ou agnostique, amoureux des arts ou simple amoureux du beau, passionné d’histoire ou citoyen simplement admiratif des générations de bâtisseurs qui l’ont précédé….

Que le Président de la République se rende sur les lieux le soir du 15 avril et s’exprime pour inscrire ce moment de destruction d’un aussi grand symbole dans l’histoire, m’apparaît normal et ne me choque pas.

Que les responsables de l’Eglise de France et de nombreux catholiques expriment leur tristesse m’apparaît normal et ne me choque pas.

L’injonction à l’émotion est insupportable

L’émotion ne se commande pas, pas plus que la colère et l’indignation qui m’envahissent depuis quelques heures :

Colère de voir le Président de la République revenir encore ce soir devant nous pour nous raconter une histoire pour que se prolonge l’émotion dans le pays ; pays qui aurait retrouvé à l’occasion de cet événement une grande cohésion où « chacun, des riches comme des moins riches, a donné ce qu'il a pu" » oubliant qu’il est Président de la République et pas directeur de conscience.

Colère et indignation de voir des grandes fortunes, dont on nous dit qu’elles n’existent pas lorsqu’on parle d’une fiscalité plus juste, jouer aux enchères à coup de millions d’euros avec des trémolos dans la voix comme François-Henri Pinault qui ose dire  que ce « geste symbolique » de 100 millions € est un geste qu’il fait car il a vu sa « fille de 17 ans pleurer et que la famille a été pris aux tripes ».   

Colère et indignation de voir des responsables d’Eglise oublier de rappeler, à l’occasion de ce drame, que l’émotion ne doit pas être sélective, que la destruction de la Cathédrale de Paris par le feu, ne doit pas nous faire oublier la destruction tous les jours de milliers de vies humaines par la misère, les inégalités, les guerres, les refus d’accueillir, les égoïsmes.

Ce soir, je suis en colère, mais pessimiste aussi et c’est plus rare. Le pire n'est pourtant pas certain.

Gaby BONNAND

Tag(s) : #Notre Dame de Paris